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2 juin, 2026 - 05:08:15
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Paix en RDC : les Églises dessinent un chemin en quatre étapes

Mettre fin au cycle des violences qui meurtrissent la République démocratique du Congo depuis plus de trente ans exige plus qu’un cessez-le-feu : c’est une réconciliation en profondeur que proposent désormais les principales confessions religieuses du pays. CENCO, ECC, Plateforme des confessions religieuses et Coalition interconfessionnelle pour la Nation ont dévoilé, le 25 août à Kinshasa, une feuille de route ambitieuse pour un processus de paix « national et inclusif », articulé autour de quatre étapes. La démarche débute par un « Mois de la Paix » pour restaurer confiance et décrispation politique, se poursuit avec un « Dialogue des experts » mobilisant universitaires et professionnels, avant de converger vers un « Dialogue politique » destiné à sceller un compromis national. L’ultime séquence, une Conférence internationale, doit inscrire la paix congolaise dans un cadre régional et garantir la reconstruction post-conflit. Un calendrier à la fois spirituel, technique et diplomatique, qui place la société congolaise face à sa responsabilité collective : transformer l’épreuve en pacte social durable.

Face à la persistance des conflits armés depuis trois décennies en République démocratique du Congo, les principales confessions religieuses du pays – la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), l’Église du Christ au Congo (ECC), la Plateforme des confessions religieuses et la Coalition interconfessionnelle pour la Nation – ont rendu publique, lundi 25 août, une feuille de route destinée à guider un processus « national et inclusif » de paix.

Le document, élaboré en concertation avec la présidence de la République, se présente comme une réponse holistique à ce que les responsables religieux qualifient de « cycle tragique et récurrent » de violences. Il s’inscrit dans le sillage des récents efforts diplomatiques et sécuritaires : la résolution 2773 du Conseil de sécurité de l’ONU du 21 février 2025, l’accord bilatéral signé à Washington entre Kinshasa et Kigali, ainsi que la déclaration de Doha avec le mouvement armé AFC/M23.

« Nous, pères spirituels, avons estimé de notre responsabilité morale et pastorale de proposer à la Nation un cadre de réconciliation, de pardon et de refondation de la cohésion nationale », ont souligné les signataires dans leur communiqué.

Un « Mois de la Paix » pour la décrispation

La première phase de cette initiative entend préparer le terrain à un dialogue national inclusif. Les Églises proposent l’organisation d’un « Mois de la Paix » consacré à des activités spirituelles et de plaidoyer.
Un culte œcuménique national devrait être célébré simultanément dans l’ensemble du pays, y compris dans les zones sous contrôle de l’AFC/M23. Les responsables religieux y voient un moment solennel pour « rassembler la mémoire collective autour du pardon et de la fraternité ».

Parallèlement, des missions de plaidoyer seront menées auprès des acteurs politiques et des partenaires internationaux afin d’encourager un cessez-le-feu effectif, d’accompagner les actions humanitaires et de faciliter la décrispation politique. L’objectif est de favoriser un climat de confiance préalable au dialogue, en insistant sur le respect mutuel et la coopération intercommunautaire.

Le « Dialogue des experts »

La deuxième étape prévoit la convocation d’un « dialogue des experts ». Loin d’un exercice politique, il s’agira d’un espace d’analyse technique confié à des universitaires, chercheurs, intellectuels et professionnels congolais, y compris de la diaspora.

Ces travaux devront déboucher sur des « feuilles de route pratiques du redressement rapide et du développement accéléré » du pays. Huit grandes thématiques sont déjà identifiées : de l’histoire des dialogues de paix au Congo depuis 1960 aux stratégies de défense nationale, en passant par la gouvernance économique, la gestion de l’environnement, la justice, les droits humains, les questions identitaires et la coopération régionale.
Les confessions religieuses estiment que cette étape doit permettre de « poser les bases rationnelles et objectives » d’un futur pacte social, en tirant les leçons des échecs passés et en identifiant des solutions consensuelles. Les institutions publiques seront associées aux débats afin d’apporter leur expertise.

Le Dialogue politique, cœur du processus

La troisième étape constitue le point culminant de l’initiative : le « Dialogue politique ». Celui-ci devra réunir la majorité présidentielle, l’opposition non armée, les groupes armés, la société civile, les autorités coutumières, la diaspora ainsi que des personnalités indépendantes issues du monde académique, culturel et économique.

Deux objectifs principaux sont assignés à ce dialogue : obtenir un consensus autour des propositions issues du « Dialogue des experts » et parvenir à un compromis politique durable. Les Églises précisent que ce compromis ne sera pas préétabli, mais le résultat d’échanges « libres et responsables », dans le respect de la Constitution.

Pour garantir l’équilibre, un mécanisme de quotas représentatifs sera mis en place. La démarche devra aboutir à un document unique, remis solennellement au président de la République, contenant les fondements du « Pacte social pour la paix et le bien-vivre ensemble » en RDC et dans la région des Grands Lacs.

Une Conférence internationale pour sceller l’engagement

Enfin, la feuille de route propose l’organisation d’une conférence internationale sur la paix et le bien-vivre ensemble dans la région des Grands Lacs, doublée d’une conférence sur le financement de la reconstruction post-conflit en RDC.

Un secrétariat technique sera chargé d’accompagner le processus, de préparer les dossiers stratégiques et de soutenir le plaidoyer diplomatique conduit par le président Félix Tshisekedi. Cette conférence doit donner une dimension régionale et internationale à la démarche, en inscrivant la paix congolaise dans un cadre plus large de coopération et de solidarité.

Un appel à la responsabilité collective

Dans leur conclusion, les responsables religieux affirment que cette initiative est « une action pastorale et prophétique », portée par la conviction que « la foi en Dieu ne déçoit jamais ». Ils exhortent le chef de l’État, garant de la Nation, à prendre rapidement des actes officiels pour lancer le processus.
Ils appellent également les partenaires internationaux à reconnaître et soutenir « ce processus national, holistique et inclusif », en lui apportant un accompagnement sincère.

Enfin, ils lancent un message aux Congolais : « Rien n’est impossible à ceux et celles qui, dans la prière, demandent à Dieu de les transformer en artisans de paix et en bâtisseurs d’un Congo plus beau qu’avant. »
À l’horizon 2060, année du centenaire de l’indépendance, les confessions religieuses espèrent voir aboutir ce rêve collectif d’un pays réconcilié avec lui-même, débarrassé du cycle des guerres et ancré dans la fraternité.

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