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Kinshasa
27 avril, 2026 - 14:12:51
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Décentralisation : les provinces dénoncent l’absence de péréquation et les retards de rétrocession

Le ton est monté dès l’ouverture. À Bandundu-ville, le gouverneur du Sud-Kivu, Jean-Jacques Purusi, a mis sur la table des griefs persistants qui fragilisent la décentralisation en RDC. Entre engagements financiers non tenus, inactivité de la Caisse nationale de péréquation et irrégularité des rétrocessions, les provinces dénoncent des blocages structurels qui entravent leur action. Devant le chef de l’État et les membres du gouvernement, l’appel à des mécanismes de financement fiables et prévisibles s’est imposé comme un préalable à toute ambition de développement territorial. Un plaidoyer direct, révélateur des tensions budgétaires entre Kinshasa et les provinces.

La question des finances provinciales s’est imposée comme l’un des points de friction majeurs lors de l’ouverture de la 13ᵉ Conférence des gouverneurs, mardi 24 mars à Bandundu-ville. Prenant la parole au nom de ses pairs, le gouverneur du Sud-Kivu, Jean-Jacques Purusi, a dressé un constat critique de la mise en œuvre des engagements pris lors de la précédente session tenue à Kolwezi, dans la province du Lualaba.

Face au président de la République et aux membres du gouvernement, l’autorité provinciale a pointé des insuffisances persistantes qui, selon lui, compromettent le fonctionnement normal des provinces et la consolidation de la décentralisation. « J’attire votre attention particulière sur certaines préoccupations majeures, notamment celles découlant de la non matérialisation ou d’une matérialisation partielle des recommandations de la 12ᵉ session », a-t-il déclaré.

Au premier rang des préoccupations évoquées figure la question des engagements financiers non encore concrétisés. Jean-Jacques Purusi a insisté sur la nécessité de rendre opérationnelle la Caisse nationale de péréquation, un mécanisme constitutionnel destiné à réduire les inégalités entre provinces. « L’inactivité de la Caisse nationale de péréquation, due au manque de financement, prive les provinces et les entités territoriales décentralisées d’un instrument crucial de solidarité provinciale et nationale », a-t-il souligné.

Pour le gouverneur du Sud-Kivu, la relance effective de cet outil constitue une condition essentielle pour achever le processus de décentralisation budgétaire et financière. « Sa réactivation effective constitue une condition déterminante de parachèvement de la décentralisation budgétaire et financière en cours et en perspective dans notre pays », a-t-il insisté, appelant les autorités centrales à agir rapidement.

Dans le même élan, il a évoqué la question sensible de la rétrocession aux provinces et aux assemblées provinciales. Selon lui, les retards et irrégularités observés dans le paiement de ces ressources fragilisent la gouvernance locale. « L’irrégularité persistante du paiement de la rétrocession compromet la planification budgétaire provinciale et affaiblit l’action publique locale », a-t-il affirmé.

Au-delà des aspects techniques, le gouverneur a également mis en garde contre les conséquences politiques de ces dysfonctionnements. Il estime que l’absence de rétrocession régulière constitue « l’une des sources principales de division et de conflits » entre institutions provinciales, exacerbant les tensions entre exécutifs et assemblées.

Dans ce contexte, Jean-Jacques Purusi a plaidé pour la mise en place de mécanismes de financement « rapides et prévisibles », capables de garantir une meilleure visibilité budgétaire aux provinces. Une exigence qui s’inscrit dans une dynamique plus large de renforcement de la gouvernance territoriale.

Cette intervention met en lumière les défis structurels auxquels reste confrontée la décentralisation en RDC. Alors que les autorités centrales affichent leur volonté de faire des provinces des moteurs de développement, les gouverneurs rappellent que cette ambition ne saurait se concrétiser sans des ressources financières stables et effectivement transférées.

À Bandundu, le débat est ainsi clairement posé : celui de l’équilibre entre engagements politiques et réalités budgétaires. Un enjeu central pour la crédibilité des réformes en cours et pour la capacité des provinces à répondre aux attentes des populations.

Pitshou Mulumba, Envoyé Spécial à Bandundu-ville

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