Une année pour poser les fondations
Eau et électricité en République démocratique du Congo : agir dans l’urgence, réformer pour durer
Par Aimé Sakombi Molendo, ministre des Ressources hydrauliques et de l’Électricité
Kinshasa, août 2026
Il est, dans la vie des Nations, des vérités si élémentaires qu’on finit par oublier leur force : rien de grand ne se bâtit sans eau, et rien de moderne ne s’édifie sans lumière. L’eau et l’électricité ne sont pas de simples commodités, elles constituent la trame silencieuse sur laquelle se tissent l’existence humaine digne. Elles décident, chaque matin, de la santé d’un enfant, du sérieux d’une école, de la sécurité d’un accouchement, de la productivité d’un atelier, de la crédibilité d’un État. Là où elles font défaut, ce n’est pas seulement le confort qui s’efface : c’est la promesse républicaine elle-même qui vacille.
Or, en République démocratique du Congo, moins d’un citoyen sur quatre a aujourd’hui accès à l’électricité, et une proportion à peine plus favorable bénéficie d’un accès à l’eau potable. Ces chiffres, dans leur sécheresse, résument un paradoxe aussi ancien que douloureux : notre pays a été béni par la géographie, mais cette abondance ne s’est pas encore traduite, pour des millions de Congolaises et de Congolais, en dignité quotidienne. Lorsque l’eau ne coule pas au robinet et que la lumière s’éteint, c’est le temps des familles qui se dérobe, la santé qui vacille, l’apprentissage qui s’alourdit et l’activité économique qui ralentit. Il n’est pas de sujet plus intime, ni de responsabilité publique plus impérieuse.
La République démocratique du Congo abrite près de la moitié des ressources en eau douce du continent africain et dispose d’un potentiel hydroélectrique estimé à 167 000 mégawatts, l’un des plus considérables au monde. Nous sommes, à bien des égards, l’un des châteaux d’eau et l’un des réservoirs d’énergie propre de l’humanité. Pourtant, l’immensité de nos richesses naturelles continue de cohabiter avec la privation, et le contraste entre la puissance de nos fleuves et l’obscurité de nos foyers demeure l’une des blessures les plus profondes de notre histoire économique.
Cette contradiction commande une lucidité sans complaisance. Une ressource, à elle seule, ne produit ni progrès économique ni justice sociale. Pour qu’un potentiel devienne prospérité, il faut des institutions solides, des politiques publiques cohérentes, des investissements constants et une gouvernance transparente. La grandeur d’une Nation ne se mesure pas seulement à ce qu’elle possède, mais à sa capacité à le transformer patiemment, méthodiquement, honnêtement, au bénéfice de son peuple. Tel est, aujourd’hui, l’horizon de notre travail.

