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13 mai, 2026 - 11:16:47
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Génocides oubliés en RDC : un colloque à Kinshasa pour nommer l’innommable

Pendant trois décennies, des millions de Congolais ont été massacrés dans l’indifférence quasi totale du monde. Une hécatombe, trop souvent reléguée à des notes de bas de page dans les rapports internationaux, à des formules creuses dans les discours diplomatiques. Mardi 29 juillet, la capitale congolaise a ouvert un colloque international inédit : trois jours pour réfléchir, débattre, qualifier juridiquement ce que beaucoup considèrent comme « l’un des plus grands drames humains depuis la Seconde Guerre mondiale ».

Organisé par la Commission d’initiative africaine pour la vérité, l’analyse et la réparation (CIA-VAR) et le Fonds national pour la réparation des victimes (FONAREV), ce rendez-vous ambitionne de « poser les jalons d’un processus de reconnaissance et de justice ». Universitaires, historiens, juristes, institutions et société civile tentent d’affronter une question essentielle : les crimes commis en République démocratique du Congo (RDC) depuis les années 1990 relèvent-ils du génocide ?

« Des millions de morts invisibles »

Dès l’ouverture, le ton a été donné par la ministre de l’Enseignement supérieur et universitaire, Marie-Thérèse Safi Sombo, représentant le chef de l’État. Dans une allocution grave, elle a dénoncé le mutisme international : « Nous déplorons le silence et l’indifférence de la communauté internationale qui occulte les millions de morts congolais dans les débats scientifiques, juridiques et diplomatiques », a-t-elle lancé.
Elle a salué le concept de « Genocost », forgé par la société civile pour désigner cette tragédie, et appelé à transformer la réflexion en action : « Ce colloque, nous l’espérons, sera un jalon fondateur… Il permettra de faire dialoguer les disciplines, les territoires, les générations. Chaque panel doit devenir un lieu d’éveil intellectuel et de conscience politique, chaque échange un pas vers la justice, la paix et la dignité », a insisté la ministre.

Nommer l’innommable

Pour Kevin Ngunga, directeur général du FONAREV, l’enjeu est clair : rompre avec l’euphémisme et l’amnésie collective.
« On ne cesse de parler de millions de morts, mais à un moment donné, il faut nommer ces morts », martèle-t-il.

Puis il enfonce le clou : « Quand on regarde les faits, la récurrence des crimes depuis 30 ans, les mêmes acteurs, les mêmes stratégies… Ce n’est pas un simple chaos tribal. C’est un plan coordonné. Les rapports, notamment le Mapping de l’ONU, citent 116 occurrences qui interpellent. Alors oui, il est temps de qualifier ces crimes. Ce colloque, c’est un devoir de mémoire, de vérité et de justice », souligne-t-il.

L’objectif ? Préparer un dossier solide pour une reconnaissance internationale, créer les conditions de réparations pour les victimes et poser un verrou contre la répétition de l’horreur.
« Pour que cela ne soit pas oublié. Pour que cela ne se répète pas. Pour que les victimes commencent enfin à guérir », conclut-il.

Un silence assourdissant

Depuis la publication du rapport Mapping en 2010 par le Haut-Commissariat aux droits de l’homme de l’ONU, qui recensait 617 incidents graves entre 1993 et 2003 et évoquait des « crimes pouvant constituer des crimes de génocide », rien n’a bougé. Aucun tribunal, aucune commission internationale n’a pris le relais. La RDC, malgré ses plaies béantes, reste la grande absente des débats sur la justice internationale.
Le colloque de Kinshasa sonne comme un acte d’accusation. Trois jours de conférences, trois leçons inaugurales – du Pr Isidore Ndaywel, du Pr Yvon Mingashang, et de l’historien André Miroir – pour briser un tabou et replacer la tragédie congolaise dans le concert des nations. Mais la question demeure : qui écoutera ?

Infos27

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