Brazzaville accueille, en marge des Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement (BAD), une nouvelle offensive diplomatique et financière autour de la santé maternelle en Afrique. Mardi 26 mai, l’UNFPA et la BAD ont signé un protocole d’accord présenté comme un tournant stratégique : faire de la réduction des décès maternels évitables non plus seulement un enjeu humanitaire, mais un moteur de développement économique pour le continent.
Derrière cet accord, une conviction commune : l’avenir économique africain dépend aussi de la capacité des États à protéger les femmes et à investir dans le capital humain. L’initiative marque un changement de discours. La santé maternelle quitte progressivement le seul registre de l’assistance sociale pour entrer dans celui de la productivité, de la croissance et de la résilience économique.
Pour les deux institutions, l’Afrique ne pourra pleinement bénéficier de son « dividende démographique » — cette dynamique liée à l’augmentation de la population active — sans investissements massifs dans la santé reproductive, la protection des femmes et l’autonomisation des jeunes.
« L’Afrique dispose d’une immense opportunité si nous réalisons des investissements stratégiques en faveur des femmes et des jeunes », a déclaré Diene Keita, directrice exécutive adjointe de l’UNFPA. « Le progrès économique du continent ne sera possible que si nous faisons de la santé des femmes une priorité et relevons l’un des défis de développement les plus urgents de l’Afrique : les décès maternels évitables. »
Miser sur les infrastructures et le numérique
Malgré les progrès enregistrés ces dernières années, les systèmes de santé africains demeurent confrontés à de profondes fragilités : infrastructures insuffisantes, ruptures d’approvisionnement, déficit de personnels qualifiés et faiblesse persistante des budgets publics.
Face à ces défis, l’UNFPA et la BAD entendent accélérer le recours à des mécanismes de financement innovants et à la transformation numérique des services de santé.
La feuille de route commune repose sur plusieurs axes : la digitalisation de la formation des personnels de santé, le renforcement des chaînes logistiques locales pour les produits de santé reproductive, la construction d’infrastructures sanitaires capables de résister aux effets du changement climatique ainsi que la modernisation des systèmes d’information sanitaire.
L’objectif est aussi de permettre aux États africains de mieux piloter leurs politiques publiques grâce à des données démographiques et sanitaires plus fiables.
Une coopération ancienne, des résultats revendiqués
Cette alliance s’inscrit dans une coopération engagée depuis plus de trente ans entre les deux institutions. Depuis 1992, la BAD et l’UNFPA multiplient les programmes conjoints dans plusieurs régions du continent.
En Côte d’Ivoire, les deux partenaires mettent notamment en avant la modernisation des bases de données démographiques à travers le recensement national de la population. Au Cameroun, le déploiement des soins obstétricaux d’urgence dans onze districts sanitaires permet une hausse significative de la couverture prénatale et de l’accès à la contraception moderne.
À Madagascar, des programmes intégrant l’accès à l’eau, l’assainissement et la santé reproductive sont développés dans plusieurs zones rurales. En Afrique orientale et australe, les questions de genre et de santé sexuelle sont progressivement intégrées dans les stratégies nationales d’adaptation au changement climatique.
Faire entrer la santé des femmes dans les budgets d’État
Au-delà des programmes sectoriels, les deux institutions veulent désormais pousser les gouvernements africains à intégrer pleinement les enjeux démographiques et sanitaires dans leurs politiques budgétaires.
L’ambition affichée est claire : convaincre les États que les dépenses liées à la santé maternelle et aux droits des femmes constituent un investissement économique stratégique plutôt qu’un simple coût social.
À Brazzaville, ce partenariat envoie ainsi un signal politique fort aux décideurs africains. Dans un continent où la croissance démographique reste l’une des plus rapides du monde, la question du capital humain s’impose désormais comme un enjeu central des politiques de développement.
La santé maternelle devient ainsi, pour la BAD et l’UNFPA, un indicateur économique autant qu’un impératif sanitaire.
Wilfrid Lawilla à Brazzaville

