La décision était attendue, elle est désormais actée. À Kinshasa, le barreau a tranché. Mercredi, Me Yves Matadi Mataka a été officiellement radié du tableau des avocats de Kinshasa/Gombe. Une sanction lourde, rare, qui met fin à une affaire devenue emblématique des dérives redoutées au sein de la profession. En cause, un dossier de spoliation opposant l’avocat à une veuve qu’il était censé défendre. Au-delà du cas individuel, la radiation engage l’institution. Elle intervient dans un contexte où la crédibilité de la justice et des ordres professionnels est scrutée avec une exigence accrue par l’opinion publique.
Me Yves Matadi Mataka a été radié du Barreau de Kinshasa/Gombe, a-t-on appris mercredi de sources concordantes. La décision lui a été notifiée dans son cabinet. Elle entraîne immédiatement la perte de sa qualité d’avocat et met un terme définitif à sa candidature, déjà vivement contestée, au Conseil de l’ordre.
Cette sanction disciplinaire intervient après plusieurs mois de controverses et de procédures internes, sur fond d’accusations graves mettant en cause la probité professionnelle de l’intéressé.
Une affaire de spoliation au cœur du dossier
Au centre du dossier figure une affaire de spoliation opposant Me Matadi à une veuve qu’il était chargé d’assister. Selon des sources proches du dossier, l’avocat devait représenter sa cliente dans la vente d’une parcelle familiale estimée à 65 000 dollars américains. Une mission de protection et de conseil qui aurait, selon la famille de la veuve, tourné à l’abus de confiance.
D’après ces mêmes sources, plus de la moitié de la somme aurait été détournée. Après des mois de pressions du Conseil de l’ordre et d’interventions médiatiques, seuls 30 000 dollars auraient été restitués. Les 35 000 dollars restants n’ont jamais été reversés, affirment les proches de la victime. L’avocat aurait, par ailleurs, refusé de fournir des explications, allant jusqu’à ignorer les convocations disciplinaires.
Un choix institutionnel sous le regard public
L’affaire a suscité une vive indignation et alimenté un malaise profond au sein de la profession. Pour nombre d’observateurs, elle posait une question frontale : celle de l’éthique et de la responsabilité collective des avocats.
En radiant Me Yves Matadi, le barreau congolais a été contraint de choisir, selon l’expression qui circulait en interne, « entre la dignité et la complicité ». La décision vise aussi à préserver l’honneur d’une profession fragilisée par la persistance de pratiques dénoncées depuis des années. Et pourvu qu’une telle fermeté ne reste pas un cas isolé.
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