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Guerre au Moyen-Orient : un fiasco stratégique pour les États-Unis

Alors que la trêve reste fragile, les États-Unis et l’Iran se rapprochent d’un accord temporaire visant à mettre fin à leur conflit, ont indiqué, jeudi 7 mai dernier, plusieurs sources et responsables américains. Soixante-quatorze jours après, l’évolution de cette guerre démontre que Les États-Unis sortent du conflit sans avoir rien obtenu. C’est la preuve qu’une supériorité militaire ne signifie pas une supériorité politique. Un rapport secret de la CIA a d’ailleurs révélé l’échec de la stratégie de Donald Trump en Iran. 

Donald Trump souffle le chaud et le froid sur l’Iran, oscillant entre menaces de chaos et retrait naval. Mais la réalité est cinglante, un rapport secret de la CIA révèle que Téhéran est loin d’être à genoux. Le temps est devenu l’allié des Iraniens. Ce qui contraste fortement avec les déclarations initiales de Donald Trump qui promettait de « ramener l’Iran à l’âge de pierre ». Finalement, Téhéran semble avoir démontré sa capacité de résistance et de nuisance.

Dès lors, plusieurs questions s’imposent : les États-Unis ont-ils réellement atteint leur objectif, la guerre au Moyen-Orient étant devenue un problème de politique intérieure ? Qui sort gagnant de cette guerre ? Et surtout ce cessez-le-feu peut-il réellement tenir dans la durée ?

Car au-delà du terrain militaire, les conséquences sont déjà visibles : risque de crise économique mondiale, affaiblissement de la crédibilité américaine, tensions au sein de l’OTAN…

Le temps joue contre les États-Unis

Donald Trump se déchaine. Un jour, il promet un étau total contre l’Iran ; le lendemain, il s’extasie sur sa plateforme Truth Social en racontant que les missiles iraniens tombent en mer « comme des papillons ». Entre annulations d’opérations navales et menaces de bombardements, le président américain semble privilégier le chaos à la stratégie.

Et Téhéran reste étonnamment calme. Les Iraniens ont compris une vérité que Washington feint d’ignorer : le temps ne joue plus en faveur de la Maison Blanche.

C’est ce que révèle un rapport secret de la CIA, qui a été divulgué sur le « Washington Post » et qui a fait l’effet d’une bombe à Washington la semaine dernière. Cette analyse démolit pratiquement point par point la rhétorique guerrière publique de Donald Trump. Alors que le président donne depuis des jours l’impression que l’Iran est presque vaincu militairement, les services secrets américains parviennent à une autre conclusion : le régime est affaibli, mais loin d’être à bout.

Selon la CIA, l’Iran disposerait encore de 70% de son arsenal de missiles et des trois quarts de ses rampes de lancement mobiles. Point particulièrement préoccupant : selon le rapport, l’Iran aurait « largement remis en état » ses dépôts souterrains de missiles et serait déjà en mesure, dans certains cas, de réparer les missiles endommagés ou d’en assembler de nouveaux. Un responsable américain a même déclaré au journal que la situation était « loin d’être aussi catastrophique que certains le prétendent ».

L’agence américaine estime également que l’Iran pourrait tenir le coup face au blocus américain pendant au moins trois à quatre mois. Peut-être plus. Le pétrole est stocké temporairement sur des pétroliers. De nouvelles routes de contrebande via l’Asie centrale sont déjà en train de voir le jour. L’Iran réduit même sciemment la production de certains champs pétroliers afin de maintenir l’infrastructure en état de fonctionnement à long terme. Le pays mise sur le fait que Washington finira par céder en premier.

Pour Donald Trump, la guerre devient un problème de politique intérieure

Donald Trump a besoin de victoires rapides. Au lieu de cela, il se retrouve avec une envolée des prix du pétrole, des marchés nerveux et de plus en plus de doutes quant à sa stratégie. Le détroit d’Ormuz reste une poudrière. Donald Trump, qui avait promis à ses électeurs une baisse des prix de l’essence, se retrouve soudain en position de président des pompes à essence hors de prix.

Et les élections de mi-mandat approchent. De nombreux républicains s’inquiètent. La base électorale de Donald Trump ne voulait pas d’une nouvelle guerre au Moyen-Orient, et encore moins d’une guerre d’usure sans objectif clair.

Le chancelier allemand, Friedrich Merz, a récemment déclaré que Washington avait été « humilié » par Téhéran. L’Espagne, quant à elle, a déjà bloqué, lors de la récente intervention en Iran, l’utilisation de bases militaires communes par les États-Unis. Un affront exceptionnel entre partenaires de l’OTAN.

La Chine observe attentivement

La Chine observe, elle aussi, le conflit avec une attention grandissante. Selon le « New York Times », les États-Unis ont déjà consommé d’énormes quantités de missiles de croisière et de munitions de précision. À Pékin, les stratèges militaires discutent désormais ouvertement de savoir si Washington serait encore en mesure de défendre Taïwan efficacement en cas d’attaque.

Pour Xi Jimping, cette situation vaut de l’or. Alors que les États-Unis gaspillent leurs ressources au Moyen-Orient, la Chine continue d’étendre son influence. Dans le même temps, Washington a soudainement plus que jamais besoin de Pékin, par exemple stabiliser le marché pétrolier ou pour faire pression sur l’Iran. Cela modifie l’équilibre des forces géopolitiques. Donald Trump va poser le pied à Pékin, les 14 et 15 mai, sans victoire militaire, sans coalition et avec 62% de désapprobation dans les sondages américains (source : Washington Post-ABC News-Ipsos publié le 3 mai 2026).

Les Iraniens n’ont pas besoin de vaincre Donald Trump. Il leur suffit de tenir suffisamment longtemps. Chaque jour supplémentaire sans succès américain clair affaiblit Washington sur le plan international, économique, militaire et politique.

Il ne reste à Donald Trump que de mauvaises options

En réalité, Donald Trump n’a plus que trois options. Premièrement : l’escalade, c’est-à-dire davantage de bombardements et des attaques plus violentes. Peut-être même une tentative de changement de régime. Cependant, ce serait incendiaire car toute la région pourrait exploser.

Deuxièmement : un accord. Mais sans doute un accord nettement moins favorable que les exigences initiales de Donald Trump. C’est précisément là-dessus que Téhéran semble miser. L’Iran se montre disposé à dialoguer, mais uniquement à des conditions qui maintiendraient de facto son programme nucléaire.

Ou troisièmement : Donald Trump présente l’impasse comme une victoire. Ce serait typique du président américain. Mais c’est là que réside l’ironie amère de ce conflit. Le président, qui a toujours misé sur la vitesse, se bat soudain contre un régime qui joue la montre.

Échec américain 

Si l’Iran n’a pas gagné cette guerre, un fiasco stratégique des États-Unis ne fait l’ombre d’aucun doute. Les Américains ont échoué.

Ils se sont mis dans une situation où ils sont entrés dans cette guerre sans objectif clair. Très précisément, c’est le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, qui a poussé Donald Trump vers la guerre avec l’Iran. Et les Américains en sortent sans avoir rien obtenu, et au contraire, après avoir aggravé la situation, puisque le détroit d’Ormuz, qui était libre avant la guerre, est maintenant occupé. Mais plus profondément, les Américains sont mis dans une situation où, si le cessez-le-feu perdurait quelques semaines, ils ne pourront plus intervenir.

Les États-Unis ont donc fait la démonstration que l’utilisation de la force militaire exceptionnelle, extraordinaire, qui est la leur, ne débouche pas sur des objectifs politiques.

Robert Kongo, correspondant en France

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