Alors que les négociations de Doha tentent de mettre un terme au conflit du M23, la question de la responsabilité de Joseph Kabila demeure centrale. Ancien président de la République démocratique du Congo, Kabila est accusé d’avoir soutenu, directement ou indirectement, la rébellion du M23 et d’avoir collaboré avec des acteurs étrangers dans la conduite de ce conflit, en violation des lois qu’il a lui-même promulguées. Le processus de Doha, prolongement des initiatives de Nairobi et de Luanda, ne remet nullement en cause cette réalité. Selon le vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, le fait que l’exécutif congolais négocie avec le M23 au Qatar n’implique pas que l’ancien président soit traité comme un partenaire légitime. À travers ses déplacements en territoire rwandais et ses prises de position publiques, Kabila se serait placé en marge de la loi et de la République, exposant sa responsabilité dans ce que le gouvernement congolais qualifie de haute trahison.
Dans un entretien avec Jacquemain Shabani, vice-Premier ministre et ministre congolais de l’Intérieur, le journaliste Marius Munga a voulu savoir si ce n’était pas un non-sens de négocier avec l’AFC/M23 à Doha et en même temps marginaliser et condamner Joseph Kabila accusé d’en être le leader. Il y a lieu ici de lever une confusion qui perturbe bien d’esprits en pensant que parce que le gouvernement négocie avec les rebelles du M23 au Qatar, l’ancien président congolais étant accusé d’en être le patron, donc l’exécutif doit aussi négocier avec ce dernier.
Ce raisonnement paraît simpliste et trois choses, voire plus, sont à retenir :
1°. Le processus de Doha n’est pas né ex nihilo, c’est la continuation du processus de Nairobi piloté autrefois par l’ancien président kényan Uhuru Kenyata qui impliquait les groupes armés. Ce processus, qui avait connu quelques avancées avec quasiment d’autres groupes armés, fut interrompu avec la résurgence du M23 qualifié aussitôt après par le gouvernement congolais de groupe terroriste. Relancé par la suite, ce processus se tenait parallèlement à celui de Luanda sous la médiation du président angolais Lourenço mettant en face les gouvernements congolais et rwandais représentés au plus haut sommet. Le processus de Luanda capota à un doigt de la signature de l’accord lorsque le président rwandais boycotta la cérémonie le 15 décembre 2024. Il a dû se poursuivre sous l’impulsion de l’Administration Trump pour déboucher sur l’accord RDC-Rwanda du 27 juin 2025 à Washington signés par les ministres des Affaires étrangères des deux pays et son entérinement par les deux présidents se fait attendre. Tout le monde se souvient encore de la scène y relative dans le Bureau ovale. Cet accord fait mention, notamment, de Luanda et de la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations unies, preuve que l’on ne vient pas du vide.
2°. Joseph Kabila n’est pas n’importe quel citoyen dans la République Démocratique du Congo. C’est un ancien président de la République qui a promulgué la plupart des textes qui nous régissent, notamment la Constitution du 18 février 2006, les lois révisant et complétant les Codes pénal et militaire et la Loi sur les anciens présidents de la République élus dont il a, jusqu’à preuve du contraire, bénéficié des avantages et qui lui prescrit des obligations et devoirs. Dès lors que celui-ci déclare, en âme et conscience, que l’AFC/M23, une rébellion soutenue par une puissance étrangère, le Rwanda, est une aspiration du peuple dont il partage la même vision, et traverse bonnement et sans scrupules le territoire du pays agresseur pour accéder aux zones congolaises sous occupation de ce dernier avec ses pantins où il visite, avec audace, des camps de recrutement et de formation des rebelles, il se met lui-même en marge de la loi et de la République. Ces faits gravissimes sont constitutifs, aux termes des lois qu’il a lui-même promulguées et qui lui sont opposées, des infractions retenues à sa charge, dont la haute trahison.
Ces faits ne sont pas à banaliser et il y a des choses dont l’on doit s’interdire si on a occupé des hautes fonctions dans le pays. Cela étant, Joseph Kabila s’est trompé carrément, pensant qu’il pouvait revenir à la surface en se démasquant solennellement comme leader de l’AFC/M23. Il s’est tiré lui-même une balle dans le pied. Et son Conclave de Nairobi avec certains politiciens congolais n’enlève en rien à sa bourde qui lui fait passer désormais comme chef rebelle. Et il doit assumer.
3°. Dans toutes ses déclarations, voire tout récemment à Nairobi, il s’interdit de citer le Rwanda comme pays agresseur et n’a même pas eu la moindre compassion pour de milliers de Congolais tués à Goma et à Bukavu en janvier et février 2025. Il lance plutôt appel au retrait de toutes les armées étrangères de la RDC sans les nommer et est incapable de dire dans quelles circonstances l’armée rwandaise se retrouve au Congo.
Il n’y a pas de dessin à faire pour conclure à la complicité entre l’ancien président de la République et le Rwanda dont il n’est pas moins agent.
Moïse Musangana

