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21 juin, 2026 - 17:35:58
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Constitution : la CENCO, une prétention dangereuse à décider pour les Congolais

Le débat sur une éventuelle réforme de la Constitution continue de polariser la scène politique congolaise. Mais au-delà des divergences de fond, c’est désormais la posture de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) qui suscite de vives critiques. Plusieurs voix estiment que les évêques catholiques dépassent leur mission pastorale en appelant les Congolais à s’opposer à toute révision constitutionnelle et en présentant celle-ci comme une menace pour la paix nationale. Un devoir de mémoire s’impose. Au moment de l’adoption de la Constitution de 2006, l’Église catholique avait exprimé des réserves sur un texte qu’elle présente aujourd’hui comme un « pacte républicain » intangible. Cette évolution nourrit les accusations de contradiction formulées contre la CENCO. Car, sa démarche tend à soustraire au peuple son droit de décider de l’avenir des institutions. Or, dans un État démocratique, aucune Église, aucun parti politique ni aucun groupe d’influence ne peut se substituer au souverain primaire. Si réforme il doit y avoir, le dernier mot appartient exclusivement aux citoyens à travers les mécanismes constitutionnels prévus par la loi fondamentale.

L’appel lancé par la CENCO contre toute réforme de la Constitution continue de provoquer des réactions au sein de la classe politique. Au centre des critiques figure la volonté des évêques catholiques d’imposer leur lecture du débat constitutionnel et de fixer eux-mêmes les limites d’une éventuelle révision de la loi fondamentale.

Au fond, la question n’est pas que la CENCO exprime une opinion sur l’avenir institutionnel du pays. Dans une démocratie, toute organisation est libre de participer au débat public. Ce qui est contesté, en revanche, c’est la prétention de l’épiscopat catholique à ériger sa position en vérité définitive et à présenter toute réforme comme une menace existentielle pour la nation.

Une mémoire politique qui interroge

L’histoire constitutionnelle du pays ne saurait être relue à géométrie variable. Plusieurs observateurs rappellent qu’au moment de l’élaboration et de l’adoption de la Constitution de 2006, des responsables de l’Église catholique avaient exprimé des réserves, voire une opposition, à l’égard du texte soumis au référendum.

Cette réalité historique nourrit aujourd’hui les accusations d’incohérence formulées contre la CENCO.

« Ceux qui avaient rejeté la Constitution au moment de son adoption se présentent aujourd’hui comme ses plus ardents défenseurs », résument certains observateurs du débat.

Pour ces derniers, la Constitution actuelle ne devient pas intangible du seul fait que certains acteurs politiques ou religieux la considèrent désormais comme telle.

La souveraineté populaire au cœur du débat

Au-delà de la controverse historique, les critiques visent surtout le fond du message des évêques.

La CENCO appelle les Congolais à s’opposer à toute réforme constitutionnelle et met en garde contre des risques de déstabilisation, de balkanisation et de conflits internes. Une démarche excessive dès lors que le débat constitutionnel relève avant tout de la souveraineté populaire.

Selon cette lecture, le peuple demeure l’unique détenteur du pouvoir constituant originaire. C’est lui qui a adopté la Constitution par référendum et c’est également à lui qu’il appartient, le cas échéant, de se prononcer sur son évolution.

Dans cette logique, le dernier mot ne revient ni aux partis politiques, ni aux Églises, ni aux élites, mais au peuple souverain.

Empêcher par principe tout débat sur la Constitution reviendrait ainsi à nier un droit fondamental reconnu au corps électoral.

Entre rôle pastoral et engagement politique

Autre reproche adressé à la CENCO : la frontière de plus en plus floue entre son rôle spirituel et ses prises de position politiques.

Les évêques sont pleinement légitimes lorsqu’ils interviennent sur les questions de paix, de justice sociale ou de cohésion nationale. En revanche, appeler explicitement à combattre une option constitutionnelle relève davantage de l’engagement politique que de l’accompagnement pastoral.

La recommandation faite aux prêtres de relayer le message de rejet de toute réforme est particulièrement contestée. C’est parce qu’elle s’apparente à une tentative de mobilisation politique sous couvert d’autorité religieuse. Une Église peut éclairer les consciences sans pour autant orienter le choix souverain des citoyens sur une question institutionnelle qui relève de leur compétence exclusive.

Le référendum comme arbitre légitime

Face à cette controverse, l’idéal c’est le recours aux mécanismes démocratiques prévus par la Constitution elle-même. Si une réforme devait être engagée, sa légitimité ne pourrait être contestée dès lors qu’elle serait soumise au verdict populaire.

Dans cette perspective, le référendum apparaît comme l’instrument le plus approprié pour trancher la question. Que chacun défende sa position, mais que la décision finale revienne au souverain primaire.

Car la démocratie ne consiste pas à interdire le débat. Elle consiste à permettre aux citoyens de décider librement de l’avenir de leurs institutions.

Qui parle au nom du peuple ?

Au final, la controverse dépasse largement la question d’une éventuelle réforme constitutionnelle. Elle soulève une interrogation plus fondamentale sur les limites du rôle des acteurs religieux dans la vie publique et sur la place du peuple dans les grandes décisions nationales.

Le véritable enjeu n’est pas de savoir qui est favorable ou opposé à une réforme, mais de déterminer qui détient la légitimité ultime pour en décider.

Sur ce point, dans une République démocratique, aucune institution religieuse, aussi influente soit-elle, ne peut se substituer à la volonté souveraine du peuple congolais.

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