La crise alimentaire en République démocratique du Congo prend une ampleur préoccupante, sous l’effet conjugué des conflits armés, des déplacements de populations, des épidémies et des chocs climatiques. Selon l’analyse de l’insécurité alimentaire aiguë publiée le 30 octobre 2026, 28,8 millions de Congolais connaissent une situation de crise ou d’urgence alimentaire entre septembre et décembre. Ce chiffre pourrait atteindre 30,3 millions au premier semestre 2027, accentuant les besoins humanitaires et les pressions sur les moyens de subsistance.
Au total, 28,8 millions de personnes, soit 23 % de la population analysée en République démocratique du Congo (RDC), sont confrontées à une insécurité alimentaire aiguë de niveau crise ou urgence entre septembre et décembre 2026, selon l’analyse de la classification intégrée de la sécurité alimentaire (IPC), publiée vendredi, qui alerte sur une détérioration des conditions de vie des ménages vulnérables.
Parmi ces personnes, 3,6 millions se trouvent en phase d’urgence (Phase 4 de l’IPC), caractérisée par des déficits alimentaires importants. La persistance des conflits armés dans l’Est, particulièrement en Ituri, au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, constitue l’un des principaux facteurs de cette dégradation. Les affrontements provoquent des déplacements massifs, limitent l’accès aux terres agricoles et perturbent les circuits d’approvisionnement.
Ebola et les chocs climatiques accentuent les vulnérabilités
À cette insécurité s’ajoute l’expansion de l’épidémie de maladie à virus Ebola due au variant Bundibugyo. Selon les données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) reprises dans le rapport, 8.728 cas confirmés, dont 4.205 décès, sont enregistrés au 6 octobre 2026, soit une létalité de 48,2 %. L’Ituri concentre 85 % des cas recensés, devant le Nord-Kivu, la Tshopo et le Sud-Kivu.
La baisse de la production agricole, l’accès limité aux semences et aux intrants, ainsi que la hausse des coûts de transport réduisent également les capacités d’approvisionnement des ménages. Dans certaines zones, le prix du litre d’essence a augmenté de plus de 70 % en septembre 2026, comparativement à la même période de 2025.
Les perturbations climatiques associées au phénomène El Niño constituent un autre facteur de risque. Des précipitations abondantes pourraient provoquer des inondations, des glissements de terrain et des pertes agricoles, notamment dans les régions du Nord-Est et du Sud-Est.
Plus de 30 millions de personnes menacées en 2027
Les perspectives pour janvier à juin 2027 sont particulièrement préoccupantes. Le nombre de personnes en situation de crise ou d’urgence alimentaire pourrait atteindre 30,3 millions, dont 4,2 millions en phase d’urgence. Les territoires de Lubero, Masisi et Oicha, au Nord-Kivu, ainsi que Kalehe et Mwenga, au Sud-Kivu, figurent parmi les zones susceptibles de basculer en situation d’urgence.
Face à cette évolution, l’analyse recommande une mobilisation urgente et coordonnée des financements humanitaires, la sécurisation des corridors d’assistance et le renforcement de l’aide alimentaire aux déplacés et aux communautés d’accueil. Elle préconise également la relance agricole, la constitution de réserves stratégiques, la surveillance des prix et le développement de mécanismes de protection sociale.
La restauration de la sécurité dans les zones affectées, l’accès humanitaire et le renforcement de la résilience des ménages apparaissent ainsi comme des conditions essentielles pour contenir la dégradation alimentaire et préserver les moyens de subsistance des populations.
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