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15 juillet, 2026 - 21:54:12
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Réforme constitutionnelle : la CENCO dans le procès du pouvoir, silencieuse face au Rwanda

Prenant le contre-pied de l’Église du Christ au Congo (ECC), la CENCO s’inscrit en faux contre tout changement de la Constitution du 18 février 2006, pour laquelle elle s’était réservée lors du référendum de décembre 2005, privilégiant ainsi le « Pacte républicain » signé par les belligérants en décembre 2002 à Pretoria. Au nom de la nation en péril, elle a rabroué le pouvoir parce que, d’une part, le pays est toujours en guerre, que des pans entiers des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu sont contrôlés depuis quatre ans par l’AFC-M23 et que, d’autre part, le conflit se poursuit avec son lot de morts, de déplacés internes et de réfugiés, tandis que des armées étrangères se sont installées au Congo. Une mise en garde est adressée au Président de la République afin qu’il respecte la Constitution, au risque d’engager sa responsabilité personnelle et historique, pendant que la population est conviée à la vigilance et appelée à se tenir prête pour s’opposer à toute tentative de modification des articles verrouillés. Cependant, la CENCO occulte les causes de la guerre imposée à la RDC par le Rwanda depuis trois décennies, avec son cortège de millions de morts, de déplacés et de réfugiés, disculpe, contrairement au Conseil de sécurité, les troupes rwandaises de l’occupation des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, et entretient la confusion entre les armées invitées et les armées occupantes. Comble de tout, elle n’est pas en mesure de dire en quoi la légalité serait bafouée par la proposition de loi référendaire. Défenseurs de la « congolité » de la crise à l’Est, les prélats catholiques engagent un autre bras de fer avec le régime Tshisekedi après celui de la vérité des urnes.

Après que l’ECC n’a pas exclu l’éventualité de la révision ou du changement de la Constitution, l’Église catholique, à travers la CENCO, vient de prendre le contre-pied de sa partenaire avec laquelle elle s’était investie corps et âme pour le triomphe du « Pacte social pour la paix et le bien-vivre ensemble en RDC et dans les Grands Lacs ». À l’issue de sa session plénière extraordinaire tenue du 18 au 20 juin à Kinshasa, elle s’est inscrite en faux contre tout changement de la Constitution, considérée comme un « Pacte républicain », un compromis historique chèrement acquis après toutes les crises connues dans le pays depuis l’indépendance.

Les prélats catholiques sont catégoriques : « La nation est en péril ». Et pour cause : le pays est toujours en guerre, des pans entiers des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu sont contrôlés depuis quatre ans par l’AFC-M23 qui y consolide son administration, le combat continue avec son lot important de morts, ainsi que de déplacés internes et de réfugiés vivant dans des conditions inhumaines, des armées étrangères se sont installées au Congo, sans compter des groupes armés, dont les ADF-NALU, qui sont en train de massacrer des milliers de Congolais. Ils ajoutent qu’il s’observe, pendant ce temps, une tension croissante née de la campagne de la majorité au pouvoir, menée avec les moyens de l’État, en faveur du changement de la Constitution du 18 février 2006. Cette campagne se déroule dans un climat de terreur, sur fond de répression de l’opposition par la Police nationale et une milice dénommée « Force du progrès », voire au mépris même des partisans du pouvoir qui sont d’avis contraire.

La CENCO alerte ainsi sur un éventuel danger s’il devait y avoir un passage en force pour le changement de la Constitution. Le pays courrait alors d’énormes risques de balkanisation. De la sorte, une guerre civile est également à redouter dans un contexte où les rivalités politiques revêtent des connotations ethniques et tribales. Par conséquent, elle ne voit ni la nécessité, ni l’urgence, ni l’opportunité d’un changement de la Constitution. La priorité aujourd’hui en RDC, selon elle, demeure la paix, le bien-être social du peuple congolais, l’unité et la cohésion nationale.

Mise en garde au président de la République

Dans le message sanctionnant leur réunion extraordinaire, les prélats catholiques ont réaffirmé leur engagement, depuis les origines de la CENCO, en faveur du respect de l’ordre constitutionnel comme gage du maintien d’une paix durable. Ils ont ainsi formulé plusieurs recommandations à l’endroit de personnes physiques et morales : aux agents ecclésiastiques et pastoraux, ils demandent d’assurer une large diffusion de leur message et d’éveiller, de diverses manières, la conscience des fidèles ainsi que celle des hommes de bonne volonté afin de résister aux manipulations visant le changement de la Constitution et d’attendre, le moment venu, des instructions sur les actions à mener ; à la population, ils recommandent de faire preuve de vigilance afin de s’opposer, par tous les moyens légaux et pacifiques, à toute modification des articles verrouillés.

Quant au Président de la République, une véritable mise en garde lui est adressée, l’invitant à honorer le serment prêté devant Dieu et la Nation, à respecter et à défendre la Constitution promulguée en 2006. Agir autrement engagerait sa responsabilité personnelle et historique.

Que veulent donc dire les évêques par l’expression « engager sa responsabilité personnelle » ? Est-ce à dire que la CENCO entendrait lui intenter, le moment venu, un procès à l’instar de la C64, qui s’est prévalue d’une plainte restée sans suite, ou semble-t-elle lui promettre la foudre ?

Confession religieuse comme toutes les autres qui se sont prononcées sur cette question qui défraie la chronique, l’Église catholique est libre de donner son opinion, laquelle ne s’impose aucunement à la Nation. Sa démarche est à la limite manipulatrice, voire malhonnête. Elle semble ne pas reconnaître, contrairement à ce que prévoit la Constitution dont il est question, au chef de l’État les prérogatives lui permettant d’agir dans un sens comme dans un autre pour le bien commun. Comment ne pas le relever, dès lors que, dans leur démarche, les évêques catholiques paraissent avoir omis intentionnellement l’éventualité d’une révision de la Constitution ?

C’est donc un énième bras de fer que la CENCO vient d’engager avec le Président de la République après celui portant sur la « vérité des urnes ». Le contraire aurait étonné. Et la mauvaise foi des prélats catholiques est manifeste dans la mesure où ils minimisent les réalisations du pouvoir actuel dans un contexte dominé par la guerre injustement imposée au pays depuis trois décennies, une guerre qui a envoyé et continue d’envoyer gratuitement à la mort des millions de Congolais et qui sert d’alibi aux pillages systématiques des ressources du pays.

Comment faire la paix en occultant les vraies raisons de la guerre ?

La priorité aujourd’hui en RDC, ont déclaré les évêques catholiques, c’est la paix, le bien-être social du peuple congolais, l’unité et la cohésion nationale. Ils ont, par ailleurs, exprimé leur dépit face à une guerre qui se poursuit avec son lot de morts, de déplacés et de réfugiés vivant dans des conditions inhumaines.

Une question vaut alors son pesant d’or : comment faire la paix en occultant les vraies raisons de la guerre ? Les pères spirituels parlent de la guerre, mais ils ignorent superbement ses véritables causes, alors que celles-ci sont évoquées notamment dans des résolutions du Conseil de sécurité ainsi que dans les rapports d’organisations non gouvernementales crédibles à travers le monde. Les accords signés à Washington au début du mois de décembre 2025, notamment l’Accord de paix RDC-Rwanda dénoncé avec fracas par le cardinal Fridolin Ambongo, sont assez explicites à ce sujet. Il ne s’agit pas de créations de l’IA (Intelligence artificielle).

Pourquoi la CENCO n’a-t-elle jamais mobilisé autant la population contre le Rwanda et son président Paul Kagame, à qui sont attribuées de lourdes responsabilités dans le drame congolais ? Pourquoi n’a-t-elle jamais condamné le régime de Kigali sur ce qui est présenté comme un secret de Polichinelle ?

Pourquoi ne se risque-t-elle pas à avancer le nombre de Congolais tués depuis trente ans, victimes d’un conflit meurtrier, au lieu de faire seulement allusion à des milliers de morts massacrés par des groupes armés, dont les ADF-NALU en Ituri ? Donc, les Congolais tués par le Rwanda et ses supplétifs de l’AFC-M23 ne vaudraient même pas un penny ?

De quelle population parle la CENCO quand, de passage à Goma en provenance du Rwanda après la chute de cette ville, ses membres n’ont pas manifesté la moindre compassion envers une population meurtrie et ne se sont pas donné la peine de consoler les nombreux blessés et malades admis dans les hôpitaux ? S’incliner devant la mémoire de milliers de morts, dont certains corps se trouvaient à la morgue tandis que d’autres gisaient encore dans les rues, était donc le cadet de leurs soucis ?

Paradoxalement, ils ont fait l’apologie du bourreau de leurs compatriotes, appréciant, à leurs yeux, les libéralités reçues dans la perspective de « congoliser » la crise à l’Est et de faire triompher les thèses de leur protégé Paul Kagame en Afrique, en Occident et en Asie.

Les évêques catholiques n’ignorent pas l’agenda de Paul Kagame sur la RDC. Pourtant, ils n’ont jamais condamné ses revendications sur des terres congolaises, ni le pillage systématique des richesses du pays dont il est accusé d’être l’un des principaux bénéficiaires. Ils vont jusqu’à disculper ses troupes de l’occupation de pans entiers des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, prétextant que cette partie du pays est, depuis quatre ans, sous le contrôle de l’AFC-M23 qui y consolide son administration. Ce mouvement est même qualifié de mouvement non anarchique et d’aspiration du peuple par l’ancien Président Joseph Kabila.

Procès d’intention

Au point 5 de son message, la CENCO note : « Certains tenants du changement de la Constitution du 18 février 2006 ne cachent plus leur principale motivation qui est d’offrir un autre cycle de mandats à l’actuel Président de la République. Ce serait une rupture du « Pacte républicain », qui est un compromis historique chèrement acquis après toutes les crises connues dans le pays depuis l’indépendance. »

Les prélats catholiques parlent de « certains tenants du changement de la Constitution ». Donc, il ne s’agit pas de toute la majorité au pouvoir. Pourquoi donc procéder par induction pour fonder leur raisonnement ? Même dans cette hypothèse, le vœu de cette partie, non représentative à elle seule du peuple congolais, a-t-il été avalisé par les institutions de la République au point de s’imposer à toute la Nation ? Il s’agit là d’une forme de manipulation de l’opinion, voire d’une tentative d’incitation à la révolte sans fondement évident.

L’argumentation des prélats catholiques soulève également des interrogations en ce qui concerne la proposition de loi référendaire. À cet effet, le point 6 de leur message est ainsi libellé : « (…) une des conséquences de la loi fixant les conditions d’organisation du référendum, votée sous prétexte de combler un vide juridique, serait de rendre possible un référendum qui permettrait de toucher, en violation de l’ordre constitutionnel, aux matières déjà intangibles verrouillées par l’article 220. Et pourtant, cet article représente un véritable rempart contre la dictature et la privatisation de l’État. »

Ce raisonnement apparaît, aux yeux de ses critiques, pour le moins discutable. Le référendum est-il, oui ou non, prévu par la Constitution ? Est-il prévu pour d’autres matières non constitutionnelles ? Est-il envisagé en cas de révision constitutionnelle ? La loi référendaire fait-elle, oui ou non, partie du droit positif congolais ? Le Parlement a-t-il déjà légiféré dans ce domaine depuis la promulgation de la Constitution ? Existe-t-il, oui ou non, un vide juridique en la matière ? Le combler est-il interdit ou anticonstitutionnel ? La Constitution a-t-elle fixé un calendrier pour ce faire ? Enfin, quelles dispositions constitutionnelles, légales ou réglementaires seraient effectivement violées par cette initiative législative ?

Autant de questions qui alimentent le débat autour de la réforme référendaire et de l’interprétation des mécanismes constitutionnels prévus par la loi fondamentale.

Les pères spirituels n’ont pas jugé nécessaire de répondre à cette batterie de questions, du reste non exhaustive. Ils ont emprunté un raccourci en prêtant facilement des intentions à la majorité au pouvoir et au Président de la République. Pourtant, cette loi peut servir dans le cadre d’une révision constitutionnelle, laquelle n’est pas un changement de Constitution, une distinction que les prélats catholiques semblent passer sous silence dans leur diatribe. De plus, l’une de ses dispositions prévoit la mise en place d’une commission ad hoc pouvant, après débat, opter soit pour une révision constitutionnelle, soit pour un changement de Constitution. Jusque-là, aucune faute n’est consommée et une telle agitation peine à s’expliquer.

La CENCO reprend le discours de l’opposition

À l’instar de l’ECC, la CENCO avait, pour éclairer sa réflexion, fait appel à deux experts : Delly Sesanga pour l’opposition et Isaac Jean-Claude Tshilumbayi, premier vice-président de l’Assemblée nationale, pour la majorité au pouvoir. Cependant, c’est le discours développé par le représentant de l’opposition qui transparaît, de bout en bout, dans leur message.

Toutefois, affirmer que le « Pacte républicain » signé par les belligérants en Afrique du Sud en décembre 2002, colonne vertébrale de la Constitution du 18 février 2006, a mis fin à toutes les crises connues dans le pays depuis l’indépendance relève d’une contre-vérité. Il s’agit d’une présentation discutable de l’histoire, qui semble compter sur l’autorité morale de l’Église pour emporter l’adhésion de l’opinion.

Avant la première guerre dite de libération de l’AFDL, déclenchée en 1996, le Zaïre n’était pas en guerre. C’est l’échec de la Conférence nationale souveraine au début des années 1990 qui, à la suite des crises politiques qui s’en sont suivies, a constitué un terreau favorable à la guerre importée du Rwanda, avec en toile de fond le génocide rwandais de 1994.

Est-ce à cause de l’absence d’un « Pacte républicain » dans l’ex-Zaïre que les troupes rwandaises ont traversé la frontière congolaise pour se lancer à la poursuite des éléments génocidaires de l’armée de feu le Président Juvénal Habyarimana ? Est-ce par défaut de ce pacte que l’Ouganda a soutenu le MLC et d’autres mouvements armés ? Est-ce par manque de cette convention que Paul Kagame revendique des terres congolaises, pille les richesses du pays, se livre au carnage de sa population et favorise la création de rébellions successives en RDC ?

Pourquoi Mgr Christophe Munzihirwa, d’heureuse mémoire, a-t-il été fauché ? Qui lui a ôté la vie et pour quelles raisons ? Était-ce également par manque d’un Pacte républicain au Congo ?

Les origines de la guerre en RDC sont connues et largement documentées. Les prélats catholiques ont beau faire semblant de les ignorer, ils connaissent cette réalité. Selon leurs détracteurs, d’autres considérations les pousseraient à minimiser la responsabilité du Rwanda et à vouloir « congoliser » la guerre à l’Est.

Et alors même que les États-Unis, considérés par certains analystes comme l’un des acteurs historiques ayant influencé la dynamique régionale, semblent aujourd’hui privilégier une approche de stabilisation à travers les accords conclus entre Kinshasa et Kigali, le cardinal Fridolin Ambongo s’y oppose ouvertement, sans paraître partager cette nouvelle orientation diplomatique.

De toutes les façons, les prélats catholiques ne sont pas au-dessus de la loi. Leur Église n’est pas une institution de la République. Ils porteront la responsabilité du chaos qu’ils contribueraient à provoquer en jouant, selon leurs détracteurs, sur la manipulation afin de créer des incidents sur lesquels surfer pour obtenir la condamnation du régime Tshisekedi par la communauté internationale et, de ce fait, l’affaiblir. Le Président de la République ainsi que le Gouvernement savent désormais dans quel piège certains estiment vouloir les entraîner. À bon entendeur, salut.

Enfin, comment comprendre qu’une Église qui a remanié certains passages de la prière du Notre Père puisse considérer que ce qui est fait par l’homme ne saurait être perfectible ? Elle semble perdre de vue que l’article 220, au cœur du débat actuel, avait déjà été touché sous Joseph Kabila lors de la révision constitutionnelle de janvier 2011, laquelle avait attribué au Président de la République les prérogatives de révoquer un gouverneur de province et de dissoudre une Assemblée provinciale.

Cette révision était intervenue seulement cinq ans après l’adoption de la Constitution par référendum, un processus dont la CENCO s’était d’ailleurs tenue en marge, invoquant notamment l’existence d’incohérences dans le texte. Vingt ans plus tard, ces incohérences ont-elles disparu ou les motivations qui animaient alors les pasteurs ne sont-elles plus les mêmes ? Telle est la question que soulèvent aujourd’hui les partisans d’une réflexion sur l’évolution de la loi fondamentale.

Moïse Musangana ( à partir de Fès, au Maroc)

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