Un cap clair et des injonctions précises. Réuni le 24 avril 2026 à la Cité de l’Union africaine, le Conseil des ministres, présidé par Félix Tshisekedi, a placé la gouvernance minière au centre des priorités gouvernementales. Face à des exportations record de cuivre et de cobalt, le Chef de l’État a dénoncé la faiblesse persistante de la captation des revenus publics et les fuites de devises. Il a ordonné un audit exhaustif des flux miniers et des joint-ventures, tout en exigeant une traçabilité intégrale des opérations. Dans le même temps, il a appelé à une réponse ferme contre l’exploitation illicite, décrite comme une spoliation à grande échelle des ressources nationales. Coordination gouvernementale, renforcement des contrôles et sanctions annoncées : Kinshasa entend reprendre la main sur un secteur stratégique pour sa souveraineté économique.
La gouvernance du secteur minier s’impose comme une priorité stratégique au sommet de l’État. Lors de la quatre-vingt-septième réunion ordinaire du Conseil des ministres, tenue vendredi 24 avril 2026 à la Cité de l’Union africaine à Kinshasa, le président de la République, Félix Tshisekedi, a fixé une ligne de conduite ferme : améliorer la captation des revenus miniers et éradiquer les pratiques frauduleuses qui affaiblissent les finances publiques.
Dans le compte rendu présenté par le ministre de la Communication et des Médias, porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, le Chef de l’État a souligné un paradoxe persistant. La production minière atteint des niveaux historiques, mais les recettes publiques ne suivent pas. En 2024, la RDC a exporté 3.100.234 tonnes de cuivre et près de 220.000 tonnes de cobalt. Une dynamique confirmée en 2025, avec plus de 3,4 millions de tonnes de cuivre exportées. Pourtant, « si la problématique ne réside pas dans la production, elle l’est dans la faiblesse de la chaîne de captation des revenus », a-t-il relevé.
Pour y remédier, le Président de la République a ordonné un audit exhaustif et nominatif, à lancer dans un délai de 30 jours. Cette mission devra porter sur le respect des obligations de rapatriement des recettes d’exportation, mais aussi sur la gouvernance des joint-ventures et des actifs miniers de l’État. L’objectif est clair : identifier les manquements, évaluer les pertes de recettes et proposer des mesures correctives. Cette initiative s’inscrit dans la continuité des orientations déjà données lors des conseils des ministres de novembre 2021 et de mai 2025.
Au cœur de cette réforme figure également l’exigence d’une traçabilité intégrale des flux miniers. Le Chef de l’État a insisté sur la nécessité de parachever l’interconnexion obligatoire entre toutes les administrations impliquées dans la chaîne minière, notamment l’OGEFREM, l’OCC, la DGDA, la Banque centrale du Congo et les banques commerciales. « Aucune opération d’exportation ou d’importation ne devra désormais échapper à une chaîne intégrée de traçabilité », a-t-il martelé, fixant l’échéance du 15 juin 2026 pour les premières conclusions.
Aru, Mahagi, Bas-Uélé, Maniema : les foyers d’une exploitation hors contrôle
Mais au-delà des questions de gouvernance, le Conseil des ministres s’est également penché sur la recrudescence de l’exploitation minière illicite. Le Président de la République a dénoncé avec fermeté des pratiques « graves et inacceptables », observées notamment dans les territoires d’Aru et de Mahagi en Ituri, ainsi que dans les provinces du Bas-Uélé et du Maniema.
Ces activités illégales, menées en marge de tout cadre réglementaire, se traduisent par des atteintes multiples : profanation de sépultures, destruction des terres agricoles, pollution des nappes aquifères par des substances toxiques comme le cyanure, et violations des droits humains. Pour le Chef de l’État, il s’agit d’« une véritable spoliation organisée de nos ressources naturelles », évaluée à plusieurs milliards de dollars par an, sans bénéfice pour le Trésor public ni pour les communautés locales.
Face à cette situation, le ton est sans équivoque : « Cette situation est inacceptable (…) elle doit donc cesser immédiatement », a insisté Félix Tshisekedi. Il a salué les premières initiatives du ministre des Mines, notamment la mise en place d’une commission mixte associant autorités provinciales, administration minière et forces de sécurité.
Dans la foulée, il a élargi le dispositif en instruisant plusieurs membres du gouvernement : Intérieur, Défense, Justice et Environnement, de se joindre à cet effort. L’objectif est la mise en place d’un mécanisme opérationnel et coercitif, capable de démanteler les réseaux d’exploitation illicite.
Ce dispositif prévoit notamment la saisie systématique des engins utilisés, la sécurisation des sites concernés, l’identification et la poursuite judiciaire des responsables, ainsi que la redistribution des équipements saisis à des structures congolaises respectant les normes environnementales et sociales. Une approche qui combine répression et réorganisation du secteur.
Enfin, le Président de la République a insisté sur la nécessité de renforcer les capacités de l’Inspection générale des mines. Le ministre des Mines a été chargé de proposer des mesures concrètes pour doter cette institution des moyens humains, techniques et financiers nécessaires à l’exercice efficace de ses missions de contrôle et de lutte contre la fraude.
À travers ces orientations, le gouvernement affiche une volonté de rupture avec les pratiques passées. La réforme du secteur minier apparaît désormais comme un levier central pour consolider la souveraineté économique du pays, sécuriser les recettes publiques et restaurer la confiance dans la gestion des ressources naturelles.
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