La République démocratique du Congo a ouvert, lundi à New York, une nouvelle séquence diplomatique au Conseil de sécurité des Nations Unies. Sous la présidence de la ministre d’État aux Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, une réunion selon la formule Arria a appelé la communauté internationale à bâtir une approche plus cohérente de la gouvernance des ressources naturelles afin d’en faire un instrument de prévention des conflits, prélude au débat de haut niveau que présidera le 22 juillet le Président Félix Tshisekedi.
La présidence congolaise du Conseil de sécurité des Nations Unies a donné, lundi, une nouvelle impulsion au débat international sur les liens entre ressources naturelles, paix et sécurité. Réunie selon la formule Arria, à l’initiative de la République démocratique du Congo, cette rencontre a réuni diplomates, organisations internationales, experts, représentants de la société civile et du secteur privé autour d’une même interrogation : comment combler le déficit normatif qui empêche encore la gouvernance des ressources naturelles de devenir un véritable outil de prévention des conflits ?
Présidant les travaux, la ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, Coopération internationale et Francophonie, Thérèse Kayikwamba Wagner, a plaidé pour un changement d’approche, estimant que la communauté internationale ne pouvait plus se limiter à gérer les conséquences des conflits alimentés par les ressources naturelles.
« La réunion qui nous rassemble ne constitue pas une consultation de plus. Elle marque l’ouverture d’une réflexion que mon pays souhaite inscrire dans la durée autour d’un défi majeur de notre époque : faire de la gouvernance des ressources naturelles non plus seulement un sujet de gestion des conflits, mais un instrument de leur prévention au service de la paix, de la sécurité et de la prospérité », a-t-elle déclaré à l’ouverture des échanges.
Une réflexion portée par la présidence congolaise du Conseil de sécurité
Cette rencontre s’inscrit dans les priorités de la présidence congolaise du Conseil de sécurité, exercée pour la première fois depuis plus de trente ans. Pour Kinshasa, cette responsabilité constitue l’occasion d’engager une réflexion dépassant le seul cas congolais afin d’ouvrir un débat mondial sur la gouvernance des ressources stratégiques.
Devant les délégations présentes, la cheffe de la diplomatie congolaise a rappelé que les minerais, le pétrole, les diamants, l’or, le bois ou encore le charbon occupent aujourd’hui une place centrale dans les équilibres économiques mondiaux. Essentielles à la transition énergétique, aux nouvelles technologies et aux chaînes d’approvisionnement, ces ressources peuvent cependant, dans les contextes de crise, alimenter les économies de guerre.
Selon elle, le problème dépasse largement le financement direct des groupes armés.
« Il s’agit d’une économie politique plus large, dans laquelle le contrôle des sites d’extraction, des corridors commerciaux, des systèmes de taxation et des flux financiers permet de soutenir la violence, de consolider une emprise territoriale et parfois de substituer une autorité parallèle à celle de l’État », a expliqué la ministre.
Ne plus agir uniquement après les conflits
Dans son intervention, Thérèse Kayikwamba Wagner a reconnu les avancées enregistrées ces dernières années, notamment à travers les régimes de sanctions du Conseil de sécurité, les groupes d’experts, le Processus de Kimberley, les lignes directrices de l’OCDE sur le devoir de diligence ainsi que les différents mécanismes internationaux de traçabilité.
Toutefois, ces outils demeurent essentiellement orientés vers la gestion des crises déjà installées.
« Notre action collective demeure largement orientée vers la gestion des conséquences des conflits à travers des réponses fragmentées. Ne devons-nous pas désormais réfléchir ensemble à la manière dont une gouvernance responsable des ressources naturelles peut également contribuer à prévenir ces conflits ? Car prévenir les conflits suppose aussi de prévenir les conditions économiques qui les alimentent », a-t-elle souligné.
La souveraineté des États érigée en principe central
La ministre d’État a tenu à dissiper toute ambiguïté quant aux objectifs poursuivis par cette initiative congolaise. Il ne s’agit, a-t-elle insisté, ni de créer une nouvelle architecture internationale, ni d’imposer des obligations supplémentaires aux États producteurs.
« Il ne s’agit pas d’un code minier mondial, ni d’un modèle économique uniforme, ni d’une autorité supranationale. Il s’agit de déterminer comment la coopération internationale peut aider les États à exercer plus effectivement leur souveraineté là où des acteurs armés ou des réseaux illicites capturent les ressources, les revenus et jusqu’aux fonctions de l’État », a déclaré Thérèse Kayikwamba.
Elle a rappelé que cette démarche repose sur le principe de la souveraineté permanente des États sur leurs ressources naturelles, consacré par le droit international.
Pour Kinshasa, cette réflexion ne vise ni un pays ni une région en particulier. Si la République démocratique du Congo demeure l’un des exemples les plus documentés des liens entre exploitation illicite des ressources naturelles et conflits armés, cette problématique concerne de nombreuses régions du monde.
Une méthode progressive et fondée sur le consensus
La diplomatie congolaise entend privilégier une approche pragmatique, inspirée d’autres processus développés au sein des Nations Unies, notamment les agendas « Femmes, paix et sécurité », « Jeunesse, paix et sécurité » ou encore les travaux sur les liens entre conflits et insécurité alimentaire.
L’objectif n’est pas de négocier immédiatement un nouveau texte international, mais de construire progressivement un diagnostic partagé.
« La réunion d’aujourd’hui n’a pas vocation à négocier un texte ni à promouvoir une approche prédéterminée. Son caractère informel doit nous permettre d’entendre les expertises, d’approfondir le diagnostic, d’identifier les préoccupations légitimes et de mesurer les convergences possibles », a précisé la ministre.
Elle a également reconnu les réserves que pourrait susciter une nouvelle initiative internationale, notamment les risques de multiplication des normes ou d’alourdissement des obligations pesant sur les États. Mais, a-t-elle averti, « le coût de l’inaction, pour les populations affectées comme pour la crédibilité de notre action collective, est déjà bien réel ».
Cap sur le débat présidentiel du 22 juillet
Les conclusions de cette réunion selon la formule Arria serviront de base au débat public de haut niveau prévu le 22 juillet au Conseil de sécurité, sous la présidence du Président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo.
Ce rendez-vous politique doit permettre d’élever la réflexion au niveau des chefs d’État et de gouvernement et d’ouvrir un processus de consultations appelé à se poursuivre au-delà de la présidence congolaise du Conseil.
Pour guider les discussions, la République démocratique du Congo a proposé trois axes majeurs : tirer les enseignements des mécanismes internationaux existants et identifier leurs limites ; évaluer la valeur ajoutée d’un cadre plus cohérent respectueux de la souveraineté des États ; enfin, mieux articuler prévention du financement des conflits, traçabilité des ressources, accès aux marchés internationaux et transformation économique des pays producteurs.
En clôturant son intervention, Thérèse Kayikwamba Wagner a lancé un appel à l’ensemble des États membres.
« Nous ne vous invitons pas simplement à participer à une discussion. Nous vous invitons à contribuer à une réflexion qui pourrait, à terme, enrichir l’action du Conseil de sécurité et renforcer la capacité de la communauté internationale à prévenir les conflits en agissant sur leurs causes économiques profondes. »
Avec cette initiative, la République démocratique du Congo entend inscrire durablement la gouvernance responsable des ressources naturelles dans l’agenda international comme un levier de paix, de sécurité et de développement durable, au-delà de la seule gestion des crises.
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