La C64 pourrait se retrouver privée, le 15 septembre, du scénario sur lequel semble reposer une partie de sa mobilisation : un face-à-face avec les institutions au Palais du Peuple, propice aux tensions et à une forte couverture médiatique. En difficulté pour rassembler massivement la population autour de ses mots d’ordre, la plateforme de l’opposition mise désormais sur la rue et les incidents pour maintenir la pression politique. La proposition d’Augustin Kabuya de décaler à 18 heures la cérémonie d’ouverture de la session parlementaire pourrait précisément contrarier ce dispositif. En séparant dans le temps le rassemblement annoncé et la rentrée parlementaire, le président de l’UDPS entend réduire le risque de confrontation et empêcher que la cérémonie ne serve de caisse de résonance à une mobilisation dont l’ampleur populaire reste à démontrer.
En proposant de dissocier la mobilisation annoncée de la cérémonie d’ouverture de la session parlementaire, l’élu de Mont-Amba entend empêcher que le Palais du Peuple ne devienne le point de convergence d’une manifestation et des représentants de la nation, avec le risque de tensions qui pourrait en découler.
Une proposition qui engage au-delà du Parlement
Dans une correspondance datée du 7 septembre 2026 adressée au président de l’Assemblée nationale, Augustin Kabuya propose de maintenir la date du 15 septembre, mais de reporter à 18 heures la cérémonie solennelle d’ouverture de la session.
Cette démarche ne saurait être réduite à l’initiative d’un simple député. Kabuya porte également la lourde casquette de président de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), parti présidentiel et principale formation de la majorité réunie au sein de l’Union sacrée de la nation. Sa proposition prend dès lors une dimension politique qui dépasse le seul cadre de l’organisation parlementaire.
Elle intervient au moment où la C64 annonce un rassemblement dont le Palais du Peuple constitue le point de chute, précisément le jour de la rentrée parlementaire. Pour la majorité, l’enjeu est donc autant de préserver la sécurité des institutions que d’éviter que cette journée solennelle ne soit absorbée par un bras de fer politique.
Dans sa correspondance, Kabuya invoque des « considérations d’ordre sécuritaire et préventif ». Il redoute que la proximité entre manifestants et parlementaires ne favorise des « tensions, de provocations ou de confrontation ».
Le président de l’UDPS met également en garde contre le risque de voir la cérémonie transformée en « espace d’affrontements ou de recherche de visibilité ».
Décaler pour désamorcer
La solution proposée repose sur un simple décalage horaire. La date du 15 septembre serait maintenue, mais la cérémonie se tiendrait à 18 heures, créant ainsi une distance entre les deux événements.
« Ainsi organisée, la tenue de la cérémonie respecterait pleinement la date constitutionnelle et règlementaire en créant un décalage temporel de nature à éviter les risques de confrontation », écrit Augustin Kabuya.
Si elle était retenue, cette option réduirait la possibilité d’un contact direct entre manifestants et parlementaires et faciliterait l’organisation du dispositif de sécurité autour du Palais du Peuple.
Elle placerait surtout la C64 devant une contrainte nouvelle. Sans la présence simultanée des députés et de la cérémonie officielle, la plateforme devrait compter davantage sur sa propre capacité de mobilisation pour donner du poids à son rassemblement.
Le Dialogue se précise, la C64 choisit la rue
Cette proposition intervient alors que le Dialogue national annoncé par Félix Tshisekedi prend progressivement forme. Dans son adresse à la nation du 27 août, le chef de l’Etat a annoncé la mise en place prochaine, par ordonnance présidentielle, d’un comité préparatoire chargé notamment de recueillir les avis et considérations des populations des 26 provinces sur la crise qui mine la RDC depuis trois décennies.
Le Dialogue proprement dit doit se tenir à Kinshasa et analyser cette expression populaire afin de dégager un Pacte de paix, de cohésion et de refondation de l’Etat. La démarche doit également s’inscrire dans la dynamique diplomatique engagée autour de la crise congolaise, notamment à travers les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies, les Accords de Washington et le processus de Doha.
Face à cette perspective, la C64 affiche son rejet et privilégie la mobilisation du 15 septembre comme moyen de pression. Pour ses adversaires, ce choix traduit surtout les difficultés de la plateforme à transformer ses mots d’ordre en mobilisation populaire de grande ampleur.
À défaut de rassembler largement, la C64 chercherait ainsi dans les situations de tension et la proximité avec les institutions un moyen de maintenir la pression politique et d’obtenir une forte exposition médiatique.
Une stratégie mise à l’épreuve
Le choix du Palais du Peuple n’est, de ce point de vue, pas neutre. La présence simultanée des manifestants et des députés pourrait créer une séquence politique spectaculaire, susceptible d’offrir à l’opposition une tribune fortement médiatisée.
Le décalage proposé par Augustin Kabuya pourrait précisément changer la donne. En dissociant le rassemblement de la cérémonie parlementaire, il limiterait les occasions de tensions et d’incidents susceptibles de s’imposer dans l’actualité de la journée.
La C64 serait alors renvoyée à l’essentiel : démontrer sa capacité à rassembler la population autour de ses revendications, sans pouvoir s’appuyer sur la proximité des institutions pour donner davantage d’écho à son action. Une situation qui mettrait surtout à l’épreuve les ressorts de sa mobilisation.
Une opposition qui aspire à gouverner doit pouvoir convaincre par son implantation populaire, la cohérence de son projet et sa capacité à fédérer. Les rapports de force avec les institutions peuvent produire des images fortes, mais ils ne sauraient, à eux seuls, traduire une adhésion populaire.
Le contraste avec le processus de Dialogue apparaît d’autant plus marqué. Tandis que le pouvoir prévoit de recueillir les préoccupations des populations dans les 26 provinces, la C64 concentre son initiative autour d’un haut lieu institutionnel de Kinshasa. Une orientation qui traduit une opposition davantage tournée vers la contestation immédiate que vers la construction d’une alternative politique capable de rallier au-delà de ses propres rangs.
Le 15 septembre comme test
Si la proposition de Kabuya est retenue, le 15 septembre constituera un test grandeur nature pour la C64. Privée d’un face-à-face avec les parlementaires, elle devra démontrer que sa capacité de mobilisation ne repose ni sur les incidents ni sur la proximité avec les institutions.
Au-delà du décalage horaire, c’est donc sa faculté à rassembler autrement qui sera éprouvée. Pour la majorité, l’enjeu consiste à préserver le caractère institutionnel de la rentrée et à éviter que le Palais du Peuple ne devienne le théâtre d’affrontements politiques. La décision de l’Assemblée nationale reste attendue, dans un climat déjà fortement tendu.
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