L’attente reste entière autour du très médiatisé procès de Bukanga-Lonzo. Annoncé comme imminent, le verdict de la Cour constitutionnelle, dans cette affaire de détournement présumé de plus de 285 millions de dollars, n’a pas encore été rendu. Les juges poursuivent leurs délibérations, tandis que l’extrait de rôle, seul indicateur officiel de la tenue d’une audience, n’a pas été affiché ce mercredi 14 mai. L’opinion, attentive, demeure suspendue à une décision qui cristallise de forts enjeux politiques et juridiques.
L’attente se prolonge à la Cour constitutionnelle de la République démocratique du Congo (RDC). Alors que le verdict du procès emblématique de Bukanga-Lonzo était pressenti pour ce mercredi 14 mai, l’audience n’a pas été convoquée, et les juges ne se sont pas encore prononcés. À en croire une source interne à la juridiction suprême, « les juges sont encore en train de travailler. L’extrait de rôle annonçant l’audience sera affiché comme d’habitude ».
Une déclaration laconique qui entretient le suspense autour de l’un des dossiers politico-judiciaires les plus suivis de ces dernières années. Au centre de cette affaire, le projet avorté du parc agro-industriel de Bukanga-Lonzo, lancé en 2014 sous le gouvernement Matata Ponyo. Un programme phare, censé amorcer la relance de l’agriculture congolaise, mais qui s’est soldé par la disparition de plus de 285 millions de dollars de fonds publics, selon les investigations de la justice.
Un procès hors norme
Trois figures majeures sont renvoyées devant la Cour constitutionnelle : Augustin Matata Ponyo, ancien Premier ministre (2012-2016) et actuel député national ; Déogratias Mutombo, ancien gouverneur de la Banque centrale du Congo ; et Christo Grobler, homme d’affaires sud-africain à la tête de la société Africom, adjudicataire du projet.
Le 23 avril dernier, le ministère public avait requis une peine de vingt ans de servitude pénale principale à l’encontre de l’ancien chef du gouvernement. Le réquisitoire du procureur s’appuyait sur des « détournements massifs de fonds publics » et « un montage frauduleux destiné à couvrir l’échec programmé du projet ». Les avocats de la défense ont de leur côté dénoncé un procès « politique » et des irrégularités dans la procédure.
Un débat juridique sous tension
Au-delà du fond du dossier, la procédure elle-même cristallise les débats. Plusieurs juristes et acteurs politiques mettent en cause la compétence de la Cour constitutionnelle à juger un député national en exercice, invoquant les articles 107 et 164 de la Constitution. Ces dispositions réservent en principe les poursuites des parlementaires à d’autres mécanismes de levée d’immunité, ce qui, selon les avocats de Matata Ponyo, entacherait l’ensemble de la procédure d’illégalité.
Mais d’autres estiment que l’ancienne qualité de Premier ministre justifie la saisine de la Cour constitutionnelle, compétente pour juger les infractions commises dans l’exercice des fonctions de chef du gouvernement.
L’enjeu d’une décision symbolique
En RDC, ce procès est perçu comme un test décisif de la volonté politique de lutter contre la corruption et l’impunité. Le président Félix Tshisekedi a fait de la bonne gouvernance l’un des piliers de son mandat, dans un pays où la prédation des ressources publiques reste un phénomène endémique.
En attendant l’annonce officielle de l’audience, l’opinion reste suspendue au calendrier de la Cour constitutionnelle. L’extrait de rôle, seul document permettant de confirmer la tenue de l’audience, n’a pas encore été affiché à la date prévue.
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