Le ministre provincial des Infrastructures de Kinshasa, Alain Tshilungu, se retrouve sous une pression politique accrue après son audition à l’Assemblée provinciale. Insatisfait des réponses fournies lors d’une question orale avec débat, le député provincial de Bandalungwa, Jared Phanzu Babaka, a décidé de transformer sa démarche en interpellation parlementaire. L’élu dénonce notamment l’absence de données vérifiables, l’opacité des marchés publics et le manque de visibilité sur les financements et les projets d’infrastructures dans la capitale congolaise. Un nouvel épisode de contrôle parlementaire qui expose les failles de gouvernance autour des travaux publics à Kinshasa.
Le climat politique s’est davantage tendu jeudi à l’Assemblée provinciale de Kinshasa autour de la gestion des infrastructures urbaines. Le député provincial Jared Phanzu Babaka a annoncé la transformation de sa question orale avec débat en interpellation contre le ministre provincial des Infrastructures, Travaux publics, Affaires foncières, Urbanisme et Habitat, Alain Tshilungu.
Cette décision intervient après l’audition du ministre devant les députés provinciaux, au cours de laquelle les explications fournies n’ont pas convaincu l’élu de Bandalungwa. Jared Phanzu Babaka affirme toutefois que cette initiative ne constitue pas « une volonté de sanction immédiate », mais plutôt une démarche visant à obtenir davantage de clarté et de transparence sur la gestion des infrastructures dans la capitale congolaise.
Des réponses jugées incomplètes et imprécises
Dans ses observations, le député provincial pointe plusieurs insuffisances majeures dans les réponses du ministre. Il évoque notamment « l’absence de données précises et vérifiables », « le défaut de cartographie claire des projets », « l’opacité sur les coûts initiaux et les avenants », ainsi que « le manque de transparence sur les entreprises attributaires des marchés publics ».
L’élu critique également « l’imprécision sur la répartition des financements entre le Gouvernement central et le Gouvernement provincial » ainsi que « l’absence de planification cohérente des travaux ».
Pour Jared Phanzu Babaka, ces zones d’ombre alimentent la confusion autour de la gestion des infrastructures dans une ville confrontée à des difficultés urbaines grandissantes.
Une capitale confrontée à une dégradation généralisée
Au cœur de cette offensive parlementaire figure un constat sévère sur l’état général des infrastructures de Kinshasa. Dans l’exposé de sa question orale avec débat, le député estime que la capitale fait face à « une dégradation généralisée de ses voiries », à « une urbanisation anarchique » et à « une gestion peu lisible du foncier urbain ».
Les récentes pluies ayant frappé Kinshasa sont également citées comme révélatrices des insuffisances structurelles de la ville en matière de drainage et d’assainissement.
« Les annonces publiques contrastent fortement avec la réalité observée par nos concitoyens, marquée par des chantiers inachevés, des projets non visibles et un déficit de communication institutionnelle claire et vérifiable », souligne-t-il dans son document adressé au ministre provincial.
Le député provincial cite notamment la situation critique de plusieurs axes routiers stratégiques de Bandalungwa, particulièrement l’avenue Kasa-Vubu et certains de ses tronçons fortement dégradés malgré les annonces de réhabilitation.
Des interrogations sur les financements et les marchés publics
À travers cette démarche parlementaire, Jared Phanzu Babaka veut également obtenir des explications détaillées sur les mécanismes de financement des infrastructures urbaines.
Il rappelle qu’il a été publiquement affirmé que plusieurs travaux à Kinshasa étaient pris en charge par le Gouvernement central. Dès lors, il interroge l’exécutif provincial sur « la justification de l’allocation et de l’exécution des budgets provinciaux votés pour les infrastructures au cours des deux dernières années ».
L’élu exige également une cartographie exhaustive des projets en cours afin de distinguer clairement ceux relevant du Gouvernement provincial de ceux financés par le pouvoir central.
Parmi les autres préoccupations figurent les procédures de passation des marchés publics, l’identité des entreprises attributaires, les bureaux d’études impliqués ainsi que les mécanismes de contrôle technique des travaux exécutés.
Zando, foncier urbain et patrimoine public au centre des préoccupations
L’interpellation vise aussi plusieurs dossiers sensibles liés à la gestion du patrimoine urbain. Jared Phanzu Babaka réclame notamment une situation exhaustive et actualisée du foncier de Kinshasa, incluant les occupations irrégulières, les espaces non lotis et les concessions attribuées.
Le député provincial demande également des précisions sur la récupération des espaces publics et les mesures d’accompagnement prévues pour les populations concernées.
Le dossier du Grand Marché central de Kinshasa, communément appelé Zando, figure aussi parmi les sujets majeurs abordés. L’élu veut obtenir un état détaillé et chiffré du projet, notamment les capacités réelles de l’ouvrage, les coûts initiaux, les avenants financiers ainsi que les échéances de mise en service.
L’opération « Bala Bala Eza Wenze Te » est également questionnée. Jared Phanzu Babaka souhaite connaître la stratégie mise en place pour doter Kinshasa de marchés modernes capables d’accueillir durablement les commerçants occupant les voies publiques.
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