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20 avril, 2026 - 15:09:32
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RDC – Le défi moral du pouvoir face à la désillusion populaire (Tribune)

En République démocratique du Congo, le lien entre gouvernants et gouvernés semble s’être distendu, non par simple désaccord politique, mais par un vide plus profond : l’érosion de la morale dans la pratique du pouvoir.

Les Congolais ne rejettent pas seulement des politiques inefficaces ou des promesses non tenues. Ils expriment, de plus en plus silencieusement, un désaveu moral. Ce qui manque aujourd’hui à notre vie publique, ce n’est pas tant le talent ou les moyens, mais la vertu : cette colonne invisible qui donne au leadership sa crédibilité et à l’État sa légitimité.

Lorsque le discours politique devient calcul, que l’intérêt collectif cède la place aux équilibres de clans, que la justice hésite face aux puissants, alors le peuple doute. Et ce doute, persistant, se transforme en défiance.

Pourtant, la confiance ne se décrète pas. Elle se construit, lentement, par la cohérence entre les mots et les actes. Là où la morale publique est absente, même les meilleures intentions paraissent suspectes.

Il ne s’agit pas d’exiger des dirigeants qu’ils soient parfaits, mais qu’ils soient cohérents, sincères et redevables. L’autorité ne peut être durable que si elle repose sur l’éthique et le bon sens. À défaut, elle n’est qu’une façade.

Il est temps pour la classe politique congolaise d’entendre ce que le peuple ne crie plus mais pense tout bas : le pays n’a pas seulement besoin de réformes, il a besoin d’exemplarité. Car, dans un État, la morale n’est pas un luxe. Elle est la condition même de l’espérance collective.

Dans notre pays, la méfiance ne se dit plus, elle se vit. Elle habite les regards et les rues. Le peuple n’attend plus, il observe. Il ne croit plus aux promesses, il les encaisse comme des dettes jamais remboursées.

La confiance, cet ingrédient invisible mais vital à toute gouvernance, s’est effondrée sous le poids accumulé des discours creux, des détournements impunis ou à peine sanctionnés, d’une impunité arrogante et d’institutions déconnectées du quotidien.

Ce peuple, qui a tant espéré, voit chaque jour s’éloigner la justice, la sécurité, l’emploi et la dignité. À l’Est, les balles remplacent les bulletins. Ailleurs, c’est le chômage, la faim, et l’humiliation silencieuse des sans-voix.

Mais attention : le peuple congolais est patient, mais pas amnésique. Il sait qui l’a regardé sans agir, qui l’a trahi en souriant, qui a confondu pouvoir et propriété.

Les dirigeants actuels doivent comprendre que la légitimité ne se mesure pas au titre, mais à l’impact. Être au pouvoir ne suffit plus, il faut être au service. Le temps des privilèges aveugles doit céder la place à celui de la responsabilité sincère.

Il est encore temps de reconstruire le lien. Par des gestes concrets, une parole honnête, une justice réelle. Car ce peuple peut tout endurer… sauf d’être ignoré.

Le Président de la République doit voir, dans l’écran des responsabilités partagées, un Congo qui avance grâce à l’exercice minutieux, objectif et performant de chaque mission régalienne attribuée. Non un mammouth qui peine à se relever, écrasé par les lourdeurs politiques et administratives, ni par l’attente de synthèses qu’on attendrait de celui-là même qui a nommé ses collaborateurs à tous les niveaux de la gouvernance.

Henry MUTOMBO MIKENYI
Écrivain et chercheur en fiscalité
Acteur politique, membre de l’Union sacrée de la Nation

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