Le mot est chargé, presque explosif, mais il revient avec insistance dans le débat politique congolais : dialogue. Alors que la République démocratique du Congo s’enfonce dans une crise sécuritaire persistante et des manœuvres diplomatiques sans issue claire, la perspective d’un « dialogue inclusif » refait surface, à la fois comme recours et comme aveu de faiblesse. Dans une prise de position publiée sur X, l’avocat, écrivain et essayiste Charles Kabuya livre une lecture sombre, volontairement dérangeante, de cette option politique. Entre mémoire des trahisons passées, dénonciation des complicités internes et constat d’une impasse stratégique, son propos bouscule les réflexes moraux pour poser une question brutale : faut-il dialoguer non par vertu, mais par nécessité vitale de survie de l’État congolais ?
Un diagnostic sans fard. Dans un message publié sur son compte X, Charles Kabuya inscrit le débat sur le dialogue inclusif dans une longue histoire congolaise marquée par les fractures internes. Il évoque une « traîtrise pour des intérêts personnels » qu’il décrit comme récurrente, presque structurelle, et une « haine primaire » érigée en moteur politique, mais fondamentalement autodestructeur.
L’essayiste convoque la mémoire nationale pour étayer son propos. Il rappelle que Patrice Lumumba et Laurent-Désiré Kabila ont été assassinés par des armes tenues par des Congolais eux-mêmes. Une manière de souligner que les drames fondateurs de la RDC ne peuvent être imputés aux seules forces extérieures, aussi présentes soient-elles.
Le dialogue comme pis-aller politique
Dans cette logique, Charles Kabuya établit un parallèle avec la situation actuelle, évoquant Corneille Nangaa et « consorts », accusés de tuer et de piller « en complicité avec des intérêts opposés à la souveraineté de la RDC ». Le constat est sévère, mais il débouche sur une conclusion paradoxale.
Face à ce qu’il décrit comme une impasse militaire, des circonvolutions diplomatiques stériles et une inconscience généralisée des acteurs politiques face aux périls existentiels qui menacent la République, le dialogue inclusif s’impose, non comme idéal démocratique, mais comme instrument de contrôle politique. « Il vaut mieux avoir tous les traîtres potentiels de son côté », suggère-t-il en substance.
La formule choque, mais elle éclaire une réalité crue : dans un État fragilisé, le dialogue devient moins un espace de réconciliation qu’un mécanisme de neutralisation des menaces internes. Une lecture réaliste, presque cynique, qui traduit l’urgence d’un moment où la morale politique cède le pas à la survie de l’État.
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