À l’heure où la RDC fait face à une agression caractérisée, orchestrée de main de maître par le Rwanda, une partie de son élite politico-cléricale semble avoir choisi son camp : celui de la capitulation. Sous les dehors lénifiants d’un « dialogue national inclusif » porté conjointement par la CENCO, l’ECC et la C64, s’impose un schéma politique qui s’apparente à une véritable humiliation nationale. Toute la question est de savoir comment cette élite veut demander au peuple congolais d’aller à Canossa face à l’agression de leur pays, dont le vrai agresseur est le Rwanda. Cela en amenant Joseph Kabila, une marionnette de Kigali, au centre de l’échiquier politique national par le dialogue voulu inclusif. Ce qui est une congolisation de la crise de l’est. Une pure distraction et manipulation. Au nom de quel principe trouvent-ils que Joseph Kabila, parce que humilié et du fait que sa requête du dialogue a été refusé par le président Tshisekedi, est ainsi en droit de prendre des armes contre sa patrie, le pays qu’il a dirigé 18 ans durant ?
L’objectif de cette manœuvre est limpide : congoliser une crise pourtant exogène. En insistant pour ramener Joseph Kabila au centre de l’échiquier politique par le biais d’un énième forum de discussion, ces structures font le jeu de Kigali. Les faits l’attestent bel et bien : Joseph Kabila s’affiche désormais sans fard comme le parrain politique d’une rébellion armée directement soutenue et financée par le Rwanda. En voulant réhabiliter cette marionnette, les prélats tentent de transformer une guerre d’agression internationale en une simple querelle de palais intercongolaise.
La politique de l’autruche et les sorties calculées de Lubumbashi
Face à la gravité de voir un ancien chef de l’État prendre la tête, par procuration, d’une rébellion pro-rwandaise, l’Église catholique se débine. Au lieu d’une condamnation ferme de cette trahison, elle s’adonne plutôt à des pirouettes oratoires, distillées de manière opportune au gré des sommets ou des assemblées paroissiales. Le cardinal Ambongo multiplie les déclarations ambiguës à l’étranger, tandis qu’à Lubumbashi, Mgr Fulgence Muteba orchestre une diversion rhétorique majeure.
Interrogé sur la manière dont la CENCO compte rapprocher Félix Tshisekedi et Joseph Kabila, l’archevêque de Lubumbashi a jeté le masque ce dimanche 1er novembre 2026 en lançant une pique directe au pouvoir en place : « Ne nous voilons pas la face. Vous connaissez l’obstacle, ouvrez les yeux grandement et vous allez le voir ». En désignant subtilement le refus de Kinshasa d’abdiquer devant un chef rebelle comme le véritable « obstacle » à la paix, le président de la CENCO inverse scandaleusement les rôles. Le coupable n’est plus l’agresseur armé par Kigali, mais celui qui refuse de s’asseoir avec lui.
Par ailleurs, quatre jours plus tôt, soit le 28 octobre 2026, à la suite d’un cambriolage à la paroisse Notre-Dame de la Paix, Mgr Fulgence Muteba a délibérément choisi de braquer les projecteurs sur la criminalité urbaine pour mieux occulter la tragédie de l’est. S’exprimant sur l’insécurité locale, il a déclaré : « On nous agresse, on nous vandalise et on tire sur nous… Nous allons prendre toutes les dispositions pour commencer à nous défendre nous-mêmes ».
Le double standard de l’indignation cléricale
Une question fondamentale se pose alors devant une telle asymétrie de ton : au nom de quelle logique ces prélats se disent-ils prêts à « prendre toutes les dispositions pour se défendre eux-mêmes » à Lubumbashi, alors qu’ils s’avèrent incapables de condamner ouvertement le Rwanda et ses supplétifs terroristes à l’est ? Leur indignation est à géométrie variable. Ils n’ont pas un mot d’autorité, pas une directive de mobilisation nationale ni d’autodéfense populaire contre le M23 et l’armée rwandaise qui massacrent des paisibles congolais au Nord et Sud-Kivu. En revanche, ils menacent à mots découverts d’activer des milices paroissiales dès lors que les intérêts de leurs diocèses ou de leurs privilèges ecclésiastiques sont égratignés. Et aussi, pince-sans-rire, le parti ECIDE, un des partis phares de la C64, n’a pas exclu le recours aux armes si jamais son allié Prince Epenge était transféré à l’ex-Prison de Makala !
Cette démarche tend à légitimer l’illégitime. Au nom de quel principe politique, moral ou théologique trouvent-ils acceptable que Joseph Kabila finance une rébellion armée soutenue par le Rwanda et en prenne la tête ? Sous prétexte que sa « requête de dialogue » a été rejetée par le président Félix Tshisekedi, l’ancien chef de l’État aurait-il un droit divin au terrorisme et au chantage par le sang ? La frustration politique ne saurait en aucun cas justifier la trahison de la patrie.
Le peuple congolais n’est pas prêt à marcher vers ce Canossa moderne. Le dialogue avec les agresseurs et leurs parrains locaux n’est pas une solution, c’est une capitulation en règle. Il est temps que la CENCO et l’ECC, voire la C64, cessent de chercher « l’obstacle » chez la victime et qu’elles pointent enfin leurs index vers Kigali.
Moïse Musangana

