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13 mai, 2026 - 04:50:35
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Fin du multilatéralisme : la RDC doit adopter une diplomatie armée face à l’agression rwandaise [Entretien avec le député national Olivier Kasanda Katuala]

Le temps de l’illusion multilatérale serait révolu. Dans un entretien exclusif, le député national Olivier Kasanda Katuala dresse un constat sévère de l’ordre international et appelle la République démocratique du Congo à adapter sa stratégie face à la persistance de la crise sécuritaire dans l’Est. Selon l’élu de Lukunga à Kinshasa, l’affaiblissement du droit international et la paralysie des mécanismes de sécurité collective imposent à Kinshasa de combiner puissance militaire crédible et diplomatie d’influence pour dissuader toute nouvelle agression. Saluant les avancées enregistrées sur les plans militaire et diplomatique, il estime que la RDC s’affirme désormais comme un acteur stratégique dans la compétition mondiale pour les ressources critiques. Dans ce contexte, il plaide pour la consolidation de l’unité nationale autour du Chef de l’État, condition indispensable pour affronter les défis sécuritaires et préserver la souveraineté du pays. Entre appel à la mobilisation et mise en garde contre les divisions internes, le député national Olivier Kasanda Katuala esquisse la vision d’un pays contraint de repenser sa posture dans un monde où la force redevient un facteur déterminant.

Interview exclusive

Infos27 : Honorable Kasanda Katuala, le monde semble entrer dans un tournant historique, marqué par l’escalade militaire au Moyen-Orient et la poursuite du conflit russo-ukrainien. Quelle lecture faites-vous de ce contexte international pour la RDC ?

Honorable Olivier Kasanda Katuala : Le monde de mars 2026 confirme de manière implacable la fin du multilatéralisme et de la primauté du droit international. Frappes sur Téhéran, élimination du Guide suprême Ali Khamenei le 28 février, ripostes iraniennes, frappes massives russes sur l’Ukraine… Le Conseil de sécurité est paralysé ; la force prime désormais sur le droit. Dans ce nouvel ordre darwinien, la RDC, sous la conduite déterminée du Président Félix Tshisekedi, doit faire face avec résilience et intelligence à l’agression rwandaise structurelle à l’Est. Je tiens d’abord à saluer publiquement les efforts constants du gouvernement qui, loin de subir, a su transformer cette crise en opportunité de repositionnement stratégique.

Infos27 : Quels sont, selon vous, les principaux gains réalisés par le gouvernement congolais ?

Honorable Olivier Kasanda Katuala : Les gains sont réels et méritent d’être salués sans réserve. Sur le plan militaire, les FARDC, appuyées par les vaillants Wazalendo, ont lancé des offensives coordonnées dès fin janvier 2026, reprenant plusieurs localités stratégiques dans le Masisi et au Nord-Kivu. Le 24 février, l’élimination par drone du porte-parole du M23, Willy Ngoma, constitue une victoire symbolique et opérationnelle majeure, fruit des réformes engagées par Kinshasa.

Sur le plan diplomatique, le succès est tout aussi éclatant. En ce début 2026, la RDC n’est plus une « géante aux pieds d’argile » : elle occupe un siège non permanent au Conseil de sécurité de l’ONU pour 2026-2027, siège au Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine et ambitionne un leadership francophone avec une possible candidature au Secrétariat général de l’OIF. Avec 70 % des réserves mondiales de cobalt et d’immenses gisements de coltan, cuivre, lithium et manganèse, notre pays est au cœur de la transition énergétique mondiale. Le Partenariat stratégique avec les États-Unis (Strategic Asset Reserve) signé en décembre 2025 scelle un « minerals-for-security » inédit : accès prioritaire aux minerais critiques en échange d’un soutien sécuritaire et d’une pression réelle sur Kigali. La Chine, qui domine encore près de 80 % de la production industrielle, voit son influence contestée par le Corridor de Lobito et le Critical Minerals Ministerial de Washington.

Malgré les avancées (Accords de Washington, processus de Doha avec l’AFC/M23 et mécanismes de cessez-le-feu signés en février 2026), l’Est reste en ébullition. Kinshasa pratique désormais une diplomatie transactionnelle et « armée » : force crédible sur le terrain alliée à des partenariats d’intérêt avec Washington, Pékin, l’Angola, le Qatar ou l’Angola. La RDC est aujourd’hui un pivot africain incontournable dans la nouvelle guerre froide des ressources.

Infos27 : Le Rwanda continue d’invoquer la présence des FDLR et la nécessité de protéger les Tutsi congolais. Quelle lecture faites-vous de cet argument ?

Honorable Olivier Kasanda Katuala : Le régime rwandais actuel est l’ennemi juré du gouvernement congolais : ni partenaire fiable, ni interlocuteur crédible. C’est un régime belliqueux dont l’objectif n’est pas la sécurité régionale, mais l’accaparement pur et simple de nos terres et de nos richesses. Le prétexte des FDLR est largement exagéré et instrumentalisé. Kinshasa a multiplié les initiatives de leur désarmement. Ces groupes ne justifient en rien l’occupation par le M23 (un proxy du Rwanda) de nos zones minières vitales comme Rubaya (15 à 20 % de la production mondiale de coltan). Il s’agit d’une entreprise expansionniste délibérée, avec administrations parallèles et pillage organisé via la contrebande.

Infos27 : Dans ce contexte international dominé par le rapport de force, quelle posture la RDC doit-elle adopter ?

Honorable Olivier Kasanda Katuala : Nous ne pouvons plus compter uniquement sur la diplomatie multilatérale face à un adversaire qui n’a jamais respecté aucune résolution des Nations Unies, ni aucun accord sur la question sécuritaire de l’Est du pays. La voie tracée par le gouvernement est la bonne : il faut la poursuivre et l’amplifier. Continuer la modernisation militaire (drones, artillerie, formation), exploiter souverainement nos minerais avec traçabilité renforcée et raffinage local, et monétiser intelligemment ces ressources via nos partenariats avec Washington, Pékin et tous les pays amis intéressés. C’est ce que j’appelle une « diplomatie armée » : force crédible sur le terrain et pression internationale simultanée. La RDC doit rendre toute nouvelle incursion rwandaise militairement et économiquement très coûteuse.

Infos27 : Le « dialogue congolais projeté » suscite de nombreux débats ces derniers temps. Quelle est votre position à ce sujet, en phase avec celle du Président de la République ?

Honorable Olivier Kasanda Katuala : Je suis pleinement aligné sur la vision claire, ferme et souveraine du Chef de l’État, réaffirmée fin janvier 2026 et lors des consultations de Luanda en février. Le Président Félix Tshisekedi est d’accord sur le principe d’un dialogue intercongolais, mais il en définit précisément les tenants et aboutissants : un processus strictement interne, apaisé, inclusif et républicain, organisé et conduit exclusivement par nos institutions légitimes issues du suffrage de décembre 2023, sur le sol national, sans remise en cause de la légitimité du Président ni desdites institutions.

Il faut différencier ce Dialogue des autres processus, car la confusion dessert notre cause. Le processus de Doha (médié par le Qatar depuis avril 2025) est une négociation directe entre le gouvernement et l’AFC/M23 visant un accord de paix global via huit protocoles concrets (libération de détenus, mécanisme de cessez-le-feu signé le 2 février 2026, accès humanitaire, restauration de l’autorité de l’État, DDR, retour des réfugiés, relance économique, justice et réconciliation). Son objectif est opérationnel : cessation des hostilités et cessez-le-feu permanent sur le terrain.

Le Dialogue congolais, lui, est purement interne : il devrait réunir exclusivement les acteurs politiques et sociaux congolais (pouvoir, opposition patriotique responsable, société civile crédible) sans rebelles, sans proxys étrangers ni intervention rwandaise. Ses objectifs nationaux sont différents : consolider la cohésion face à l’agression, engager les réformes de gouvernance, restaurer l’autorité de l’État à l’Est, accélérer la transformation économique, préparer les prochaines elections et renforcer l’unité nationale. Les acteurs seront des Congolais fiables et patriotes : partis de la majorité et de l’opposition constructive, société civile reconnue, leaders communautaires loyaux. Pas de place pour ceux qui serviraient d’intermédiaires aux intérêts étrangers. C’est la ligne du Président : un dialogue qui couronne les avancées de Doha et Washington sans affaiblir notre souveraineté. Je la soutiens sans réserve.

Infos27 : Pour conclure, quel regard portez-vous sur la famille politique du Président, l’Union sacrée de la Nation ?

Honorable Olivier Kasanda Katuala : L’USN, qui est la famille politique du Président de la République, mérite reconnaissance pour son soutien constant à cette ligne patriotique. Cependant, le Président doit maintenir avec vigilance la cohésion de cette famille qui commence à montrer des signes de frustration voire de fissuration. L’impression qui prévaut est celle d’un cercle de pouvoir « restreint », composé de proches non politiques à qui sont attribués et recyclés les postes de haute responsabilité, au grand dam des alliés historiques qui s’impatientent. Maintenir cette unité est indispensable : elle constitue le socle interne de notre résilience face à l’ennemi extérieur.

Propos recueillis par Pitshou Mulumba

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