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29 août, 2026 - 14:34:46
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« Ce Dialogue tranche plus qu’il n’ouvre » : Kasanda Katuala Olivier décrypte l’allocution présidentielle

Après l’annonce par le chef de l’Etat, le 27 août 2026, de l’ouverture du Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État, le député national PEP-AAAP Olivier Kasanda Katuala, élu de Kinshasa/Lukunga, livre à Infos27 son analyse de l’allocution du président Félix-Antoine Tshisekedi. Juriste et membre de la Commission PAJ, l’élu, également auteur de plusieurs tribunes consacrées à la souveraineté et aux questions sécuritaires, décrypte les principales orientations du texte présidentiel. Il s’attarde notamment sur la composition annoncée des assises, l’ouverture à une diversité d’acteurs politiques, institutionnels, sociaux, territoriaux et culturels, mais aussi sur les lignes rouges fixées aux acteurs armés. Pour lui, l’inclusivité affichée ne signifie ni effacement des principes ni confusion des responsabilités. Aucune conquête militaire ne peut, à ses yeux, devenir une source de légitimité politique. « Ce Dialogue tranche plus qu’il n’ouvre », résume Olivier Kasanda Katuala, qui voit dans l’allocution présidentielle un texte de doctrine autant qu’une annonce politique.

Interview

Infos27 : Honorable Kasanda Katuala Olivier, quelle est votre réaction immédiate à cette allocution ?

Olivier Kasanda Katuala : Je salue sa pertinence et sa densité. Ce n’est pas un discours d’ambiance. C’est un texte de doctrine. Le Chef de l’État ne se contente pas d’annoncer une réunion. Il fixe une hiérarchie des problèmes, il ferme des portes que certains voulaient rouvrir, et il encadre celles qu’il entrouvre. Dans le moment que nous vivons, cette clarté a une valeur stratégique.

Infos27 : Quels en sont, selon vous, les points saillants majeurs ?

Olivier Kasanda Katuala : Le premier est le diagnostic. Soixante-six ans après l’indépendance, le retour cyclique des mêmes crises n’est plus présenté comme le seul fruit de la malveillance d’un camp. Le Président nomme trois fragilités congolaises : le réflexe du partage du pouvoir au détriment de la consolidation de l’État ; des processus conçus loin du peuple, puis soumis à son endossement ; l’absence d’obligation de résultat, où la signature a trop souvent été confondue avec l’action. Reconnaître cela n’est pas un exercice de contrition. C’est une condition de crédibilité.

Le deuxième point, et il commande tout le reste, est la qualification de l’agression. Ce n’est « ni une opinion, ni une thèse de Kinshasa », mais un constat adossé aux résolutions 2773 et 2808 du Conseil de sécurité. Occupation illégale par des forces étrangères, groupes armés, administrations parallèles, pillage des ressources : le droit international a nommé les faits. Les exigences qui suivent (retrait complet, effectif et vérifiable ; cessation de tout soutien aux groupes armés ; démantèlement des administrations parallèles ; rétablissement de l’autorité de l’État ; retour des déplacés) ne sont pas des vœux pieux. Elles constituent le cadre non négociable du Dialogue lui-même.

Le troisième point est méthodologique. Ce Dialogue ne commencera pas à Kinshasa. Il partira des 26 provinces, de diagnostics territoriaux, d’une parole recueillie avant d’être consolidée. Les assises nationales seront un aboutissement, non un point de départ.

Le quatrième est juridique et politique à la fois : pas de négociation avec l’agresseur ou ses supplétifs ; pas de remise en cause du suffrage ; pas de suspension des institutions. L’arme ne crée pas un droit supérieur au bulletin. La conquête militaire ne se convertit pas en légitimité.

Le cinquième est le couple paix-justice. Une voie individuelle de réintégration reste ouverte à ceux qui renoncent sincèrement et de manière vérifiable, et qui condamnent l’agression. Mais pas d’amnistie générale pour les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité, les actes de génocide et les violences sexuelles graves. La réconciliation n’est pas l’oubli administré.

Enfin, le dispositif d’exécution : Comité d’organisation, ordonnance de convocation, Commission préparatoire, Pacte national, matrice publique, mécanisme de suivi, rapports périodiques, durée maximale de trois mois. C’est par là que ce processus prétend se distinguer de ceux qui l’ont précédé.

Infos27 : Vous parlez d’un texte qui « ferme des portes ». Que faut-il lire entre les lignes ?

Olivier Kasanda Katuala : Il faut lire les verrous.

Premier verrou : les institutions iront au terme constitutionnel de leurs mandats. Traduction : ce n’est pas une transition, pas un gouvernement d’union issu d’un marchandage, pas une remise en cause du choix des urnes. Ceux qui espéraient que le mot « dialogue » ouvre une parenthèse institutionnelle viennent d’essuyer un refus poli, mais net.

Deuxième verrou : la séparation des scènes. Washington pour le volet interétatique avec le Rwanda. Doha pour la cessation des hostilités avec l’AFC/M23, le désengagement, le cantonnement, le désarmement. Le Dialogue national pour les fractures congolaises et la refondation de l’État. Le non-dit est limpide : on ne fera pas entrer par Kinshasa ce que Doha et le droit international refusent de légitimer. Le Président dit que ces processus diplomatiques sont indispensables. Il dit aussi qu’ils ne peuvent pas, à eux seuls, réparer la Nation, et surtout qu’ils ne définiront pas, à la place des Congolais, la République à bâtir.

Troisième verrou : l’inclusivité n’est pas la confusion. Nul n’est exclu pour ses opinions, ses critiques, son origine, sa langue ou son parti. Mais nul ne s’assoit à la table de la Nation les armes à la main. Entre les lignes, c’est une réponse à la tentation d’un « dialogue global » où le rapport de force militaire deviendrait un titre de participation.

Quatrième élément, plus feutré : les « mesures de confiance et de décrispation ». Le texte ne cite personne. Il évoque pourtant ceux que « les épreuves de notre histoire récente ont conduits, pour diverses raisons, à se tenir en marge de l’unité nationale ». C’est une ouverture contrôlée. Elle existe. Elle reste subordonnée à la séparation des pouvoirs, aux droits des victimes et à la sécurité nationale. Autrement dit, la décrispation n’est pas annoncée comme une amnistie politique.

Cinquième lecture : le Président conserve la plume du cadre. Ordonnance pour le Comité, puis ordonnance de convocation fixant principes, étapes, représentation et suivi. La Commission préparatoire proposera la feuille de route, mais le Chef de l’État institue, convoque et garantit. Le processus est présenté comme populaire et souverain. Il est aussi étroitement cadré pour éviter l’enlisement et la dilution des responsabilités. Les trois mois ne sont pas un détail. C’est un garde-fou contre la palabre sans fin.

Infos27 : Le Président reconnaît les échecs des dialogues passés. Est-ce une autocritique réelle ou une précaution rhétorique ?

Olivier Kasanda Katuala : Les deux peuvent coexister. L’analyse est juste. La Conférence nationale souveraine, Sun City et d’autres assises ont produit des accords, parfois empêché le pire, parfois restauré des institutions. Elles n’ont pas produit une paix irréversible, parce que l’on a trop souvent réparti les fonctions sans transformer l’État, trop souvent demandé au peuple d’approuver ce qu’il n’avait pas conçu, trop souvent déclaré la page tournée avant d’avoir lu le livre jusqu’au bout.

Le Président va plus loin : l’urgence de faire taire les armes a parfois différé le traitement des causes ; la violence a semblé ouvrir plus vite les portes de la reconnaissance politique que le suffrage, le mérite ou la loyauté républicaine ; les victimes ont parfois été sommées de pardonner avant d’être pleinement entendues. C’est une lecture exigeante. Reste à savoir si le Pacte annoncé échappera à la même pente. Un discours peut nommer les erreurs du passé. Seule la matrice publique de mise en œuvre dira si l’on a cessé de confondre communiqué et réforme.

Infos27 : Vous avez, dans vos publications, souvent mis en garde contre un dialogue qui brouillerait la nature du conflit. Cette allocution confirme-t-elle vos positions ?

Olivier Kasanda Katuala : Oui, et c’est ce qui me réjouit. Depuis des mois, je tiens que le conflit de l’Est n’est pas un simple problème interne que l’on pourrait « dialoguer » comme une querelle entre Congolais. Présenter l’occupation comme une affaire domestique, c’est masquer l’agression, diviser le pays et offrir du temps à ceux qui occupent et pillent.

Le texte du 27 août lève cette ambiguïté. On peut et on doit parler entre Congolais de nos fractures, de la terre, de l’autorité de l’État, de la justice, de la cohésion. On ne confère pas à l’agresseur, ni à ses proxies, le statut de partenaire de refondation nationale. Doha reste le cadre approprié pour traiter avec l’AFC/M23 des questions liées aux hostilités. Le Dialogue national ne s’y substitue pas. Sur ce point, je n’ai pas changé de boussole. C’est le cadre présidentiel qui vient confirmer la distinction que je défendais : dialogue souverain entre Congolais, pas légitimation politique de l’entreprise armée.

Infos27 : Le Chef de l’État exige, pour cette Commission, compétence, probité, indépendance d’esprit et attachement à l’intérêt national. Compte tenu de vos travaux et de vos positions constantes contre l’agresseur et ses proxies, seriez-vous disponible ?

Olivier Kasanda Katuala : Le service de la Nation n’est pas une affaire de convenance. Si la République estime que mon travail, mes publications et mon engagement peuvent aider à concevoir un processus fidèle à ces principes (pas de légitimité tirée des armes, pas d’impunité pour les crimes imprescriptibles, pas de dilution de l’agression), je suis prêt. Un élu n’appartient pas à lui-même lorsqu’il s’agit de la paix, de l’unité et de la refondation de l’État. Je servirai si la Nation le requiert, dans le respect de la Constitution, et sans rien céder sur la nature du conflit.

Infos27 : Quel message adressez-vous aux acteurs politiques et au pays ?

Olivier Kasanda Katuala : Nous avons hérité d’un pays immense et d’un État encore fragile. L’allocution du 27 août a le mérite de ne plus confondre les deux. Entre les lignes, elle dit que le temps des postures est politiquement épuisé. Ce qui commence maintenant se jugera moins à la qualité des communiqués qu’à l’exécution, et à notre capacité de débattre sans nous déchirer.

Propos recueillis par Pitshou Mulumba.

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