Les récents incendies meurtriers de la salle des fêtes Panacée à Lingwala et de l’école Saint-Pierre à Kinshasa relancent l’urgence de renforcer la prévention et la capacité d’intervention contre les sinistres. Dans une Note technique ouverte adressée au vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, Sécurité, Décentralisation et Affaires coutumières, Bobo Ngonda Lingo, expert en sécurité, plaide pour l’accélération du déploiement effectif de la Direction générale de secours et d’incendie (DGSI) dans les provinces et entités territoriales. S’appuyant sur le décret du 12 février 2024 instituant cette structure, il relève que son fonctionnement demeure largement centralisé, alors que les écoles, marchés, hôpitaux et salles de fêtes restent exposés à des risques insuffisamment pris en charge. Il recommande la création de directions provinciales, de services communaux anti-incendie et de brigades communautaires, ainsi qu’un fonds d’urgence et un renforcement des équipements.
NOTE TECHNIQUE OUVERTE
À Son Excellence Monsieur le Vice-Premier Ministre, Ministre de l’Intérieur, Sécurité, Décentralisation et Affaires Coutumières
Objet : Plaidoyer pour l’accélération de la mise en place effective de la DGSI à tous les niveaux territoriaux et recommandation de la priorisation de la sécurité incendie comme composante de la sécurité urbaine.
Excellence,
1. CONTEXTE ET FAITS
La semaine dernière, le vendredi 5 septembre 2026, un incendie meurtrier s’est déclaré dans la salle des fêtes Panacée à Lingwala, causant 12 morts et de nombreux dégâts matériels, en raison de l’absence de normes de sécurité incendie et d’intervention rapide.
Ce jour, lundi 7 septembre 2026, un autre incendie s’est déclaré à l’école Saint-Pierre à Kinshasa, mettant en danger la vie de centaines d’élèves.
Ces deux sinistres rappellent l’urgence que vous aviez vous-même soulevée.
2. LE CADRE LÉGAL EXISTE DÉJÀ
Sous l’impulsion de votre prédécesseur, le VPM Peter Kazadi Kankonde, le Gouvernement a adopté le Décret n°24/02 du 12 février 2024 portant création de la Direction Générale de Secours et d’Incendie (DGSI), service public doté de l’autonomie administrative et financière.
L’article 22 de ce Décret prévoit que la DGSI assure les services anti-incendie en attendant la mise en place effective par les villes et communes de leurs propres services. Malheureusement, plus de deux ans après, la DGSI reste centralisée à Kinshasa et non opérationnelle dans les Provinces, Villes, Territoires, Secteurs, Chefferies et Villages.
3. CONSTAT
Nombre nettement insuffisant de Corps de Sapeurs-pompiers au sein des Entités Territoriales Décentralisées (ETD)
-Sous-équipement criant en matériels anti-incendie au niveau provincial, les équipements existants n’étant pas en nombre suffisant pour couvrir les besoins
– Non-application des normes de sécurité dans les écoles, marchés, salles de fêtes, hôpitaux
– La gestion des incendies n’est pas perçue comme une matière de sécurité urbaine, alors qu’elle en est une.
4. RECOMMANDATIONS
Excellence, la sécurité est le premier des droits humains. La gestion de l’incendie est une matière de sécurité au même titre que la lutte contre le banditisme urbain.
Nous vous recommandons :
a) D’accélérer la mise en place générale de la DGSI à tous les niveaux :
– Au niveau provincial : Directions provinciales DGSI
– Au niveau des ETD : Services communaux anti-incendie
– Au niveau des Territoires, Chefferies, Secteurs et Villages : Brigades communautaires de premiers secours
b) De nommer sans délai les animateurs de cette structure à tous les niveaux, conformément au Décret, sur base de la compétence et du mérite.
c) De faire de la sécurité incendie une priorité gouvernementale au même titre que la sécurité urbaine, avec rapport hebdomadaire au Conseil des Ministres.
d) De solliciter un Fonds d’urgence anti-incendie au niveau du Gouvernement et de mobiliser les partenaires techniques et financiers pour équiper la DGSI en camions citernes, extincteurs, tenues et centres de formation pour sapeurs-pompiers.
5. RÉSULTATS ATTENDUS
– Réduction drastique des morts par incendie dans les écoles et marchés
– Intervention en moins de 15 minutes sur tout sinistre à Kinshasa et dans les chefs-lieux
– Création d’emplois pour les jeunes dans le Corps des Sapeurs-pompiers
– Restauration de la confiance entre l’État et la population
6. FONDEMENT CONSTITUTIONNEL DE LA PRÉSENTE DÉMARCHE
La présente Note Technique Ouverte vous est adressée sur le fondement de l’Article 27 de la Constitution de la République Démocratique du Congo du 18 février 2006 qui dispose : _« Tout Congolais a le droit d’adresser individuellement ou collectivement une pétition à l’autorité publique qui y répond dans les trois mois. Nul ne peut faire l’objet d’incrimination, sous quelque forme que ce soit, pour avoir pris pareille initiative. »
En vertu de cette disposition, l’autorité publique a le devoir constitutionnel de répondre dans un délai de trois mois. C’est au nom de ce droit que je me permets de vous saisir.
Excellence, il y va de votre responsabilité historique.
Veuillez agréer, Excellence Monsieur le Vice-Premier Ministre, l’expression de notre très haute considération.
Fait à Kinshasa, le lundi 7 septembre 2026
M. Bobo NGONDA LINGOLO Bionique
Expert à la Sécurité, Breveté du Collège des Hautes Études de Stratégies et de Défense (CHESD)
Conseiller Honoraire des Anciens Ministres de l’Intérieur

