La capitale s’est réveillée au ralenti. Lundi 26 janvier, les contrôles routiers lancés par le gouvernorat de Kinshasa pour vérifier permis, vignettes, contrôles techniques et documents de bord ont provoqué une raréfaction soudaine des bus et taxis-bus, paralysant une partie de la circulation urbaine. Craignant amendes et immobilisations, de nombreux conducteurs ont préféré garer leurs véhicules. Aux arrêts, les files se sont allongées, tandis que les tarifs des motos-taxis flambaient. Pour des milliers d’habitants, il ne restait qu’une option : marcher. Si les autorités défendent une opération de régularisation nécessaire, chauffeurs et organisations citoyennes dénoncent des mesures jugées brutales, appliquées sans réhabilitation préalable des routes ni dispositifs d’accompagnement social. Une journée révélatrice des fragilités chroniques du transport public kinois.
À l’aube, les arrêts étaient déjà pleins. À huit heures, ils débordaient. Lundi, Kinshasa a connu une matinée inhabituelle : peu de bus, presque pas de taxis-bus, des motos prises d’assaut. Sur les grandes artères comme sur les axes secondaires, la circulation s’est trouvée fortement perturbée.
À l’origine de ces difficultés, l’opération de contrôle routier décidée par le gouverneur de la ville. Les agents ont vérifié permis de conduire, contrôle technique, vignettes et autres documents obligatoires pour les véhicules de transport en commun.
Conséquence immédiate : de nombreux conducteurs, non en règle ou redoutant des sanctions, ont suspendu leurs activités.
Aux points d’embarquement, les passagers attendaient longtemps, parfois en vain. Certains se sont résolus à marcher sur plusieurs kilomètres.
Dans plusieurs communes, les rares véhicules disponibles provoquaient des scènes de cohue. Les prix ont suivi.
Les motos-taxis, devenues l’une des seules alternatives, ont augmenté leurs tarifs sur de nombreux trajets. Pour beaucoup d’usagers, déjà fragilisés par la hausse du coût de la vie, la facture est devenue dissuasive.
Les contrôles, réalisés sur plusieurs axes, ont créé des ralentissements supplémentaires, aggravant la congestion déjà chronique de la capitale.
Une mesure contestée par la société civile
Au-delà des désagréments immédiats, des voix s’élèvent contre la méthode.
La Coalition de la société civile pour la promotion et la protection des droits économiques, sociaux et culturels (DESC) juge les nouvelles exigences excessives.
Dans une déclaration rendue publique lundi, son coordonnateur, Jean Bosco Puna, estime que ces dispositions risquent d’entraîner « de lourdes conséquences économiques et sociales pour les conducteurs et pour le secteur du transport en général ».
Il appelle le gouvernement provincial à suspendre l’application stricte des contrôles tant que certains préalables ne sont pas remplis, notamment la réhabilitation de la voirie urbaine.
Les chauffeurs soulignent, eux aussi, cette contradiction : payer taxes et documents alors que l’état des routes continue d’endommager leurs véhicules.
Kinshasa, mégapole de plus de quinze millions d’habitants, souffre d’un déficit chronique de transport public structuré. L’offre repose largement sur des opérateurs privés, souvent informels, avec des véhicules anciens et peu régularisés.
Dans ce contexte, toute opération de contrôle massif réduit mécaniquement le nombre de véhicules en circulation.
Un conseiller communal de Kalamu, Nicolas Djomo, a ainsi plaidé pour « une dérogation de six mois permettant aux conducteurs d’obtenir ces titres de manière graduelle ou échelonnée », afin d’éviter une paralysie brutale. Car lundi, la régulation s’est traduite, pour beaucoup, par une journée perdue : des élèves en retard, des travailleurs absents, des kilomètres parcourus à pied.
Entre exigence de conformité et nécessité de mobilité, la capitale cherche encore son équilibre. Et chaque contrôle rappelle la même réalité : sans réforme structurelle du transport urbain, la moindre mesure administrative peut suffire à gripper toute la ville.
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