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17 avril, 2026 - 20:53:08
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Binationalité : le député national Kasanda Katuala mobilise ses pairs pour atteindre le seuil de 250 signatures [Interview]

Député national élu de la Lukunga, à Kinshasa, et membre du Réseau des Jeunes Parlementaires de la RDC (R.J.P), Kasanda Katuala Olivier s’impose progressivement comme l’une des voix les plus audibles sur la question sensible de la réforme constitutionnelle en République démocratique du Congo. Initiateur d’une proposition visant à ouvrir la voie à la double nationalité, tout en en limitant l’accès aux fonctions de souveraineté, il défend une approche qu’il qualifie de « pragmatique et patriotique ». Entre impératifs de sécurité nationale, mobilisation de la diaspora et attractivité économique, l’élu plaide pour une adaptation du cadre juridique aux réalités contemporaines. Dans un contexte marqué par des débats passionnés sur la loyauté, l’identité et la souveraineté, il appelle à dépasser les clivages pour repenser le lien entre l’État et ses citoyens. Dans cet entretien exclusif accordé à Infos27, il détaille les contours et les enjeux de cette réforme.

Infos27 : Dans le droit international de la nationalité, la question de l’exclusivité ou du cumul est souvent traitée comme un équilibre délicat entre souveraineté étatique et réalités migratoires contemporaines. Selon vous, l’exclusivité de la nationalité congolaise doit-elle être maintenue pour l’ensemble des citoyens ?

Honorable Kasanda Katuala Olivier : Non, pas pour tous les citoyens. Je propose une approche nuancée et juridiquement rigoureuse : réserver l’exclusivité de la nationalité congolaise uniquement aux fonctions publiques de souveraineté ou de haute sensibilité sécuritaire (à déterminer par la loi).

Cette limitation est une exigence classique du droit constitutionnel comparé. Ces charges exigent une loyauté exclusive et une indépendance décisionnelle absolue, afin de préserver l’intégrité de la souveraineté nationale et d’écarter tout risque d’influence extérieure. Il s’agit d’une question de sécurité de l’État, non d’émotion.

Le modèle que je défends est celui adopté par la grande majorité des États africains (près de 49 sur 54) ainsi que par la plupart des démocraties modernes : binationalité ouverte pour le citoyen ordinaire, et exclusivité stricte pour les postes régaliens. Cette architecture bipartite n’a jamais fragilisé la stabilité de ces nations ; elle l’a au contraire renforcée en optimisant leur capital humain et leurs flux transnationaux.

Pour les 99 % restants de la population congolaise – cadres d’entreprises, entrepreneurs, professionnels de santé, étudiants, chercheurs, artistes, sportifs et membres de la diaspora –, la binationalité doit être érigée en droit constitutionnel fondamental. Ce n’est pas une concession, mais une adaptation rationnelle au paradigme migratoire du XXIe siècle.

Infos27 : L’urgence de cette réforme est souvent invoquée. En quoi l’exclusivité totale actuelle constitue-t-elle, selon vous, un obstacle discriminatoire et contre-productif dans le contexte des dynamiques migratoires et économiques mondiales ?

Honorable Kasanda Katuala Olivier : L’exclusivité totale est aujourd’hui à la fois discriminatoire et contre-productive. Elle constitue un véritable préjudice à l’égard du peuple congolais dans son ensemble.

Alors que les citoyens de 49 pays africains sur 54 jouissent déjà du droit plein et entier à la double nationalité, nos compatriotes se voient imposer une règle plus restrictive que celle de leurs homologues africains. Cette situation crée une discrimination de fait : le Congolais ordinaire est juridiquement désavantagé par rapport au Ghanéen, au Kenyan, au Congolais de Brazzaville, au Sénégalais, au Nigérian ou au Rwandais, qui peuvent librement cumuler les nationalités sans perdre la leur.

Elle pénalise directement notre diaspora, estimée à près de 2 million de personnes (presque le nombre d’habitants du Gabon), qui transfère chaque année entre 1 et 3 milliards de dollars, tout en contribuant par des investissements directs et des transferts de compétences. Or, dès qu’un Congolais acquiert une seconde nationalité, il perd ipso facto la sienne. Cela crée une rupture juridique et affective qui décourage les réinvestissements, les retours temporaires ou définitifs et l’engagement transnational.

La binationalité transforme cette perte nette de talents en un brain gain massif : augmentation des flux de capitaux, intensification des réseaux scientifiques et entrepreneuriaux, et renforcement du lien avec la nation. C’est une optimisation gagnant-gagnant, validée par le droit comparé et l’expérience de nos voisins.

Infos27 : Nombreux sont ceux qui craignent que la double nationalité dilue la loyauté citoyenne, porte atteinte à la souveraineté ou ouvre la porte à des ingérences étrangères, surtout dans un contexte régional d’insécurité. Comment démontez-vous ces appréhensions au regard du droit international et des pratiques comparées ?

Honorable Kasanda Katuala Olivier : Ces craintes sont compréhensibles, mais elles sont empiriquement et juridiquement infondées dès lors que l’on applique la délimitation stricte que je propose : non-cumul de nationalités pour les charges de souveraineté.

La loyauté d’un citoyen ne se mesure pas au nombre de passeports détenus, mais à son engagement concret envers la nation. L’exemple des Léopards est éclairant : ces athlètes de haut niveau, majoritairement binationaux, portent nos couleurs avec excellence et fierté sur la scène internationale. Pourtant, l’article 10 les qualifie juridiquement d’« étrangers ». Cette contradiction est non seulement hypocrite, mais contre-productive. Rappelons également le recours introduit par la Fédération nigériane devant la FIFA lors des éliminatoires de la Coupe du monde 2026 : elle a failli disqualifier nos joueurs précisément sur la base de notre exclusivité nationale. Voilà le risque concret et immédiat de cette règle archaïque : elle expose la RDC à l’humiliation diplomatique et sportive sur la scène internationale.

Infos27 : Cette législature se revendique pragmatique, progressiste et patriote. Quel message adressez-vous aux députés nationaux face à cette proposition ?

Honorable Kasanda Katuala Olivier : Je leur lance un appel solennel, responsable et urgent : Nous avons besoin de 250 signatures pour rendre cette proposition recevable. Parmi toutes les révisions constitutionnelles possibles, celle-ci est l’une des rares qui mérite pleinement notre attention collective. Elle est moderne et profondément patriotique. Une fois les signatures recueillies, la procédure démocratique suivra son cours : vote à l’Assemblée nationale, puis au Sénat, et enfin au Congrès à la majorité qualifiée des trois cinquièmes.

Propos recueillis par Pitshou Mulumba

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