À la veille de négociations stratégiques avec les États-Unis sur un partenariat minier, le ministre congolais des mines, Kizito Pakabomba, se retrouve au cœur d’une polémique. La Ligue congolaise de lutte contre la corruption (LICOCO) l’accuse d’avoir « installé l’anarchie » dans la mine de Rubaya, située dans le territoire de Masisi (Nord-Kivu), en « violant le Code et le règlement miniers » ainsi que son propre arrêté.
En février 2025, le ministre déclarait « sites rouges » l’ensemble des exploitations minières du Masisi et de Kalehe, en raison de la persistance de l’insécurité et de la présence de groupes armés. Pourtant, le 12 mars 2025, il signait un arrêté octroyant un permis d’exploitation (PE 16159) à la Société aurifère du Kivu et du Maniema (Sakima SA), incluant le site de Rubaya, précisément classé rouge quelques semaines plus tôt.
Pour la LICOCO, cette décision « paradoxale » soulève des interrogations éthiques : « Ces genres d’actions sont souvent motivés par des considérations non conformes à l’intérêt général », dénonce un expert consulté par la structure.
Une superposition illégale des titres miniers
Plus grave encore, selon la LICOCO, le permis octroyé à Sakima SA entre en conflit direct avec les droits de Congo Fair Mining (CFM SA), bénéficiaire du PE 76 en vertu d’un contrat de joint-venture signé en décembre 2020 avec la société CDMC SARL. Cette situation de double attribution viole, selon un consultant cité par l’ONG, l’article 30 du Code minier et l’article 40 bis du règlement minier.
Une décision du Conseil d’État, rendue le 6 mai 2025, avait pourtant confirmé l’appartenance du PE 76 à CFM SA, en rétablissant la cartographie initiale de 360 carrés.
Une célérité « suspecte »
La LICOCO pointe également la rapidité avec laquelle le ministre a agi. En l’espace de 48 heures, trois décisions majeures ont été prises :
11 mars : réhabilitation du PE 76 par le ministre ; Le même jour : dépôt d’une demande de transformation par Sakima auprès du Cadastre minier ; 12 mars : signature de l’arrêté octroyant à Sakima le permis litigieux.
Cette précipitation, pour la LICOCO, traduit « une volonté manifeste de contourner la loi », au mépris des engagements du gouvernement en faveur de la transparence.
Un risque pour la diplomatie économique congolaise
Ces accusations interviennent alors que le président Félix Tshisekedi mise sur la « diplomatie minière » pour attirer des investisseurs américains et stabiliser l’Est du pays. « De telles pratiques sapent les efforts du chef de l’État et mettent en péril les négociations en cours avec Washington », avertit la LICOCO.
La structure appelle à des sanctions contre le ministre des Mines et les dirigeants de Sakima SA, ainsi qu’au respect strict de la décision du Conseil d’État. Elle demande au président Tshisekedi de « rappeler à l’ordre son ministre » et de « veiller à la moralisation de la gouvernance minière ».
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