Il y’a quelques jours, les combats entre Israël et l’Iran semblaient concerner ces deux pays. Aux Nations-Unies et ailleurs, de nombreux appels à la retenue ont été lancés. Mais que se passerait-il maintenant que les États-Unis ont bombardé à leur tour l’Iran qui réplique en lançant une salve de missiles sur Israël ? Que se passerait-il si les combats s’intensifiaient et s’étendaient ? Ces questions valent leur pesant d’or. L’objectif mis en avant par Israël est d’empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire qu’il vit comme une menace existentielle. Ce que refuse l’Iran, quelles que soient les circonstances. Les États-Unis, soutien indéfectible d’Israël, entrent en guerre. En la matière, il faut toujours envisager le pire, donc l’escalade.
À ce jour, le monde entier guette les États-Unis qui ont pris le risque de se laisser entraîner dans la guerre entre Israël et l’Iran. Les frappes américaines ont visé dans la nuit du 21 au 22 juin les trois sites nucléaires iraniens, Fordo, Natanz et Ispahan, rejoignant ainsi l’offensive israélienne lancée le 13 juin. Le président américain a été couvert de louanges par son allié israélien, qui estime que l’intervention américaine en Iran marque « un tournant historique ».
« Je vous remercie, le peuple d’Israël vous remercie » C’est par ces mots, dimanche 22 juin, que le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a salué l’action militaire de son allié américain sur le sol iranien.
Malgré toutes les dénégations américaines, il est clairement prouvé que les États-Unis sont entrés en guerre contre l’Iran qui pourrait donc frapper des cibles américaines au Moyen-Orient, comme des camps des forces spéciales en Irak, des bases militaires dans le Golf et des missions diplomatiques dans la région. Les forces mandatées par l’Iran –le Hamas et le Hezbollah – sont peut-être très affaiblies, mais les milices qui le soutiennent en Irak restent armées et intactes.
Les États-Unis craignent de telles attaques et ont retiré une partie de leur personnel. Dans leurs messages publics, ils ont fermement mis en garde l’Iran contre les conséquences de toute attaque contre des cibles américaines. Alors, que se passerait-il si un citoyen américain était tué, par exemple, à Tel-Aviv ou ailleurs ?
Dans ce cas, Donald Trump pourrait se voir contraint d’agir encore plus fort, les attaques seront beaucoup plus puissantes, c’est-à-dire massives et considérables. Ce qui ne pourrait que satisfaire le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, qui, depuis longtemps, n’a cessé d’appeler les États-Unis à l’aide à vaincre l’Iran.
Donald Trump a promis à ses électeurs du MAGA (Make America Graet Again/ « rendre sa grandeur à l’Amérique ») qu’il ne déclencherait aucune prétendue « guerre éternelle » au Moyen-Orient. Pourtant, de nombreux républicains soutiennent le gouvernement israélien et sa position selon laquelle le moment est venu de chercher un changement de régime à Téhéran.
Comme les États-Unis sont devenus des combattants actifs, cela représente une escalade énorme avec des conséquences potentiellement dévastatrices.
Des sites nucléaires clés en Iran frappés
Après avoir laissé planer le doute sur une intervention, réclamée par son allié israélien, le Président américain, Donald Trump, a annoncé que les principales installations d’enrichissement nucléaire du pays – soupçonné par les Occidentaux de vouloir se doter de l’arme atomique – avaient été « totalement détruites » par les frappes américaines.
Les 400 kg d’uranium enrichi à 60% – le combustible nucléaire qui est à deux doigts d’être de qualité militaire, suffisant pour une dizaine de bombes – sont détruits, selon Donald Trump.
Ces frappes sont accusées par Téhéran de « faire exploser » les chances d’un règlement diplomatique du dossier nucléaire, au dixième jour de la guerre entre Israël et l’Iran. Est-ce vraiment le moment de dire ce qui a été détruit ou pas ? Et si l’uranium enrichi était déjà déplacé ? Ne nous leurrons pas, les chercheurs iraniens en la matière ne sont pas des amateurs.
Israël a peut-être tué des scientifiques nucléaires, mais aucune bombe ne peut détruire le savoir-faire et l’expertise de l’Iran, ont fait savoir les dirigeants iraniens. Ceux-ci sont donc aptes à se lancer dans une nouvelle course à la capacité nucléaire aussi vite que possible ! Ces bombardements « n’arrêteront pas » les activités nucléaires de Téhéran, a assuré l’agence atomique iranienne. Et si les nouveaux chefs militaires étaient plus têtus et moins prudents que leurs prédécesseurs décédés ?
À tout le moins, cela pourrait contraindre Israël à des nouvelles attaques, enfermant potentiellement la région dans une série ininterrompue de frappes et de contre-attaques. Les Israéliens ont une expression brutale pour cette stratégie : ils l’appellent « tondre l’herbe ».
Implication des pays du golfe
Si l’Iran ne parvient pas à endommager l’armée bien protégée d’Israël et d’autres cibles, il pourra toujours pointer ses missiles vers des cibles plus faciles dans le Golfe, en particulier des pays dont l’Iran pense qu’ils ont aidé et encouragé ses ennemis au fil des ans.
La région compte de nombreuses cibles dans le domaine de l’énergie et des infrastructures. Rappelons que l’Iran a été accusé d’avoir attaqué les champs pétroliers de l’Arabie Saoudite en 2019 et que ses alliés Houthis ont frappé des cibles aux Émirats arabes unis en 2022. Depuis lors, une sorte de réconciliation a eu lieu entre l’Iran et certains pays de la région.
Mais ces pays abritent des bases aériennes américaines. Certaines d’entre elles ont également contribué –discrètement- à défendre Israël contre une attaque de missiles iraniens l’année dernière.
Si le Golf était attaqué, il pourrait lui aussi exiger que des avions de guerre américains viennent à sa défense, ainsi qu’à celle d’Israël.
Choc économique mondial
Le prix du pétrole monte déjà en flèche. Et si l’Iran essayait de fermer le détroit d’Ormuz restreignant ainsi davantage la circulation du pétrole ?
Et si, de l’autre côté de la péninsule arabique, les Houthis du Yémen redoublaient d’efforts pour attaquer les navires en mer Rouge ? Ils constituent le dernier allié intermédiaire de l’Iran, connu pour son imprévisibilité et son fort appétit pour le risque.
De nombreux pays à travers le monde souffrent déjà d’une crise du coût de la vie. Une hausse du prix du pétrole accentuerait l’inflation dans un système économique mondial fragilisé par la guerre commerciale de Trump.
Et n’oublions pas que le seul homme qui profite de la hausse des prix du pétrole est le président russe, Vladimir Poutine, qui verrait soudainement des marchands de dollars supplémentaires affluer dans les caisses du Kremlin pour financer sa guerre contre l’Ukraine.
Et si le régime iranien tombait ?
Et si Israël parvenait à atteindre son objectif à long terme : provoquer l’effondrement du régime révolutionnaire islamique en Iran ?
Benjamin Netanyahu affirme que son objectif principal est de détruire la capacité nucléaire de l’Iran. Mais il a clairement indiqué dans sa déclaration du 14 juin 2025 que son objectif plus large est un changement de régime.
Il a déclaré au « peuple fier d’Iran » que son attaque « ouvrait la voie pour que vous puissiez obtenir votre liberté » de ce qu’il a appelé « un régime pervers et oppressif ».
La chute du gouvernement iranien pourrait séduire certains dans la région, notamment certains Israéliens. Mais quel vide cela laisserait-il ? Quelles conséquences imprévues cela entrainerait-il ? À quoi ressemblerait une guerre civile en Iran ?
Beaucoup se souviennent de ce qui est arrivé à l’Irak et à la Libye lorsque le gouvernement centralisé et fort a été renversé.
Tout dépend donc de la manière dont cette guerre évoluera dans les jours à venir.
Comment – et avec quelle intensité – l’Iran ripostera-t-il ? Et quelle retenue –le cas échéant – Israël pourrait avoir face à cette situation ? Les États-Unis continueront-ils à imposer – aux côtés d’Israël – la loi du plus fort ?
Beaucoup dépendra de la réponse à ces trois questions.
Robert Kongo, correspondant en France

