Lors d’une conférence de presse tenue le 28 juillet à Kinshasa, le Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC) a rendu publics les résultats de deux enquêtes majeures révélant des failles structurelles dans le paysage médiatique congolais. Si un professionnalisme encore précaire interroge l’autonomie et le pluralisme des médias, une sous-représentation criante des femmes dans les contenus audiovisuels témoigne d’un retard significatif en matière d’égalité de genre. À travers ces diagnostics, le CSAC lance un appel pressant à des réformes profondes, condition sine qua non d’une presse indépendante, responsable et à l’image d’une société démocratique en quête d’équilibre.
Le Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC) a présenté lundi 28 juillet, lors d’une conférence de presse à la salle Saint-Claver de Kinshasa, les résultats de deux enquêtes sur le paysage médiatique congolais. L’événement, présidé par le premier vice-président Bruno Mbolison en présence d’Oscar Kabamba, rapporteur, de Serge Ndjibu, rapporteur adjoint, et de Mimie Engumba, présidente de la Commission technique, a mis en lumière des défis persistants touchant à la déontologie journalistique et à la représentation des femmes dans les contenus audiovisuels.
Un double enjeu : professionnalisme et égalité des genres
Ces analyses, menées entre janvier et février 2025 et avril 2025, répondent à la mission du CSAC définie par les articles 8 et 9 de son cadre juridique, qui visent à garantir non seulement la liberté de la presse, mais également la promotion des valeurs nationales, dont l’égalité entre les sexes, a fait savoir le vice-président Bruno Mbolison.
À l’heure où le paysage médiatique congolais connaît une forte croissance, ces deux enquêtes révèlent des insuffisances structurelles préoccupantes.
Professionnalisme : des avancées mais une autonomie fragile
La première étude, couvrant la période de janvier à février 2025, portait sur l’observance de la déontologie et du pluralisme politique. Elle a scruté plus de 200 médias, notamment dans les provinces issues de l’ancienne configuration administrative. Malgré un score global jugé « acceptable », le rapport relève des disparités importantes.
Professionnalisme : 65 % – Un résultat encourageant, mais qui cache des écarts entre provinces.
Journalisme politique : 49 % – Le respect des normes déontologiques dans le traitement des sujets politiques reste insuffisant. Autonomie des médias : 47 % – Une fragilité qui questionne l’indépendance éditoriale et financière des organes de presse.
Certaines provinces, comme le Sud-Kivu et le Kongo Central, affichent des scores critiques, notamment sur le pluralisme politique (17 % et 19 %). Les analystes pointent des entraves liées aux influences politiques et économiques, dans un contexte où les médias demeurent dépendants de bailleurs externes.
« Un média qui n’est pas indépendant devient un relais d’intérêts extérieurs, qu’ils soient politiques ou financiers », a averti Bruno Mbolison, appelant à une synergie entre régulateurs et professionnels pour restaurer la crédibilité du secteur.
Femmes et médias : une sous-représentation persistante
La seconde enquête, réalisée en avril 2025 par la Commission mixte de monitoring du CSAC (CMMC), visait à évaluer la représentation des femmes et la prise en compte des questions de genre dans les contenus audiovisuels.
Les conclusions sont sans appel : malgré des initiatives notables, telles que la création de médias dédiés aux femmes, ces dernières restent sous-représentées dans les médias congolais, tant en termes de présence que de responsabilités. Le rapport note également une persistance des stéréotypes sexistes, hérités d’une culture patriarcale profondément ancrée.
Parité de genre dans les contenus : 44 % ; Langage non sexiste : 37 % ; Présence des femmes dans les rôles d’expertes : très faible. « Les journalistes n’efforcent pas suffisamment d’adopter un langage sensible au genre, et l’usage de clichés reste répandu », déplore le rapport, soulignant que ces pratiques alimentent des représentations biaisées.
L’étude insiste également sur le rôle des réseaux sociaux, en particulier TikTok, où la présence féminine atteint 70 à 75 %, mais souvent cantonnée à une mise en avant corporelle, au détriment de l’expertise intellectuelle.
Des réformes indispensables
Pour inverser la tendance, le CSAC recommande : Le renforcement des formations des professionnels à un « journalisme sensible au genre » ; Une application stricte des lois existantes et le développement de mécanismes de régulation ; Un engagement accru des opérateurs de médias pour instaurer un équilibre dans le traitement de l’information.
« La lutte contre les stéréotypes et pour une presse indépendante et professionnelle est un impératif démocratique », a martelé Mimie Engumba, rappelant l’impact déterminant que ces réformes peuvent avoir sur la vie quotidienne de millions de Congolaises.
Un enjeu démocratique majeur
Ces deux rapports sonnent comme un appel à l’action. Alors que les médias congolais jouent un rôle central dans la formation de l’opinion publique, leur indépendance et leur capacité à refléter la diversité de la société demeurent des défis prioritaires. Le CSAC entend poursuivre ses efforts pour instaurer un environnement médiatique respectueux des valeurs démocratiques et de l’égalité des sexes.
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