La réforme des normes de construction en République démocratique du Congo entre dans une phase décisive. Sous la conduite du professeur Azama Nilas, la Task Force chargée de préparer le futur référentiel national présente un premier rapport d’étape. Sept livrables sur dix sont déjà élaborés, dont deux normes pilotes consacrées aux routes et aux ponts. Le chantier, lancé sous l’impulsion du ministre des Infrastructures et Travaux publics John Banza Lunda, vise à adapter les standards techniques aux réalités congolaises.
La réforme du cadre normatif des infrastructures et travaux publics avance. Mise en place dans le prolongement de la première Conférence nationale sur les infrastructures, initiée par le ministre John Banza Lunda sous le haut patronage du président Félix Tshisekedi, la Task Force chargée de préparer les bases du futur référentiel national vient de présenter son premier rapport d’étape.
Son mandat, prévu jusqu’au 31 août, porte notamment sur la définition d’une doctrine normative congolaise, le format de publication des textes et la mise à disposition d’un guide destiné aux différentes commissions et groupes de travail. L’objectif est de donner au pays un cadre cohérent pour concevoir, réaliser, contrôler et entretenir ses infrastructures.
Le bilan présenté fait apparaître une progression substantielle. Sept des dix livrables prévus ont été élaborés et validés sous réserve de retouches. Trois autres restent en cours de finalisation. Le travail porte notamment sur la doctrine normative, la typologie des textes, les modèles de rédaction, les paramètres techniques nationaux, l’architecture institutionnelle et la feuille de route de déploiement.
Adapter les normes aux réalités du pays
La démarche officielle, lancée le 26 mai 2026 par la Première ministre Judith Suminwa, repose sur une idée centrale : la RDC ne peut se contenter de reproduire des standards conçus pour d’autres environnements.
La Task Force privilégie ainsi le principe « adopter, puis adapter ». Les référentiels internationaux existants servent de base de travail, mais leur application doit tenir compte des caractéristiques propres au territoire congolais : nature des sols, climat, hydrologie, matériaux disponibles, conditions de circulation et contraintes économiques.
Cette approche doit permettre de constituer progressivement des paramètres techniques nationaux. L’enjeu est de rapprocher la norme de la réalité du terrain, alors que les infrastructures congolaises sont exposées à des contextes géographiques, climatiques et environnementaux très différents.
Routes et ponts comme normes pilotes
Deux textes servent de laboratoire à cette nouvelle démarche : l’un consacré aux routes, l’autre aux ponts.
Pour les infrastructures routières, le projet aborde notamment la géométrie, les chaussées, les accotements, le drainage et les ouvrages de rétablissement. Le texte consacré aux ponts traite, lui, de la conception, des charges, des matériaux, du calcul, de l’exécution, de l’hydraulique, de l’inspection et de la gestion patrimoniale.
Ces deux normes pilotes constituent une première application concrète de la méthodologie élaborée par la Task Force. Elles ne revêtent toutefois pas encore un caractère juridiquement contraignant. Des arbitrages techniques restent nécessaires, notamment sur certains paramètres nationaux et sur le choix définitif du référentiel structurel applicable aux ponts.
Leur entrée en vigueur doit ensuite respecter les procédures institutionnelles et réglementaires prévues.
Firmin Kiala, au cœur de la coordination
La dimension technique du chantier repose sur une organisation institutionnelle qui associe experts, commissions et groupes de travail. Dans ce dispositif, le directeur de cabinet du ministre des ITP, Firmin Kiala Ki-N’soki, assure une coordination étroite du processus, conformément aux orientations de John Banza Lunda.
Lors de la réunion d’évaluation à mi-parcours du 18 août 2026, il a réuni les principaux acteurs autour de l’état d’avancement des travaux. La méthodologie retenue s’articule autour de sept étapes, depuis la compilation documentaire jusqu’à la validation en plénière des projets de normes.
Le dispositif prévoit une articulation entre le niveau stratégique du ministère, la Commission de coordination, les sous-commissions et les groupes techniques. Cette organisation doit permettre de maintenir une cohérence entre les orientations du ministère et le travail des experts.
La coordination se veut également ouverte. Les observations peuvent provenir des acteurs établis en RDC comme de ceux de la diaspora. Le référentiel doit ainsi pouvoir être « amélioré de manière réitérative », dans un processus appelé à évoluer avec les besoins du pays.
Un chantier qui dépasse les deux premiers textes
Le premier rapport d’étape ne constitue pas l’aboutissement de la réforme. Il en donne plutôt une première photographie et fixe les prochaines séquences de travail. À terme, le scénario présenté prévoit un corpus normatif organisé en onze tomes.
Le rapport recense par ailleurs 43 points d’arbitrage soumis au Comité d’organisation piloté par Firmin Kiala Ki-N’soki. Parmi les priorités figurent la validation formelle des premiers livrables, le choix du référentiel structurel applicable aux ponts, l’installation des structures techniques et la sécurisation du financement du cycle initial.
L’enjeu dépasse la production de documents techniques. Pour un pays engagé dans la construction et la réhabilitation de routes, de ponts, de bâtiments publics, d’ouvrages hydrauliques et d’infrastructures urbaines, disposer de normes adaptées doit permettre de mieux encadrer la conception, l’exécution, le contrôle et la maintenance des ouvrages.
La RDC cherche ainsi à passer d’une logique centrée sur la multiplication des infrastructures à une approche fondée sur leur qualité, leur sécurité et leur durée de vie. Le travail conduit par la Task Force sous la direction du professeur Azama Nilas s’inscrit dans cette transformation de fond.
Dans les prochains jours, les résultats seront restitués aux présidents des différentes sous-commissions afin de faciliter la poursuite des travaux dans un cadre cohérent et homogène, conformément aux orientations validées par le Comité d’organisation et aux arbitrages retenus.
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