La récente sortie médiatique de Mgr Muteba président de la CENCO, sur les accords miniers de la RDC appelle une réaction. Non par irrévérence, mais par devoir de vérité envers notre peuple. En choisissant de fustiger un instrument diplomatique conçu par le Chef de l’État pour faire plier l’agresseur qui déchire l’Est du pays, tout en passant sous un silence le pillage génocidaire rwandais, Mgr Muteba commet un grave contresens moral et stratégique. Son réquisitoire, centré sur les » contrats de 99 ans » et le corridor de Lobito, rate volontairement la cible principale : le Rwanda et le M23 qui pillent nos minerais sans aucun contrat, dans le sang et les larmes. Fermer les yeux sur les rapports onusiens qui documentent, preuves à l’appui, comment le Rwanda organise le trafic de nos minerais est condamnable. Cette omission est le cœur du problème. Elle transforme une critique légitime sur la gouvernance économique en un relais du discours véhiculé par l’opposition politique.
Pendant que l’on s’indigne de la durée d’un bail, on détourne le regard du cambrioleur qui a déjà fracturé la porte et vidé la maison sous la menace d’une kalachnikov. Nous sommes d’accord avec la dénonciation du colonialisme économique. Mais une autre forme de colonialisme à dénoncer en priorité est celle qui s’opère à la machette et au missile que le président de la CENCO et sa structure ne dénoncent pas.
D’accord avec Mgr Muteba sur un point : aucun accord ne doit brader l’avenir. Mais la première condition pour avoir un avenir, c’est d’exister en tant qu’État souverain sur l’intégralité de son territoire.
Sur le corridor de Lobito qu’il dénonce : Mieux vaut un corridor qui exporte des minerais dans le cadre d’un contrat négocié entre États que des sentiers de contrebande qui exportent les mêmes minerais au profit d’un pays agresseur.
Sur les contrats de longue durée : La première confiscation du bonheur des générations, c’est la perpétuation de la guerre qui tue, déplace et affame ces mêmes générations depuis 30 ans.
Un outil diplomatique, aussi imparfait soit-il, qui vient briser ce cycle infernal, est un moindre mal stratégique.
L’agenda politique de la CENCO est démasqué derrière le sermon moral.
L’affirmation selon laquelle on » brade les minerais pour sauver un régime » est révélatrice. Elle suppose que la meilleure perspective serait la chute du régime… et donc la victoire militaire du M23 et de ses parrains. Est-ce là l’horizon souhaitable ? La véritable morale serait-elle de laisser tomber les instruments de défense nationale pour précipiter une défaite présentée comme salvatrice ? Non. La fermeté diplomatique et sécuritaire n’est pas au service du régime, mais de l’intégrité d’une nation. L’accord critiqué est une pièce dans une stratégie qui a déjà forcé le Rwanda à la table des négociations et lui a valu un rappel d’ambassadeur américain. C’est une bataille en phase d’être gagnée contre l’agression, pas un bradage.
En définitive, Pour un patriotisme de lucidité et de combat
Nous n’avons pas le luxe de critiques esthétiques détachées du feu de la guerre. Le moment exige un patriotisme réaliste , qui identifie clairement l’ennemi, et un patriotisme de combat, qui utilise tous les leviers légaux, y compris économiques, pour le vaincre.
Nous engagerons un débat national exigeant sur le modèle minier de l’après-guerre, sur la transformation locale de nos minerais en vue de créer assez d’emplois pour les jeunes . Mais ce débat sera vain si, dans le même temps, une morale sélective désigne à la vindicte les efforts de survie de l’État déployés par l’autorité légitime, tout en absout, par son silence, les véritables auteurs du pillage et du massacre.
Nous avons besoin de la fermeté face à l’agresseur, pas des sermons déséquilibrés qui, objectivement, affaiblissent la position congolaise au moment décisif du combat pour note survie.
Tribune libre 156 (Steve Mbikayi)

