À la croisée des chemins, la République démocratique du Congo se retrouve face à un défi historique : traduire un rééquilibrage stratégique inédit en résultats concrets pour son peuple. Après trois décennies d’effritement de l’État et de guerres récurrentes dans l’Est, le pays entrevoit une lueur d’espoir. Le succès diplomatique du président Félix Tshisekedi, marqué par la résolution 2773 du Conseil de sécurité, l’accord « minerais contre sécurité » avec les États-Unis et la dynamique enclenchée à Washington et Doha, repositionne Kinshasa dans l’échiquier géopolitique mondial. Mais cette victoire ne sera durable qu’à une condition : maintenir la cohérence entre trois impératifs – la résilience du Chef de l’État, la remobilisation de l’âme nationale, et la gestion des contraintes régionales. Ainsi, la formation imminente du gouvernement Suminwa II incarne ce test crucial. Il ne s’agit pas d’un simple remaniement mais d’un acte fondateur. Les équilibres géopolitiques obtenus à prix fort ne sauraient se dissoudre dans l’approximation des choix internes. L’exigence est double : composer une équipe resserrée, techniquement crédible, et doter le pays d’une feuille de route claire, assortie de contrats d’objectifs par portefeuille. Au-delà des enjeux sécuritaires et miniers, cinq axes doivent structurer cette renaissance : culture et patrimoine (levier de cohésion et de puissance douce), justice (pour restaurer la confiance et sécuriser l’investissement), infrastructures de transport (désenclavement vital), agriculture (autosuffisance alimentaire face à l’absurde dépendance aux importations) et éducation et recherche (pour garantir l’indépendance technologique et cognitive). Autant de piliers d’une reconstruction qui ne se limite pas à l’économie mais engage la dignité nationale.
Le rééquilibrage stratégique réussi par le Président de la République, Félix-Antoine TSHISEKEDI, nonobstant les déconvenues militaires de janvier-février 2025 révèle une résilience remarquable du Chef de l’Etat. L’initiative de l’accord « minerais contre sécurité » avec les États-Unis constitue aujourd’hui un pivot géostratégique majeur qui conforte la dynamique diplomatique déjà engagée depuis sa prise de fonction en 2019. De manière incontestable, il repositionne progressivement le pays dans l’échiquier géopolitique mondial.
Après trois décennies d’agression et de planification systématique de l’effritement de l’Etat, précédés par un contexte socio-politique et économique préoccupante depuis la moitié de la décennie 1980, la République Démocratique du Congo se trouve aujourd’hui à un moment décisif de son histoire. A la croisée de chemin et dans une sorte de recyclage historique comme ce fut le cas entre 1900 et 1908, ou entre 1960 et 1965, le Congo a, à nouveau, l’opportunité de jouer un rôle géopolitique central, profitant d’un contexte géostratégique mondial opportun.
Ce n’est pas de la redondance d’observer à quel point la lucidité et la perspicacité du Chef de l’Etat sont remarquables, son courage et sa résilience, redoutables. En effet, est bien malin celui qui, à la chute de la ville de Goma, mais surtout celle de Bukavu, suivi des prémonitions fracassantes d’une percée éclair sur Kisangani, ainsi que la prise imminente d’Uvira, Kalemie, puis Lubumbashi, pouvait préfigurer le basculement stratégique actuel, à la seule force de l’élan diplomatique. Cela d’autant qu’en plus des déconvenues militaires, la dynamique diplomatique sur le continent s’effritait de manière indubitable : Tergiversations à l’Union Africaine, dont l’attitude générale, aussi bien de la Commission que celle du groupe A3 ou A3+ au Conseil de Sécurité lors des réunions successives sollicitées par la RDC n’inspirait qu’un optimisme béat, fragilité à la SADEC, pratiquement déstabilisée par les élans réfractaires de l’EAC, au point d’être poussée au retrait de sa mission militaire, d’ailleurs noyauté depuis le départ. Isolé, dans une ambiance quasi eschatologique, le pays et le régime ne comptait plus que sur ses derniers Mohicans constitués par une poignée de ministres, au premier rang desquels la brave Thérèse KAYIKWAMBA Wagner, ou quelques citoyens résilients (rares journalistes citoyens, sporadiques influenceurs des médias sociaux, quelques intellectuelles anonymes et leaders de la société civile) décidés au péril de leur vie pour rester débout, au côté de leur Chef, face à l’agresseur et leurs relais locaux. Ces derniers ne cachant à l’époque que très difficilement leur éphorie. A cet égard, la panique qui avait envahi Kinshasa durant tout le premier trimestre de l’année, encore fraiche dans les mémoires, reste symptomatique de cet ambiance, certes lourde, mais forte d’enseignements aujourd’hui.
Résolution 2773 à l’unanimité au Conseil de Sécurité des Nations Unies, CEEAC – Malabo – juin 2025, Washington, Doha. Les marques sont indélébiles. Le rééquilibrage stratégique, aussi remarquable que l’amère expérience est inspirante, et la percée diplomatique particulièrement porteuse d’espoirs. Cela d’autant qu’il (ce rééquilibrage) offre l’avantage, à la fois d’amorcer une reconfiguration du jeu des acteurs et de perturber les dynamiques stratégiques régionales, mais surtout, d’offrir une précieuse fenêtre d’opportunité pour transformer durablement le pays.
Cependant, « qui danse sur les cendres sans pleurer le feu, risque de se brûler à nouveau », rappelle une vielle maxime bantou. Le véritable succès de ce remarquable rééquilibrage dépendra de la capacité du gouvernement à maintenir la cohérence entre la résilience remarquable du Chef de l’Etat, les défis de remobilisation de l’âme nationale en essoufflement après plus de trois décennies d’épreuves, et les contraintes géopolitiques régionales. C’est la condition pour que la saveur de cette grande victoire symbolique se transforme en acquis tangibles pour les congolais, en levier de puissance pour l’Etat, en véritable opportunité de réaffirmation du prestige national longtemps perdu.
Autrement dit, la formation du gouvernement SUMINWA II représente un test crucial de cette nouvelle approche. Ce gouvernement devra démontrer sa capacité à traduire les acquis diplomatiques en résultats concrets pour la population, tout en préservant les équilibres géostratégiques qui ont permis ce rééquilibrage des forces.
Dans cet élan, le point de départ doit se traduire dans la qualité de la nouvelle équipe gouvernementale imminente, d’une part, et dans l’efficience du recadrage des options gouvernementales, d’autre part. Ce cadre stratégique ne sera pas une panacée, certes. Mais, il aura l’avantage de sonner un signal fort. Un signal fort pour l’inversion des paradigmes qui ont longtemps gangrenés le pays et oblitérés les espoirs de la nation, un signal fort pour convaincre que la fois au changement à travers une lutte politique trentenaire n’était pas une vue de l’esprit, un signal fort qu’une perspective d’habilitation ou de réhabilitation de la fierté et de la dignité du peuple congolais est irréversible.
L’autorité suprême, le Président de la République, Chef de l’Etat, qui engage là « son héritage politique personnel ainsi que celui du combat de toute une vie, engagé par son vénérable père », a incontestablement la lecture efficiente du bon profil des acteurs et actrices de cette nouvelle équipe de mission. Certainement que pour ceux qui ont déjà engagé la marche à ses côtés depuis 2019, le profil devra être basé sur une preuve du niveau des performances tangibles réalisées. Aux autres qui devraient ou pourrons avoir le privilège d’être appelé auprès de lui, l’exigence devrait être une claire compréhension et une maitrise technique éprouvée des secteurs respectifs dont ils seront appelés à gérer les portefeuilles respectifs. Car, le temps est incontestablement à l’engagement résolu, ainsi qu’à la responsabilité indiscutable des acteurs. Il est à l’expertise avérée et à la maitrise soutenue des dossiers.
En plus des profils, tout aussi déterminante sera la pertinence du programme gouvernemental (nouveau programme ou recadrage de l’ancien). Tout en veillant à l’assortir d’une feuille de route rigoureuse, fixant à chaque responsable de portefeuille un contrat d’objectif clair, en temps, en moyens et résultats, cinq axes prioritaires doivent constituer le cœur de la mission du prochain gouvernement. Cela, au-delà bien-entendu des axes centraux de la diplomatie, de l’intégrité du territoire et la sécurité nationale, ainsi que celui naturellement des mines sur lequel s’articule le partenariat avec notre partenaire stratégique les USA.
Les cinq axes opérationnels sont de notre point de vue : la culture, les arts et le patrimoine, la justice, les infrastructures de transport, l’agriculture et la sécurité alimentaire, ainsi que l’éducation nationale et la recherche scientifique. Le choix de ces cinq axes/ secteurs n’est en effet pas fortuit. Il répond à une logique stratégique cohérente qui vise à reconstruire les fondements mêmes de l’État congolais sur des bases durables. Ces différents secteurs constituant les piliers d’une transformation holistique qui dépasse la simple reconstruction économique pour embrasser une véritable renaissance nationale. De manière synthétique, nos motivations sont résumées dans le descriptif qui suit :
1. La culture, arts et patrimoine : Un levier d’unité nationale, de projection stratégique et de développement économique. Elle renforce l’identité nationale, tout en soutenant la cohésion sociale. Pour garantir leur positionnement géostratégique, tous les Etats puissants (d’hier ou d’aujourd’hui) ont placé le développement et la valorisation de leur culture et de leur patrimoine au cœur de leur stratégie de puissance.
2. Une justice fiable : Pilier de la confiance citoyenne, de l’attraction et de la sécurité des investissements. Elle est un levier clé de la soutenabilité de l’économie. Une justice fragile brise la confiance et effrite la crédibilité de l’Etat.
3. Les infrastructures de transport : pilier du désenclaver du pays, levier de l’intégration économique et sociale. Le fait que 90% des routes congolaises (par exemple) soient impraticables en saison des pluies (rapport de la Banque mondiale) est en lui-même un obstacle insurmontable pour le développement économique et l’intégration sociale. L’Éthiopie et le Sénégal peuvent être deux modèles inspirant pour nous sur le plan africain. L’Éthiopie a construit 5 000 km de routes/an, ainsi qu’un réseau ferroviaire pertinent. Elle capitalise aujourd’hui de manière efficace son potentiel économique. Pour le développement de son réseau d’infrastructures de transport, aujourd’hui parmi les plus développé du continent, le Sénégal a misé sur des partenariats public-privé. Son autoroute à péage Dakar-Mbour est à cet égard un exemple poignant.
4. Agriculture et sécurité alimentaire : l’enjeu dans ce cadre est de passer de l’importation massive à l’autosuffisance, voire au rééquilibrage de notre balance commerciale.
A ce sujet, le simple exemple du riz est symptomatique de cet enjeu. La RDC importe 80% de son riz alors que 80 millions d’hectares de ses terres sont cultivables. A noter à titre indicatif que le Vietnam est passé d’un Etat affamé à 2 ème exportateur mondial de riz en 20 ans.
5. Éducation et recherche scientifique : Le crédo c’est : « former pour innover aux fins garantir son indépendance ». Le cas de la Corée du Sud est très pertinent. Il a priorisé l’éducation et la recherche pour devenir, en l’espace de 30 ans, une puissance technologique mondiale.
Professeur IYOKA OTANGELA-N’Kumu Jean-Bedel
Docteur en Sciences Politiques, diplômé du Collège des Hautes Etudes de Stratégies et de Défense,
Expert national en politiques culturelles et management des institutions culturelles, Conservateur des archives.
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