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Kinshasa
19 octobre, 2026 - 23:15:47
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Edito | Le silence coupable

Il est des silences qui finissent par ressembler à des renoncements. Dans l’Est de la République démocratique du Congo, trente années de violences ont laissé des millions de victimes, des familles déracinées et des territoires meurtris. Face à cette tragédie, l’indifférence internationale n’est plus seulement incompréhensible. Elle devient politiquement coûteuse et moralement intenable.

L’interpellation des eurodéputés belges Elio Di Rupo et Hilde Vautmans a le mérite de rompre cette routine diplomatique. Leur exigence est claire : les vies congolaises valent les vies ukrainiennes. La solidarité ne saurait dépendre de la proximité géographique, de l’intérêt stratégique ou de la visibilité médiatique d’une guerre. À défaut, les principes européens perdent leur crédibilité au moment même où ils prétendent défendre le droit international.

Mais l’urgence impose aussi de regarder les responsabilités en face. L’annonce par Joseph Kabila de la création du Front pour la refondation de la nation, présenté comme un mouvement politico-militaire incluant le M23, soulève une question fondamentale : quel avenir peut-on construire en associant des ambitions politiques à une rébellion armée ? Quant au Rwanda de Paul Kagame, les accusations persistantes concernant son soutien au M23 appellent des réponses vérifiables et le respect intégral des engagements de Washington. La souveraineté congolaise n’est pas une variable d’ajustement des rivalités régionales.

Kinshasa, pour sa part, a choisi de maintenir les voies diplomatiques ouvertes, notamment à Washington et à Doha. Cet engagement mérite d’être soutenu, sans complaisance ni chèque en blanc. La paix exige des actes réciproques, un contrôle indépendant des engagements et une volonté réelle de mettre fin aux ingérences. Elle ne peut reposer sur les concessions d’une seule partie.

L’Union européenne doit désormais passer des déclarations aux décisions. Des sanctions ciblées, fondées sur des éléments étayés, doivent viser les responsables de la déstabilisation. L’aide humanitaire doit également répondre à l’ampleur des besoins.

L’histoire retiendra les actes, mais aussi les abandons. Le peuple congolais ne réclame aucun privilège : il exige la paix, la justice et le respect de son territoire. L’Europe doit choisir son camp : celui du droit, non celui du silence.

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