Un choix d’infrastructures aux implications décisives. Dans une tribune, l’ancien Premier ministre Samy Badibanga met en garde contre une dépendance accrue de la RDC au corridor de Lobito, au détriment du projet national de Banana. Alors que Kinshasa est appelée à trancher entre rapidité logistique et souveraineté économique, il plaide pour une vision de long terme fondée sur des investissements structurants. Au cœur du débat : l’avenir industriel du pays, la valorisation de ses minerais et la maîtrise de ses leviers de développement.
Ainsi, l’ancien Premier ministre appelle à une réflexion nationale approfondie sur l’orientation des infrastructures de transport, opposant deux options majeures : le corridor de Lobito, porté par l’Angola, et celui de Banana, envisagé comme axe structurant du développement interne.
Cette prise de position intervient dans un contexte marqué par le plaidoyer de la Première ministre Judith Suminwa à la Banque mondiale en faveur du redimensionnement du corridor de Lobito. Une option qui, pour Samy Badibanga, ne saurait être considérée comme neutre. « Ce n’est pas une discussion technique entre ingénieurs ; c’est une décision de civilisation et d’approche », affirme-t-il, soulignant la portée politique et économique du choix à opérer.
Le corridor de Lobito, en cours de réhabilitation avec l’appui de partenaires internationaux, présente un avantage immédiat : une liaison relativement courte de 430 kilomètres entre Kolwezi et Dilolo permettrait d’acheminer rapidement les minerais vers le port angolais. Une solution jugée pragmatique dans un contexte de pression économique et de besoin d’exportation rapide.
Mais pour l’ancien chef du gouvernement, cette option comporte des risques structurels. « Si nous laissons s’imposer Lobito comme axe principal d’évacuation, nous risquons de voir nos matières premières alimenter l’industrialisation des autres, tandis que la RDC restera cantonnée à l’exportation brute et à la dépendance logistique », avertit-il.
Face à cette perspective, Samy Badibanga met en avant le corridor de Banana, long de 3 300 kilomètres, qu’il décrit comme la « colonne vertébrale » d’un aménagement intégré du territoire. Ce projet permettrait de relier les principales régions productrices – Katanga, Kivus, Kisangani – à Kinshasa et au port de Banana, favorisant ainsi la multimodalité et le développement de chaînes de valeur locales.
Au-delà des infrastructures de transport, l’enjeu est également énergétique et industriel. Selon l’ancien Premier ministre, les ressources minières de la RDC doivent servir de levier pour financer des investissements structurants dans les chemins de fer, les routes et les centrales hydroélectriques. « Les minerais extraits en RDC ne sont pas une simple rente à évacuer ; ils constituent le socle d’une industrialisation nationale », insiste-t-il.
Le retard accusé par le corridor de Banana est reconnu, notamment en raison de trois décennies de conflits à l’Est du pays. Mais, pour Samy Badibanga, cette situation renforce justement la nécessité d’investir dans des infrastructures nationales capables de consolider la cohésion territoriale et de soutenir la sécurité. « L’infrastructure est à la fois un outil de développement et un instrument de sécurité nationale », rappelle-t-il.
Dans ce contexte, l’ancien Premier ministre appelle à l’élaboration d’un plan décennal ambitieux de désenclavement, plaçant Banana au cœur de la stratégie nationale. Il plaide également pour l’ouverture d’un débat inclusif associant élus, experts, entreprises et société civile, afin de trancher ce choix structurant.
« Construire nos propres infrastructures n’est pas un luxe, c’est une nécessité pour transformer nos ressources en richesse partagée. Le pays doit décider : céder au raccourci pratique ou investir dans la souveraineté », conclut-il.
Corridors de Banana et Lobito : ALERTE, l’avenir économique de la RDC en question
La RDC est-elle en train de perdre son plus puissant levier de développement économique? Nos minerais ne sont pas seulement une richesse exceptionnelle, ils sont notre principal vecteur de développement économique, d’aménagement du territoire source essentielle de prospérité, de sécurité et de souveraineté à long terme. Ce sont les minerais qui justifient et rentabilisent les investissements dans les infrastructures de transport et énergie, qui eux- mêmes constituent les fondations et la colonne vertébrale de notre développement économique et social.
Il est crucial de comprendre à quel point nous sommes aujourd’hui face à un choix qui déterminera notre avenir économique pour longtemps. Le corridor de Banana est la colonne vertébrale de notre développement économique. Lobito est un axe majeur de développement de l’Angola. Il ne manque au corridor de Lobito que la section ferroviaire de Kolwezi à Dilolo pour rejoindre le rail qui mène au port de Lobito en Angola. Le corridor de Banana, long de 3300 km avance également rapidement, sous l’impulsion du Chef de l’Etat, mais accuse un retard notable par rapport à celui de Lobito. Les 30 ans de guerre d’agression à l’est n’y sont pas étrangers.
Dans le monde entier, les activités industrielles se développent toujours le long d’un axe d’infrastructures offrant une haute performance logistique et une énergie à bas coût. C’est la réalité des plus grands corridors économiques mondiaux en Chine (Yangtsé), aux Etats-Unis (Great lakes) et en Europe (Banane Bleue). Sans infrastructures performantes de transport, il est impossible de développer la production agricole. Or la RDC est déjà identifié comme un des 6 pays (Brésil, RDC, Ukraine, Indonésie, Turquie, Australie) pouvant devenir une grande puissance agricole mondiale, à condition de disposer des infrastructures logistiques. Et pour l’énergie, nous avons tout le potentiel nécessaire d’hydroélectricité. Mais ce sont les minerais qui justifient la rentabilité des investissements massifs dans les infrastructures de transport et énergie, telles que les lignes ferroviaires, routes et plateformes multimodales, et les centrales hydroélectriques. Si tous nos minerais quittent notre territoire vers l’Angola, nous risquons de perdre le levier qui justifie les investissements en infrastructures de transport logistique et énergie qui permettront le développement industriel national. L’enjeu est immense car il s’agit de million d’emplois et de centaines de milliards de dollars de PIB et d’investissements. Force est de constater que jusqu’à aujourd’hui, les partenaires internationaux ne se sont intéressés et n’ont financé que le corridor de Lobito.
Et il ne s’agit pas seulement d’économie. Le Président de la République a dit le 8 avril que « chaque infrastructure doit être une pierre de plus posée à l’édifice de notre souveraineté économique et de notre puissance nationale». Le corridor de Banana est la colonne vertébrale des infrastructures nationales, sur lequel pourront progressivement se connecter les autres provinces du pays, notamment Kisangani et les Kivus. Il faut rappeler que c’est l’absence d’infrastructures de transport-logistiques qui est précisément l’une des faiblesses et causes majeures de la guerre de 30 ans à l’Est. L’aménagement du territoire, et les infrastructures sont ainsi la condition sine qua none de notre sécurité et souveraineté.
La priorité à donner à notre développement national par le corridor de Banana mérite par conséquent un véritable débat national réunissant les élus, les économistes et spécialistes des infrastructures, les entreprises et les syndicats. Le risque est considérable puisque l’opportunité historique de saisir le levier de développement par nos minerais s’envole et qu’il va développer les corridors d’industrialisation des pays voisins. Il faut toujours se rappeler que personne ne défendra les intérêts de la RDC à notre place.
Au Katanga, choisir de développer et réhabiliter le rail qui mène de Kolwezi à la frontière angolaise à Dilolo, sur environ 430 km, c’est faire le choix d’une solution temporaire pour l’évacuation des minerais, qui risque de devenir une réalité à long terme. A la place, construire une voie ferrée performante de Kolwezi au Kasaï, puis vers Kikwit et Kinshasa, c’est faire le choix de disposer de nos propres infrastructures de souveraineté et développe la multimodalité indispensable à la performance d’un corridor, ceci demeure la priorité des priorité, car c’est à partir de ces infrastructures que nous pourrons développer notre agriculture et les industries minières et agroalimentaires, sans compter la valeur ajoutée d’un secteur logistique puissant. Le général américain Eisenhower disait que« les amateurs discutent de stratégie, les professionnels parlent de logistique ». Ouvrons sans tarder le débat de la logistique et mettons en œuvre en priorité un véritable plan décennal de développement de corridor économique et industriel sur notre territoire.
Samy BADIBANGA

