C’est dans une ambiance à la fois studieuse et tendue que s’est ouverte, mardi 11 novembre 2025, la campagne pour l’élection du Bureau définitif de l’Assemblée nationale. Dès les premières heures, le candidat de l’Union sacrée à la présidence, Aimé Boji Sangara, s’est lancé dans une série de consultations avec les députés nationaux, prônant l’écoute, la cohésion et la responsabilité parlementaire. Dans un contexte marqué par la validation controversée de deux candidatures uniques par le bureau provisoire dirigé par Isaac Jean Claude Tshilumbayi, la démarche d’ouverture de Boji contraste avec les accusations de verrouillage institutionnel. Entre consensus affiché et critique du pluralisme étouffé, l’hémicycle de Kinshasa s’impose de nouveau comme le théâtre d’une tension entre discipline politique et vitalité démocratique.
La campagne électorale pour le Bureau définitif de l’Assemblée nationale s’est ouverte sur un ton à la fois rassembleur et stratégique. Aimé Boji Sangara, candidat de l’Union sacrée à la présidence de la Chambre basse, a donné le tempo dès l’aube en rencontrant les présidents des caucus des 26 provinces du pays. Objectif : consolider un soutien déjà largement acquis, tout en affirmant une méthode basée sur « l’écoute et la proximité avec les élus ».
Dans la même journée, il a poursuivi ses consultations avec les députés du Grand Bandundu et du Kongo Central, deux bastions décisifs au sein de la majorité. Ces rencontres, menées dans un climat de confiance, traduisent la volonté du candidat de faire de l’unité parlementaire le socle de sa future présidence.
Un candidat du consensus dans un climat de crispation
Mais l’harmonie affichée ne masque pas les remous institutionnels provoqués par la décision du bureau provisoire. Dans un communiqué officiel daté du 10 novembre 2025, signé par le professeur Isaac Jean Claude Tshilumbayi Musawu, le bureau de l’Assemblée nationale a validé deux candidatures uniques : Aimé Boji Sangara pour la présidence, et Mutita Kalonga Clotilde pour le poste de rapporteur adjoint.
Une décision qui, si elle semble couronner le travail de structuration politique de l’Union sacrée, suscite de vives réactions dans les rangs de l’opposition et parmi certains indépendants. « Le bureau Tshilumbayi a assassiné la démocratie en écartant les candidatures d’autres compétiteurs sous prétexte qu’ils n’étaient pas inscrits », fustige un élu mécontent.
Selon ces contestataires, cette exclusion crée une distorsion géopolitique : « Dans un bureau où un espace est déjà représenté, les députés se retrouvent contraints de voter une unique candidate du même espace, au détriment de l’équilibre institutionnel. »
Un consensus jugé verrouillé
Pour plusieurs observateurs, cette situation mine le principe même de la compétition démocratique. « Face à un tel tableau, le vote n’est plus nécessaire : que les deux candidats soient directement installés », ironise un député de l’opposition. Ce désenchantement traduit une inquiétude plus profonde : la crainte que l’hémicycle se transforme en simple chambre d’enregistrement d’une majorité disciplinée.
Le bureau Tshilumbayi, pour sa part, justifie sa décision par le strict respect du Règlement intérieur, notamment des articles 26 et 27, relatifs à la validation des candidatures. Le communiqué officiel précise que la Commission technique a examiné les dossiers « présentés par la majorité, l’opposition et les non-inscrits », avant de publier la liste définitive.
Mais cette justification peine à convaincre. « Le respect de la procédure ne suffit pas à garantir la justice du processus », observe un constitutionnaliste kinois. « Lorsqu’une institution se prive du débat, elle affaiblit sa propre légitimité. »
Entre efficacité politique et déficit démocratique
La montée en puissance d’Aimé Boji, figure de loyauté dans le camp présidentiel, s’inscrit dans la stratégie de continuité du chef de l’État, Félix Tshisekedi, soucieux d’imposer une gouvernance parlementaire cohérente et stable. L’ancien ministre du Budget, réputé pour sa gestion méthodique et son sens du dialogue, apparaît comme le profil idéal pour consolider la majorité autour d’un leadership apaisé.
Toutefois, cette homogénéité interne fait peser une ombre sur la vitalité démocratique de l’Assemblée. Le pluralisme politique, pourtant fondement du régime parlementaire, semble ici sacrifié sur l’autel de la discipline de coalition. L’Union sacrée s’affirme comme une machine politique efficace, mais au prix d’une uniformité qui inquiète jusque dans les rangs du centre.
La plénière du jeudi 13 novembre devrait sceller, sans surprise, l’élection d’Aimé Boji à la tête de l’Assemblée nationale. Dans un pays encore en quête d’équilibre institutionnel, la présidence Boji s’annonce donc à la fois comme une promesse d’ordre et un test démocratique. Reste à savoir si, une fois installé, le nouveau président saura transformer ce consensus imposé en une légitimité réellement partagée.
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