Une noix de palme avariée qui redevient saine. En douze minutes, une image simple devient manifeste. Avec Nkandi a bola, le cinéaste congolais Pitchou Matouasilua convoque la mémoire spirituelle et politique de Simon Kimbangu pour interroger l’aliénation héritée de la colonisation et appeler à une renaissance intérieure. Inspiré de récits transmis au sein du kimbanguisme, le film mêle parabole, histoire et critique sociale. Une œuvre brève mais dense, qui inscrit le cinéma comme outil de conscience et de transformation collective.
C’est un court-métrage d’à peine douze minutes, mais au propos ambitieux. Avec Nkandi a bola (« Noix de palme pourrie »), Pitchou Matouasilua signe une œuvre allégorique puisée dans des récits liés à la tradition kimbanguiste.
Interrogé dimanche 8 février par Agence congolaise de presse, le réalisateur décrit la scène centrale comme le cœur du message :
« La transformation miraculeuse d’une noix de palme pourrie en une noix saine est une métaphore du changement sous toutes ses dimensions : mentale, spirituelle, politique et culturelle. »
Pour lui, l’image résume une conviction : avec « volonté et rigueur », l’homme africain peut se réinventer.
Entre mémoire coloniale et critique sociale
Le film s’inspire de témoignages attribués à Papa Diangienda, fils cadet du fondateur du kimbanguisme. Le récit replace le spectateur dans l’économie coloniale, où les Congolais sont cantonnés à des tâches de subsistance, récolter les noix de palme destinées à l’huile et au savon pour enrichir le commerce européen.
Cette toile de fond n’est pas qu’historique. Elle sert de point de départ à une réflexion plus large sur l’aliénation héritée de la domination coloniale.
Dans une scène clé, Simon Kimbangu aide son compagnon Kumpenda après avoir vendu ses propres noix. Mais une noix pourrie tache la chemise de ce dernier et déclenche sa colère. Une réaction que le cinéaste interprète comme un symbole d’ingratitude, mais aussi comme le reflet d’une difficulté plus profonde : celle, pour la société congolaise, de reconnaître pleinement son héritage spirituel et historique.
Kimbangu, figure tutélaire
Né en 1887 et mort en 1951, Simon Kimbangu demeure une figure majeure de l’histoire congolaise. Prédicateur, fondateur du kimbanguisme, il incarne pour beaucoup une résistance morale et religieuse au régime colonial belge.
Dans Nkandi a bola, il apparaît moins comme un personnage historique que comme une conscience : une force intérieure opposant paix, patience et résilience aux humiliations du système colonial.
Scénariste, réalisateur et producteur, Pitchou Matouasilua se définit comme un défenseur du « récit endogène ». Fondateur de la structure Emivacs, il voit dans le cinéma un levier de réappropriation culturelle.
Ses œuvres précédentes, Mama Muilu et L’Afropéen, exploraient déjà la résilience kongo et les réalités de la diaspora. Nkandi a bola s’inscrit dans cette continuité : raconter l’Afrique depuis elle-même, sans filtre extérieur.
Un film court, un message clair
Sans effets spectaculaires ni discours appuyé, le court-métrage mise sur la sobriété du symbole. Une noix pourrie qui renaît. Une métaphore simple, presque biblique.
Mais derrière la parabole, le propos est politique : revisiter le passé pour transformer les mentalités présentes.
À l’heure où les débats sur la mémoire coloniale, l’identité et la souveraineté culturelle traversent le continent, Nkandi a bola rappelle que la bataille se joue aussi dans les imaginaires. Et que le cinéma, même à petite échelle, peut devenir un outil d’éveil.
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