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14 mai, 2026 - 18:29:55
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Uvira : le chaos comme arme, la stratégie du Rwanda et de l’AFC/M23 mise à nu

À Uvira, ville stratégique du Sud-Kivu, le retrait annoncé de l’AFC/M23 soutenu par le Rwanda a laissé place à une réalité plus sombre : celle d’un chaos organisé. Pillages, tentatives d’infiltration, menaces sur la cohésion communautaire. Les autorités provinciales dénoncent un scénario préparé à l’avance, destiné à discréditer le retour de l’ordre légal et à créer les conditions d’une réoccupation armée. Derrière l’apparente retraite, une méthode déjà éprouvée dans l’est de la RDC : frapper, se retirer, laisser le désordre, puis accuser l’État. Et amplifier ce scénario via des relais congolais, médias inclus, travaillant au service du Rwanda. Il s’agit d’une situation qui nécessite, à ce stade, la vigilance des forces régulières, l’engagement des Wazalendo et la maturité de la population pour déjouer une manœuvre, mieux, une stratégie de déstabilisation régionale menée par Kigali via ses supplétifs.

Dimanche 18 janvier 2026, Uvira se réveille dans une atmosphère de soulagement. La veille au soir, la coalition AFC/M23 appuyée par les RDF s’est retirée de la ville. Les forces patriotiques Wazalendo reprennent le contrôle. Dans les rues, les habitants célèbrent « le retour de la liberté et de la paix ».

Mais l’euphorie est de courte durée. Très vite, les autorités provinciales montent au créneau. Le gouverneur du Sud-Kivu, Jean-Jacques Purusi, met en garde contre un retrait qui n’en serait pas vraiment un. « Selon les renseignements, ils auraient laissé des hommes armés, en tenue civile, pour organiser le chaos, les pillages et l’intimidation », avertit-il. Objectif : semer la peur, provoquer des tensions communautaires, ternir l’image du retour à l’ordre.

Le retrait-piège, une méthode éprouvée

Les faits lui donnent raison. Des pillages de biens publics et privés sont signalés dans plusieurs quartiers. Les scènes de désordre, amorcées sous l’occupation rebelle, se poursuivent après leur départ. Des sources locales évoquent des complices volontairement laissés sur place par l’AFC/M23 pour créer un climat d’insécurité et imputer le désordre aux FARDC.

Plus grave encore : les rebelles ne se seraient pas éloignés. « Ils se sont repositionnés sur les hauteurs, à Kagongo, Katongo, Makobola 1 et 2, armes braquées vers la ville », précise le gouverneur. Un dispositif qui permettrait une réoccupation rapide au moindre prétexte.

Déstabiliser pour revenir

À Uvira, ville frontalière du Burundi, loin des bases arrière rwandaises, l’armée de Kigali opère en terrain défavorable. Loin de ses systèmes de défense et confrontée à une hostilité populaire manifeste, elle a été contrainte au repli. Mais ce repli n’est pas un renoncement. Il s’inscrit dans une logique de harcèlement et de manipulation déjà observée ailleurs dans l’est congolais.

Plusieurs sources locales évoquent des tentatives de provocation visant à fissurer la cohabitation entre communautés, notamment par l’instrumentalisation de la question banyamulenge. Là encore, le plan a échoué : les familles restées sur place ont célébré, avec les autres communautés, le départ des occupants.

Transformer le piège en opportunité stratégique

Contrairement aux communiqués à tonalité victorieuse diffusés à l’étranger par l’AFC/M23, le retrait d’Uvira ne relève ni d’un choix libre ni d’un apaisement. Il est le produit d’une pression militaire constante, qui a contraint les forces appuyées par le Rwanda à se replier tout en tentant de piéger la ville dans le chaos. Ce retrait, même piégé, constitue désormais un moment tactique que les FARDC doivent impérativement exploiter.

Sur le terrain, la dynamique est claire : l’activité dissuasive et offensive des forces régulières a bloqué toute projection rebelle vers le Katanga et imposé un rapport de force défavorable à l’ennemi. La reprise du contrôle effectif de la ville par les autorités légalement établies doit être effective pour neutraliser l’essentiel du scénario recherché afin de faire porter à l’État la responsabilité du désordre.

Mais ce succès reste réversible s’il n’est pas consolidé. Pour Kinshasa, l’enjeu est désormais d’empêcher toute reconstitution, en maintenant la pression militaire, en verrouillant les axes et en sécurisant durablement la ville et ses environs. Ce qui va permettre d’enrayer la mécanique de déstabilisation. Et ainsi, la stratégie rwandaise, fondée sur la guerre prolongée, le retrait tactique et l’imputation systématique du chaos à l’État congolais, sera butée sur deux réalités : la résistance militaire et la maturité sociale. La population ne suivra pas suivi le scénario écrit pour elle. Et les communautés resteront unies avec les institutions qui devront reprendre pied.

Sur le plan diplomatique, l’équation évolue également. La fiction d’un « conflit interne » perd de sa crédibilité, tandis que la prédation des ressources congolaises sous étiquette rwandaise est de plus en plus exposée sur la scène internationale. À Washington comme ailleurs, le message se précise : pas de paix, pas d’affaires durables dans les Grands Lacs.

Uvira restera un cas d’école. Celui d’un retrait-piège déjoué, mais aussi d’un avertissement. La stratégie du chaos a montré ses limites, sans pour autant disparaître. La vigilance ne suffit plus ; elle doit s’accompagner d’une action continue. Pour les FARDC, l’heure n’est pas au relâchement, mais à la consolidation, afin que la libération d’Uvira ne soit pas un épisode, mais un point de bascule durable.

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