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31 mai, 2026 - 15:32:01
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Genève : Judith Suminwa impose la traçabilité des minerais stratégiques au débat international

À Genève, la Première ministre congolaise Judith Suminwa a choisi la frontalité : remettre au centre du débat international la question de la traçabilité des minerais, considérée depuis trop longtemps comme un sujet technique plutôt qu’un levier de paix. Face aux grandes entreprises minières mondiales, aux acheteurs de minerais et aux partenaires internationaux, elle a porté une ambition claire : assécher les circuits parallèles qui alimentent la contrebande dans l’Est du pays et privent l’État congolais de ressources vitales, alors que s’ouvre le gigantesque chantier de reconstruction des Kivus. Sa démarche inaugure une diplomatie économique offensive, qui veut replacer la RDC comme acteur souverain dans la chaîne d’approvisionnement mondiale des minerais stratégiques, au moment même où le gouvernement défend, à Kinshasa, un budget axé sur la mobilisation accrue des recettes nationales.

La Première ministre de la République démocratique du Congo (RDC), Judith Suminwa Tuluka, a ouvert, jeudi 20 novembre à Genève, une séquence diplomatique. Entourée des ministres de la Justice, des Mines et de la Communication, elle a présidé une rencontre de haut niveau, réunissant investisseurs internationaux, partenaires au développement et représentants des plus grandes entreprises minières. Objectif : poser les bases d’un mécanisme de traçabilité capable d’enrayer la contrebande des minerais « 3T » qui prospère dans l’Est du pays.

Au cœur de ces échanges, une conviction exprimée avec constance : la transparence minière n’est pas un supplément technique, mais une condition politique de la paix. L’initiative s’inscrit dans la vision portée par le président Félix Tshisekedi, qui a récemment dévoilé un plan d’urgence de 5 milliards de dollars pour la reconstruction du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Pour Kinshasa, il s’agit de créer des conditions sécuritaires et économiques permettant de financer durablement cet effort de stabilisation.

Une diplomatie économique assumée

Si la RDC veut rompre avec les circuits de contrebande, elle entend aussi mettre un terme à ce que le ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, a qualifié d’« hypocrisie » entourant le commerce régional des minerais. « Il est temps de reconnaître que cette hypocrisie nous a coûté trop cher. Nous devons conjuguer nos efforts pour garantir une traçabilité rigoureuse, du site d’extraction à la commercialisation », a-t-il déclaré, rappelant l’existence des standards de l’OCDE et de la CIRGL, jugés encore insuffisants face aux pratiques illicites.

La ligne politique assumée est celle d’un État qui veut désormais fixer les règles du jeu. « Rendre la paix plus profitable que la guerre », résume Alexandre Liebeskind, responsable Afrique francophone au Centre Henri Dunant. Un objectif conforme au Cadre d’Intégration Économique Régionale, qui encourage la coopération transfrontalière pour transformer les minerais congolais en moteur de développement plutôt que de conflit.

L’enjeu dépasse la seule sécurisation des revenus : il s’agit, pour Kinshasa, de bâtir un système fiscal robuste capable de financer infrastructures, services sociaux et investissements productifs. Les richesses du sous-sol, longtemps captées par les groupes armés et les réseaux de contrebande, doivent désormais soutenir une économie nationale en quête d’industrialisation.

Un agenda international intensif

La présence de Judith Suminwa à Genève intervient au lendemain d’une nuit parlementaire consacrée à la défense du Projet de loi de finances 2026. Un enchaînement qui illustre la stratégie de son gouvernement : agir simultanément sur le front interne : sécurisation des revenus, réforme budgétaire, lutte contre les fuites fiscales et sur le front externe : diplomatie économique, attractivité et régulation des filières.

Accueillie par les représentants de la diplomatie congolaise à Berne et Genève, la Première ministre est venue défendre un « nouveau modèle » de gouvernance des ressources naturelles, présenté comme l’un des piliers de son Programme d’Actions 2024-2028. Celui-ci insiste sur la création d’emplois, la protection du pouvoir d’achat et la maximisation de l’impact socio-économique du secteur extractif.

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