La polémique enfle autour du dialogue politique voulu par Félix Tshisekedi. Tandis qu’une partie de l’opposition lui conteste la légitimité d’en fixer le cadre, le journaliste Éric Wemba y voit une posture « incohérente » au regard de l’histoire politique récente du pays. Selon lui, les mêmes acteurs avaient participé sans réserve aux concertations convoquées sous Joseph Kabila. De la Cité de l’Union africaine au Centre interdiocésain, tous les précédents dialogues avaient été impulsés par le pouvoir en place. Pour le patron d’Exclusif RDC, refuser aujourd’hui ce principe relèverait moins d’un débat institutionnel que d’un calcul politique.
Le débat sur le dialogue national prend une tournure résolument politique.
Alors que le président Félix Tshisekedi réaffirme sa volonté d’ouvrir des discussions « dans un cadre institutionnel » pour préserver l’unité nationale, plusieurs voix de l’opposition contestent son droit même à en être l’initiateur, estimant qu’il ferait « partie du problème ».
Une position que le journaliste Éric Wemba, patron du journal Exclusif RDC, juge sévèrement.
« Le président de la République Félix Tshisekedi a tendu sa main depuis le début de cette agression. Une ouverture au dialogue pour l’unité et la cohésion nationale. Et aujourd’hui qu’il précise que ce dialogue (…) devrait se dérouler dans un cadre institutionnel, l’opposition boude (…) Une absurdité », affirme-t-il.
Pour lui, l’argument ne résiste pas à l’histoire récente de la République démocratique du Congo.
Il rappelle qu’en 2011, après des élections contestées et sur fond de crise sécuritaire liée à la résurgence du M23, l’ancien président Joseph Kabila avait convoqué des « concertations nationales » à Kinshasa. Ces assises, organisées dans un cadre institutionnel, avaient été pilotées par les présidents des deux chambres du Parlement, Aubin Minaku et Léon Kengo.
« Au nom de quoi ces opposants avaient participé à ce dialogue convoqué par Kabila ? Ils estiment donc qu’à cette époque Kabila pouvait convoquer le dialogue et aujourd’hui Tshisekedi ne le peut pas ? Une incohérence », insiste Éric Wemba.
Selon lui, le précédent ne s’arrête pas là. Les rencontres politiques de la Cité de l’Union africaine comme le dialogue conduit par la Conférence épiscopale nationale du Congo avaient également été initiés sous l’ère Kabila. « Après les assises du Centre interdiocésain, la CENCO était allée faire rapport à Kabila. (…) Ce qui avait été pareil bien avant du dialogue de la Cité de l’Union africaine avec Edem Kodjo », rappelle-t-il.
Au-delà du cadre institutionnel, le journaliste avance une lecture plus critique des motivations de certains acteurs politiques. « Un autre nom du dialogue au Congo, c’est le partage du pouvoir, ainsi se terminent tous les dialogues en RDC. (…) Ils sont essoufflés et veulent se refaire une santé financière avec le partage du pouvoir », tranche-t-il.
Éric Wemba pousse la logique plus loin, estimant que ceux qui rejettent la légitimité du chef de l’État devraient clarifier leur positionnement politique : « S’ils disent que Tshisekedi est partie au conflit, au nom de quoi sont-ils en opposition contre lui ? Sinon, qu’ils s’identifient clairement comme M23. »
Il rappelle enfin que le cadre institutionnel issu des urnes demeure, selon lui, la référence centrale : des élections ont eu lieu, un président a été élu, et des opposants, à l’instar de Moïse Katumbi, siègent au Parlement à travers leurs élus.
Dans ce contexte, la controverse sur la légitimité du dialogue apparaît moins juridique que stratégique.
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