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31 janvier, 2026 - 12:11:21
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Occupation de l’Est : Steve Mbikayi alerte sur le risque d’« élections de façade » et plaide pour la libération du territoire avant 2028

La mise en garde est frontale et tranche avec le débat politique ambiant. Dans une tribune au ton grave, le député national Steve Mbikayi estime qu’organiser des élections générales alors qu’une partie du territoire congolais demeure sous occupation étrangère reviendrait à entériner une partition de fait du pays. S’appuyant sur des précédents internationaux : de l’Ukraine à l’Irak, en passant par Chypre, il soutient que les scrutins tenus sous contrainte militaire n’ont jamais restauré la souveraineté des États concernés. Au contraire, ils auraient normalisé l’occupation. Pour l’élu, la priorité absolue ne peut être électorale mais territoriale : aucun processus démocratique ne saurait, selon lui, primer sur la récupération intégrale de l’Est. Une position qui relance le débat sur le calendrier politique congolais. 

Voici l’intégralité de sa tribune.

Élections sous occupation : la normalisation de la partition

Lorsque j’ai soutenu, dans de récentes publications, que la RDC ne saurait organiser des élections en 2028 tant qu’une part de son territoire demeurerait occupée par les troupes rwandaises, les relais de l’opposition y ont vu un refus de la démocratie. Ils n’y ont pas perçu, hélas, le réalisme froid d’une leçon historique pourtant écrite en lettres de sang et de larmes.

Commençons par dissiper un malentendu. Oui, techniquement, un État peut organiser un scrutin sous occupation. L’histoire moderne en offre plusieurs exemples. Mais dans chaque cas, ces élections n’ont pas sonné le glas de l’occupation. Elles ont simplement appris à coexister avec elle. Loin d’être un remède, elles deviennent trop souvent l’antichambre d’une amputation territoriale entérinée.

Prenez l’Ukraine. Des élections s’y sont tenues après l’annexion de la Crimée et l’infiltration du Donbass. Le scrutin a conforté la légitimité internationale de Kiev, sans faire reculer d’un pouce les frontières de l’occupant. Les urnes, muettes face aux tanks.

Songez à l’Irak de 2014. Les citoyens votaient tandis que Mossul et les plaines du nord croupissaient sous le jouge de Daech. Le rituel démocratique n’a alors libéré aucune ville. Il a seulement souligné, avec une cruelle ironie, le décalage entre le formalisme électoral et l’effondrement de l’État.

Contemplez enfin Chypre, témoin immobile d’un demi-siècle de partition. Depuis 1974, l’île vit coupée en deux par la ligne verte de l’armée turque. Elle organise des élections régulières, cultive des institutions exemplaires. Et pourtant, l’occupation persiste, s’enracine, se banalise. La normalité politique finit par dessiner les contours d’un deuil territorial accepté.

Partout, le même scénario se rejoue. L’occupation s’installe, le temps fait son œuvre. Les populations tombent sous le régime administratif de l’envahisseur, adoptent sa monnaie, plient sous ses lois. Une annexion de fait s’accomplit, silencieusement. Et la vie politique qui se poursuit ailleurs commence à ressembler, malgré elle, à une trahison par omission.

Transposez cette grille de lecture à la RDC, et l’équation devient douloureusement claire. Quel démocrite pourrait ériger la tenue d’un scrutin en absolu, alors que l’intégrité du territoire est bafouée ? La réponse tonne d’elle-même.

C’est ici que l’attitude de l’opposition congolaise interroge, et même inquiète. Au lieu de faire du retrait vérifiable et complet des troupes rwandaises l’exigence préalable et non négociable, elle concentre ses forces sur l’appel au dialogue intercongolais. Comme si la tragédie de l’Est relevait d’un simple différend domestique, et non d’une agression venue de l’extérieur.

On observera d’ailleurs que cette fièvre du dialogue s’intensifie au moment précis où le retrait rwandais, sous la pression américaine croissante, devient une hypothèse crédible. Que cacherait cet activisme amplifié ?

On s’interroge de même sur le rôle de certains médiateurs, tel l’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo, récemment en mission à Kinshasa. Plutôt que de prioriser le dialogue politique, leur zèle serait plus convaincant s’il s’exerçait davantage à Kigali pour le pousser à retirer ses troupes.

La logique s’impose avec une simplicité austère. La priorité absolue, c’est la libération du territoire. Avant les joutes électorales, avant les marchandages politiques, il y a ce devoir sacré : rendre à la patrie son intégrité. Aucun scrutin, si transparent soit-il, ne saurait valoir l’abandon d’un seul hectare de la terre congolaise.

C’est à cette aune exigeante, celle de l’histoire et de la souveraineté, qu’il faut juger les positions et les silences de chacun. Le temps court des tactiques partisanes ne doit pas étouffer le temps long de la nation. L’Est du Congo attend plus qu’un bulletin de vote. Il attend d’être rendu à lui-même. Et cela, seule la fin de l’occupation peut l’offrir.

Steve Mbikayi

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