Derrière les drapeaux, les armoiries et les devises se joue une bataille plus discrète mais décisive : celle du sens et du pouvoir. À l’UNISIC, le mémoire de DEA de Serge Nguya Katembwe, distingué avec la plus haute mention, propose une lecture incisive des symboles de l’État congolais, en les replaçant au cœur des stratégies politiques et de la construction nationale. De l’époque coloniale aux recompositions contemporaines, l’étude met en lumière une constante : les signes officiels ne sont jamais neutres. Ils traduisent des choix, imposent des récits et influencent la perception du pays, tant à l’intérieur qu’à l’international.
À l’UNISIC, un travail académique attire l’attention par sa profondeur et sa portée critique. Soutenu le 2 avril 2026 et couronné de la plus grande distinction, le mémoire de DEA de Serge Nguya Katembwe propose une analyse rigoureuse du rôle des symboles dans la construction de l’État en République démocratique du Congo.
Loin de se limiter à une approche descriptive, l’auteur défend une thèse forte : « les symboles ne sont pas de simples ornements, ils sont des stratégies politiques ». À travers une lecture sémiotique et historique des emblèmes nationaux : armoiries, drapeaux, devises, il met en évidence les mécanismes par lesquels l’image de l’État se construit, se transforme et parfois s’efface.
L’étude s’appuie sur un vaste parcours historique, remontant à l’époque de l’État Indépendant du Congo, poursuivi sous la colonisation belge, puis à l’indépendance. Elle traverse également la période du Zaïre et les recompositions intervenues après 1997, jusqu’à la stabilisation institutionnelle consacrée par la Constitution de 2006. À chaque étape, l’auteur identifie les choix graphiques et symboliques : couleurs, figures animales, motifs, formules, pour en révéler les logiques sous-jacentes.
L’un des apports majeurs du mémoire réside dans la notion de « discontinuité sémiotique ». Contrairement à d’autres récits nationaux qui privilégient la continuité pour construire un mythe fondateur, le cas congolais se caractérise par des ruptures successives. Chaque régime réinvente les symboles pour affirmer son identité et marquer sa différence. Ces mutations traduisent, selon l’auteur, une recomposition permanente du pacte social et politique.
Sur le plan méthodologique, le travail repose sur une approche tripartite. L’analyse iconographique interroge « ce qui est représenté », l’étude plastique examine les formes et les compositions visuelles, tandis que l’analyse textuelle s’intéresse aux devises et à leur portée discursive. Ce croisement permet de dégager trois fonctions majeures des symboles : légitimer le pouvoir, diffuser une idéologie et façonner l’image du pays à l’international.
Le mémoire met en lumière l’instrumentalisation constante des emblèmes. Sous la colonisation, les symboles imposent une vision extérieure et hiérarchisée. À l’époque zaïroise, ils deviennent un outil de rupture et de personnalisation du pouvoir. Après 1997, leur recomposition répond à une exigence de stabilisation et de cohésion nationale.
Au-delà de la dimension interne, l’étude s’intéresse à l’impact de ces symboles sur l’image extérieure du pays. Une identité visuelle fragmentée peut nuire à la lisibilité internationale de la RDC, dans un contexte où l’image joue un rôle croissant dans l’attractivité économique et diplomatique. Le « nation branding » apparaît ainsi comme un enjeu stratégique.
Les conclusions du travail dépassent le cadre académique. Elles interpellent directement les décideurs publics, les communicants et les acteurs institutionnels. L’auteur pose un choix clair : maintenir une pluralité symbolique reflet de l’histoire, ou construire une identité visuelle plus cohérente pour renforcer le récit national.
Infos27

