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7 avril, 2026 - 04:46:05
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Goma : marche forcée et manipulation, le M23 et Kigali peinent à masquer leur mise en scène

À Goma, sous occupation du M23 soutenu par le Rwanda, une manifestation présentée comme « pacifique » par les rebelles s’est transformée en révélateur d’une profonde exaspération populaire. Organisée dans la foulée des frappes de drones qui ont tué trois civils, dont une employée française de l’UNICEF, cette marche visait à accuser Kinshasa de bombardements contre la ville. Mais plusieurs habitants affirment avoir été contraints d’y participer sous la menace d’hommes armés. Derrière ce rassemblement présenté comme spontané, des témoignages évoquent une mobilisation orchestrée et encadrée par les rebelles. Pour de nombreux habitants, cette opération de communication n’a pas réussi à masquer la réalité d’une population vivant sous la pression des occupants.

À Goma, la tentative de mise en scène politique orchestrée par le M23 et ses soutiens rwandais semble avoir rencontré une résistance inattendue. Jeudi 12 mars, les rebelles ont organisé une marche présentée comme « pacifique » afin de dénoncer de prétendus bombardements de drones attribués au gouvernement congolais. Mais sur le terrain, de nombreux témoignages d’habitants décrivent une mobilisation largement contrainte et dénoncent ce qu’ils considèrent comme une manipulation destinée à tromper l’opinion.

Cette manifestation intervient quelques jours après les frappes de drones qui ont frappé la ville et causé la mort de trois civils, dont une ressortissante française travaillant pour l’UNICEF. Immédiatement après ces attaques, les responsables du M23 ont accusé Kinshasa d’en être responsable. Pourtant, plusieurs sources locales et observateurs indépendants soulignent que les circonstances exactes de ces frappes font encore l’objet d’enquêtes.

Dans ce contexte incertain, l’organisation d’une marche accusant directement les autorités congolaises apparaît, pour beaucoup d’habitants, comme une tentative de construire un récit politique avant même que les faits ne soient établis.

Plusieurs témoins affirment que les participants à la marche ont été transportés jusqu’au lieu du rassemblement à bord de camions. Cette logistique soulève de nombreuses questions parmi les habitants. « Qui a fourni ces camions ? Qui a payé le carburant ? » s’interroge un résident de Goma, pour qui la mobilisation n’a rien de spontané.

Plus inquiétant encore, certains habitants affirment que la participation à la marche aurait été imposée par les rebelles.

« Nous sommes forcés de faire cette marche, sinon nos vies seront en danger », confie anonymement un habitant.

D’autres témoignages évoquent des scènes d’intimidation dans plusieurs quartiers de la ville. Selon ces récits, des combattants du M23 auraient parcouru les rues pour contraindre les habitants à rejoindre la manifestation. « Méfiez-vous de cette soi-disant marche que le M23 vient de nous imposer. Ils restaient sur les routes en train de prendre les personnes par force », explique un autre habitant.

Certains affirment même que les affiches appelant à la mobilisation étaient distribuées par des hommes armés.

Ces témoignages traduisent le climat de peur qui règne dans une ville passée sous le contrôle d’un mouvement rebelle soutenu par Kigali.

Mais malgré ces pressions, la tentative de démonstration de force s’est rapidement transformée en scène de désaveu. Plusieurs habitants n’ont pas hésité à exprimer ouvertement leur colère contre les rebelles. « Nous avons trop souffert à cause de ces gens. Nous demandons aux FARDC de venir nous libérer », déclare un habitant interrogé dans la foule et dont la vidéo a clairement été relayée notamment par un journaliste sur X.

Un autre va encore plus loin en appelant à une intervention militaire de l’armée congolaise. « Je souhaite que notre armée lance une offensive pour nous délivrer. Nous sommes prêts à soutenir notre armée de l’intérieur afin de chasser ces individus », affirme-t-il.

Certains témoignages dénoncent également de graves exactions.

« Ils tuent des civils et habillent ensuite les corps avec des tenues militaires. Il y a aussi de nombreuses personnes portées disparues », affirme un habitant.

Ces accusations illustrent néanmoins la profonde méfiance d’une partie de la population envers ceux qui se présentent comme des « libérateurs ».

Pour de nombreux habitants de Goma, la réalité quotidienne est celle d’une ville placée sous la pression d’un mouvement armé soutenu par un pays voisin. « Nous voulons la paix, mettre fin à la discrimination et que les affrontements se poursuivent aux fronts et non dans la ville », affirme un autre résident.

L’épisode de cette marche révèle surtout l’écart grandissant entre la propagande des rebelles et le ressenti d’une population épuisée par des années de conflit.

Malgré les tentatives répétées de Kigali et du M23 de présenter leur présence comme une mission de protection ou de libération, de nombreux habitants continuent de considérer cette occupation comme une source supplémentaire de souffrances et d’instabilité.

À Goma, derrière les slogans et les mises en scène politiques, une réalité demeure difficile à masquer : celle d’une population prise en étau dans un conflit dont elle reste la première victime.

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