Il aura fallu une caricature pour mettre à nu ce que le débat public se refuse parfois à regarder en face. Samedi 27 décembre 2025, un dessin du caricaturiste congolais Kash Tembo, cosigné avec Top Congo FM, a circulé massivement : on y voit un prêtre, péremptoire, document brandi à la main, sommé par un jeune de désigner la page où serait inscrite une prétendue clause de quatre-vingt-dix-neuf ans (99 ans) liant la République démocratique du Congo aux États-Unis. Le prélat exhibe le texte. À l’envers. Le gag est efficace. Le message, lui, est sévère. Et juste.
Car la controverse ne porte pas seulement sur un chiffre fantasmé. Elle révèle un travers plus profond : l’assurance sans lecture, la parole sans preuve, la prophétie sans texte. À force d’annoncer des révélations, on oublie l’essentiel : ouvrir le document, le lire, le comprendre. Les accords signés le 4 décembre sont publics. Ils sont accessibles. Ils sont clairs. Et ils ne disent pas ce qu’on leur fait dire.
Le fait déclencheur est là : une rumeur transformée en certitude, relayée avec aplomb, parfois depuis des chaires censées éclairer. Cette dérive n’est pas anodine. Elle abîme le débat démocratique, alimente la suspicion et brouille la compréhension des enjeux. Elle installe un climat où l’émotion supplante l’analyse, où la posture remplace l’examen.
Or, sur le fond, la RDC avance. Lentement, certes. Sous contraintes, souvent. Mais elle avance. En choisissant la voie de la négociation ouverte, de la publication des textes, de la coopération encadrée, l’État congolais rompt avec une tradition d’opacité qui a longtemps nourri la défiance. L’effort est réel : exposer les accords, accepter la critique informée, assumer les choix. On peut discuter la stratégie, contester des options, exiger des garanties. On ne peut pas sérieusement inventer des clauses inexistantes.
L’enjeu dépasse la polémique. Il touche à la qualité de notre conversation nationale. Un pays ne se gouverne pas à coups d’anathèmes ni de miracles imaginaires. Il se construit par la lecture, la contradiction, la rigueur. La foi, quand elle s’exprime dans l’espace public, gagne à s’appuyer sur des faits. La critique, pour être utile, doit s’adosser aux textes. Sinon, elle se retourne contre elle-même.
La conclusion s’impose comme une évidence : avant de prêcher, lisons. Avant d’accuser, vérifions. Et avant de condamner les efforts d’un État qui tente, enfin, de faire les choses à visage découvert, exigeons mieux que des certitudes brandies à l’envers. La RDC mérite un débat adulte. Livre ouvert. Page à l’endroit.
Pitshou Mulumba
Journaliste Politologue.

