Au Sénat congolais, l’initiative d’une pétition contre le bureau suscite interrogation et scepticisme. Idrissa Afani Mangala promet une « tempête » et appelle ses collègues à se désolidariser du bureau Sama Lukonde, mais l’opportunité et la légitimité de cette démarche sont vivement contestées par Patrice Mpungwe, qui y voit une manœuvre politique fondée sur des frustrations personnelles plutôt que sur des motifs institutionnels.
La scène politique congolaise a été secouée cette semaine par un échange vif entre deux sénateurs de la majorité présidentielle. Patrice Mpungwe a réagi avec fermeté aux accusations portées par son collègue Idrissa Afani Mangala à l’encontre du bureau du Sénat, lors d’une sortie médiatique sur les antennes de la radio Top Congo.
Pour le sénateur Mpungwe, les motifs avancés par son collègue ne sont ni fondés ni opportunistes. « Cela nous a surpris que ce soit au lendemain du congrès de l’Union sacrée qu’une démarche d’une telle ampleur soit menée. Et puis les raisons évoquées, nous les avons trouvées qu’elles n’étaient pas convenables. On ne peut pas imputer au bureau du Sénat le manque d’exécution du budget de la part soit du gouvernement central ou d’une province », a-t-il déclaré.
Le sénateur Patrice Mpungwe a également contesté l’accusation de lourdeur attribuée au bureau pour exercer une pression sur le gouvernement afin de faire appliquer le budget. Selon lui, cette justification ne tient pas face aux faits. « Nous avons eu plusieurs interpellations : le ministre de l’Intérieur, le ministre de la Justice était avec nous toutes les deux semaines. Le ministre des Finances est venu pour la rétrocession aux provinces. Le ministre de l’Enseignement s’est présenté. Et quelques fois, des initiatives ont été découragées. L’initiateur n’a été autre que l’honorable Afani », a-t-il précisé.
Sur l’accusation d’opacité dans la gestion du budget du Sénat, Patrice Mpungwe estime que celle-ci est difficile à démontrer. « Le budget du Sénat a toujours été justifié à chaque session parlementaire. Nous l’avons fait, il y a moins de trois mois. C’est une démarche qui est vouée à un échec.
Premièrement, le règlement du Sénat ne permet pas une pétition collective contre tous les membres du bureau ou même individuelle, tant qu’elle concerne tous les membres du bureau dans les mêmes circonstances, comme l’honorable Afani l’a exprimé », a-t-il ajouté, laissant entendre un doute sur le nombre de signatures prétendument récoltées pour cette pétition.
Le sénateur Idrissa Afani Mangala, membre de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), avait annoncé l’existence d’un groupe de sénateurs dits « révolutionnaires » au Sénat, qui aurait initié une pétition visant à faire tomber l’ensemble du bureau. Selon lui, cette démarche serait nécessaire pour que le bureau permette aux sénateurs d’exercer pleinement leur rôle de contrôle parlementaire, poussant ainsi l’exécutif à réaliser les projets gouvernementaux et épargnant au président Félix-Antoine Tshisekedi les reproches de la population.
Dans sa sortie, Afani Mangala a menacé de déposer la pétition et a appelé ses collègues de parti à se désolidariser du bureau, prédisant une « tempête » au Sénat.
Les observateurs politiques s’interrogent sur l’opportunité de cette offensive, alors que le chef de l’État fait face à des pressions diverses. Certains y voient les traces d’une frustration personnelle, liée au fait que le sénateur Afani n’a pas été intégré au gouvernement Suminwa 2, où il espérait obtenir le ministère des Transports, Voies de communication et Désenclavement.
Rappelons que lors de l’élection du bureau du Sénat, Afani Mangala avait également été candidat au perchoir, finalement remporté par Justin Kalumba, représentant de la province du Maniema.
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