L’agression rwandaise en République démocratique du Congo a franchi un seuil supplémentaire d’alerte. Selon le vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, le Rwanda procéderait à une véritable transplantation de populations étrangères dans les territoires congolais du Nord-Kivu sous la coupe du M23 et de l’armée rwandaise. Une opération méthodique de remplacement des populations, aux conséquences potentiellement irréversibles sur l’intégrité nationale. Derrière ce que les autorités décrivent comme une « colonisation démographique », c’est l’effacement programmé de la présence congolaise dans des zones historiquement habitées, aujourd’hui vidées par la guerre. En installant des familles rwandaises dans les villages désertés de Rutshuru et Masisi, Kigali poserait les bases d’une reconfiguration ethno-territoriale lourde de périls. Kinshasa tire la sonnette d’alarme et appelle à une prise de conscience urgente, avant qu’il ne soit trop tard.
Ce n’est plus seulement une guerre d’agression. Ce n’est plus uniquement une question de pillages, de massacres ou de violations répétées du droit international humanitaire. Ce que dénonce aujourd’hui la République démocratique du Congo, par la voix de son vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur et de la Sécurité, Jacquemain Shabani Lukoo, est d’une autre gravité : le Rwanda est accusé de procéder à une véritable entreprise de colonisation démographique dans les zones du Nord-Kivu tombées sous le contrôle de son armée et de ses supplétifs du M23/AFC.
Lors d’un briefing de presse tenu en marge de la conférence des gouverneurs à Kolwezi, Jacquemain Shabani a levé un pan du voile sur ce qui s’apparente à une opération méthodique de substitution de population. Selon lui, Kigali installe progressivement des populations étrangères — notamment rwandaises — dans les villages congolais vidés de leurs habitants par la guerre. Les territoires de Rutshuru et de Masisi sont les plus touchés par cette stratégie qui, selon les autorités congolaises, menace directement la souveraineté territoriale et l’identité démographique de la région.
« Il se passe des choses extrêmement graves, affreuses, dans les territoires occupés. Nos populations vivent dans des conditions inacceptables, inimaginables au regard des droits humains », a alerté le ministre.
Une stratégie cynique de remplacement
Le schéma dénoncé par Kinshasa est aussi limpide que cynique : pendant que des milliers de familles congolaises fuient les violences et les exactions, abandonnant maisons, champs, écoles et églises, des populations venues de l’étranger sont installées à leur place — parfois avec l’encadrement des forces du M23 ou des éléments RDF (Rwanda Defence Force). Des collines entières changent de visage, des villages sont renommés, des terres réaffectées, et la mémoire collective d’un peuple est ainsi méthodiquement effacée.
Pire encore, le Rwanda exploiterait la situation sécuritaire pour orchestrer une manœuvre à double sens : alors que certains réfugiés rwandais vivant en RDC depuis plusieurs années expriment leur volonté de retourner dans leur pays d’origine, Kigali profiterait de ce mouvement pour introduire, à l’inverse, de nouvelles populations sur le sol congolais, reconfigurant l’équilibre ethnique et sociologique de la région à des fins politiques et militaires.
« C’est une réalité que nous avons dénoncée dans plusieurs de nos communications. Le Rwanda mène une politique de transplantation des populations étrangères dans les territoires congolais occupés », a insisté Jacquemain Shabani.
Un silence international assourdissant
Alors que la RDC ne cesse de tirer la sonnette d’alarme dans les enceintes régionales et internationales, les réactions de la communauté internationale restent timide

