Pendant près de trois décennies, Kigali a justifié sa présence militaire récurrente dans l’est de la République démocratique du Congo par la nécessité de neutraliser les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), présentées comme une menace permanente pour sa sécurité. L’annonce par Kinshasa de la signature d’un protocole de désarmement, de démobilisation et de cantonnement des FDLR dans le cadre de l’accord de paix conclu à Washington ouvre une nouvelle séquence politique et diplomatique. En révélant que les combattants ont accepté de déposer les armes, de dissoudre leur mouvement et de regagner le Rwanda sous certaines garanties, le ministre de l’Intégration régionale, Floribert Anzuluni, estime que la RDC honore l’un de ses principaux engagements. Cette évolution replace désormais Kigali face à ses propres obligations, notamment le retrait de ses forces du territoire congolais, alors que Kinshasa soutient depuis des années que la question des FDLR servait avant tout de justification à une présence militaire motivée par d’autres intérêts.
La signature par les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) d’un protocole de désarmement, de démobilisation et de cantonnement constitue, pour le gouvernement congolais, une avancée majeure dans la mise en œuvre de l’accord de paix conclu entre la République démocratique du Congo et le Rwanda à Washington, tout en remettant en question l’argument sécuritaire longtemps invoqué par Kigali pour justifier sa présence militaire dans l’est du territoire congolais.
L’annonce a été faite mardi lors d’un briefing conjoint animé par le ministre de l’Intégration régionale, Floribert Anzuluni, et le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya, consacré à l’évolution du processus de paix.
Selon Floribert Anzuluni, la RDC exécute ainsi l’un des engagements souscrits dans le cadre de l’accord signé sous la médiation des États-Unis.
« La République démocratique du Congo a signé un accord de paix à Washington avec le Rwanda, accord auquel était adossé un certain nombre d’engagements des deux parties », a rappelé le ministre.
Il a précisé que Kinshasa s’était engagé à neutraliser les FDLR, tandis que Kigali devait retirer ses forces du territoire congolais.
« La RDC s’est engagée à neutraliser le mouvement rwandais rebelle FDLR. Par neutralisation, nous entendons réduire ce que le Rwanda qualifie de menace », a-t-il déclaré.
Une reddition obtenue après plusieurs mois de sensibilisation
Le ministre a expliqué que le gouvernement congolais avait privilégié, depuis octobre dernier, une approche basée sur la sensibilisation communautaire menée avec l’appui de la MONUSCO afin d’obtenir une reddition volontaire des combattants.
« L’objectif de la sensibilisation est d’avoir une reddition volontaire qui passerait donc par la démobilisation, le désarmement et le cantonnement », a-t-il indiqué.
Face à l’absence de résultats suffisants, Kinshasa avait parallèlement engagé le déploiement de deux bataillons dans le territoire de Walikale.
Selon Floribert Anzuluni, cette pression a favorisé l’ouverture de discussions avec les responsables politiques et militaires des FDLR, débouchant sur la signature du protocole de reddition.
Celui-ci prévoit le désarmement, la démobilisation, le cantonnement dans des sites sécurisés, la dissolution définitive du mouvement ainsi que le retour volontaire de ses membres au Rwanda, sous réserve de garanties relatives à leur sécurité et au règlement de la situation des réfugiés rwandais vivant en RDC.
« Les FDLR se sont engagés à dissoudre leur mouvement de manière définitive et à retourner au Rwanda », a affirmé le ministre.
Il a précisé que les combattants qui ne souhaiteraient pas rentrer immédiatement au Rwanda pourraient être relocalisés dans des pays tiers.
Kinshasa remet en cause le fondement de la présence rwandaise
Au-delà de cette avancée, Floribert Anzuluni estime que cette évolution fragilise l’argument régulièrement avancé par Kigali pour expliquer ses opérations militaires en territoire congolais.
« Nous estimons, en tant que gouvernement congolais, que cette question est manipulée par le Rwanda pour cacher l’objectif réel de son agression, qui est lié au contrôle des ressources naturelles congolaises », a déclaré le ministre.
Cette position est défendue de longue date par les autorités congolaises, qui considèrent que la présence des FDLR a été érigée en justification politique et sécuritaire alors que plusieurs rapports du Groupe d’experts des Nations Unies ont documenté un soutien militaire du Rwanda au mouvement AFC/M23 ainsi que l’exploitation illicite de ressources naturelles dans les zones sous son influence.
Le gouvernement congolais estime que la progression du processus de désarmement des FDLR replace désormais Kigali devant ses propres engagements, notamment celui du retrait de ses forces conformément aux dispositions de l’accord de Washington.
Six zones concernées par le processus
Le ministre a indiqué que six zones de présence potentielle des FDLR avaient été identifiées dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Selon lui, cinq de ces zones se trouvent actuellement sous le contrôle de l’AFC/M23 et des forces rwandaises, tandis qu’une seule est située dans une zone administrée par les autorités congolaises, dans le territoire de Walikale.
Pour Kinshasa, la mise en œuvre effective du protocole de reddition constitue une étape importante vers le rétablissement de la paix et la poursuite des engagements réciproques prévus par l’accord de Washington.
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