Il y a des postures qui interrogent. Celle adoptée aujourd’hui par la CENCO sur la question constitutionnelle en fait partie.
Que les évêques s’expriment sur les enjeux nationaux est légitime. Qu’ils alertent sur les risques pesant sur le pays relève même de leur responsabilité morale. Mais lorsque le conseil devient injonction et que l’opinion se présente comme une vérité définitive, le débat change de nature.
Car la vraie question n’est pas celle de la révision de la Constitution. Elle est plus fondamentale : qui décide ?
Dans une démocratie, la réponse est simple. Ce n’est ni l’Église, ni les partis politiques, ni les élites. C’est le peuple.
L’histoire mérite d’ailleurs d’être rappelée. La Constitution de 2006, aujourd’hui présentée comme intangible, avait suscité des réserves jusque dans certains milieux ecclésiastiques. Pourtant, elle fut adoptée par référendum. Sa légitimité est née du suffrage populaire.
Pourquoi le peuple pouvait-il se prononcer hier sur l’adoption de la Constitution, mais ne pourrait-il plus le faire demain sur son éventuelle évolution ?
Une Constitution n’est pas un texte sacré. C’est un contrat politique au service de la nation. Elle protège les équilibres institutionnels, mais elle ne peut être soustraite à tout débat.
Refuser par principe toute discussion revient à figer la démocratie. Or la démocratie vit du débat, de la contradiction et du choix citoyen.
La RDC a changé depuis vingt ans. Ses défis ont évolué. Ses institutions également. Malgré les crises sécuritaires et les tensions politiques, le pays poursuit son apprentissage démocratique. Les institutions fonctionnent. Les élections se tiennent. Le débat public existe.
Dans ce contexte, présenter toute réflexion constitutionnelle comme une menace pour la nation relève davantage de l’alarmisme que de l’analyse.
Que la CENCO défende sa position est son droit. Qu’elle cherche à l’imposer comme une ligne infranchissable pose problème. Car aucune institution, aussi respectée soit-elle, ne dispose d’un droit de veto sur la souveraineté populaire.
Au final, une seule question compte : qui parle au nom du peuple ?
Dans une République démocratique, le peuple conserve toujours le dernier mot. Si réforme il doit y avoir, qu’elle soit soumise aux mécanismes prévus par la Constitution. Si les citoyens la rejettent, le débat s’arrête. S’ils l’approuvent, leur décision s’impose à tous.
C’est cela, la démocratie : la souveraineté du peuple, et rien d’autre.
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