Depuis Kolwezi, cœur battant de l’économie minière congolaise, le président Félix Tshisekedi a lancé un signal fort à l’intention des artisans mineurs comme des opérateurs industriels. Constatant de visu la précarité des conditions dans lesquelles évoluent des milliers de Congolais poussés à extraire du cobalt ou du cuivre dans des zones non viabilisées, souvent au mépris des périmètres légalement attribués aux grandes compagnies, le chef de l’État a décidé d’affronter une réalité longtemps ignorée : celle d’une exploitation artisanale aussi indispensable à la survie de nombreuses familles qu’incompatible, en l’état, avec les exigences d’un secteur formel et souverain. Face à cette coexistence fragile, marquée par les tensions, les abus et la fraude, Tshisekedi a édicté une série de mesures ambitieuses : cartographie de nouvelles zones légales, encadrement renforcé par la Gécamines et l’EGC, application rigoureuse des règles de traitement, et sécurisation des périmètres industriels. L’enjeu est triple : restaurer l’autorité de l’État, protéger les intérêts stratégiques du pays et redonner une dignité légale aux milliers d’artisans mineurs qui, faute d’alternative, creusent là où ils ne devraient pas. À l’heure où la traçabilité des minerais critiques devient un enjeu mondial, la RDC esquisse, enfin, une gouvernance plus équitable et structurée de son sous-sol.
Depuis Kolwezi, capitale minière de la province du Lualaba, le chef de l’État congolais Félix Tshisekedi a présidé, vendredi 13 juin, la 47ᵉ réunion du Conseil des ministres. Dans sa communication, le président a placé au cœur des échanges une problématique récurrente et sensible : celle de l’encadrement de l’exploitation artisanale des ressources minières. Ce secteur, à la fois vital pour des centaines de milliers de Congolais et source de tensions juridiques et sociales, appelle selon lui à une réforme d’ensemble, pragmatique et responsable.
Une réalité de terrain préoccupante
Au cours de son séjour dans le Lualaba, Félix Tshisekedi a dressé un constat sans fard : des milliers de Congolais, contraints par la précarité, s’engagent dans l’exploitation artisanale dans des conditions souvent extralégales. Faute de zones viables réservées à cette activité, les exploitants artisanaux sont poussés à opérer dans des périmètres concédés aux entreprises minières industrielles, alimentant tensions et conflits, parfois violents, entre les différentes parties prenantes.
Cette situation, selon le chef de l’État, est accentuée par l’inaction ou le laxisme de certains opérateurs économiques qui profitent de cette confusion pour alimenter en minerais les circuits industriels sans respecter les circuits légaux, au mépris du monopole reconnu à l’Entreprise générale du Cobalt (EGC).
Des instructions claires pour un nouveau cadre
Face à ce désordre structurel, le président de la République a instruit le ministre des Mines de conduire, dans les plus brefs délais, une série d’actions concrètes. Il s’agit, notamment, de cartographier et identifier de nouvelles zones réservées à l’exploitation artisanale, susceptibles de répondre aux besoins des communautés locales tout en assurant la cohérence juridique du secteur.
Par ailleurs, un dialogue devra s’engager avec les entreprises minières, notamment la Gécamines, pour convenir de zones de tolérance ou de cohabitation contrôlée, encadrées par l’EGC, afin d’éviter les intrusions anarchiques. L’objectif : préserver les intérêts de l’industrie tout en apportant des solutions viables aux populations.
Le président a également demandé que soient strictement appliquées les dispositions relatives aux entités de traitement, y compris les sanctions contre les usines qui s’approvisionnent illégalement auprès de l’artisanat minier. La RECOM (Régie d’exploitation et de commercialisation des minerais) est chargée d’assurer le suivi et le contrôle de ces mesures.
Ressources stratégiques, encadrement renforcé
Dans cette même dynamique, Félix Tshisekedi a appelé à un renforcement de la coopération financière et réglementaire entre la Gécamines, l’EGC, le ministère des Finances et les entités sous tutelle, pour permettre un encadrement plus efficace de la filière artisanale. L’enjeu est de garantir à l’État une meilleure captation des revenus tirés des minerais stratégiques, notamment le cobalt, tout en consolidant le rôle de l’EGC dans sa fonction de monopoleur des négoces issus de l’exploitation artisanale.
Enfin, la gouverneure de province, soutenue par le vice-premier ministre en charge de l’Intérieur, devra prendre les dispositions sécuritaires nécessaires afin d’assurer la paix sociale et la protection des zones industrielles contre les intrusions illégales. La police devra jouer un rôle central dans cette régulation du terrain.
Vers une exploitation artisanale responsable
Cette série de mesures marque un tournant dans la politique minière congolaise : l’exploitation artisanale n’est plus perçue comme une menace ou une tolérance, mais comme une réalité à encadrer intelligemment, dans le respect de la loi et des intérêts des différentes parties. Pour le président Tshisekedi, c’est à la fois une exigence de justice sociale, un impératif de souveraineté économique et une réponse à la pression internationale sur la traçabilité des minerais.
En plaçant cette question au sommet de l’agenda gouvernemental, le chef de l’État entend structurer un secteur longtemps laissé à la marge. Reste à traduire ces engagements en actes concrets sur le terrain, là où se jouent chaque jour les équilibres entre survie, richesse nationale et stabilité.
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