Le Président Félix Tshisekedi a présidé, dimanche 2 août à Kinshasa, la cérémonie nationale de commémoration du Génocide des Congolais pour des gains économiques (Génocost), en présence de la Première dame Denise Nyakeru et de plusieurs autorités. Devant les familles des victimes, les survivants et les partenaires institutionnels, le Chef de l’État a rendu hommage aux millions de Congolais tués, appelé à la préservation de la mémoire collective et réaffirmé son engagement en faveur de la vérité, de la justice, de la réparation et de la paix.
La République démocratique du Congo a observé, dimanche, une journée de recueillement consacrée à la mémoire des victimes des massacres, des guerres et des violences perpétrés depuis plusieurs décennies sur son territoire. Au site mémoriel du Génocost, à Kinshasa, le Président de la République, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, a présidé la cérémonie nationale dédiée aux victimes du Génocide des Congolais pour des gains économiques (Génocost), appelant le pays à transformer la mémoire des disparus en un engagement durable en faveur de la vérité, de la justice et de la paix.
Accompagné de la Première dame, Denise Nyakeru Tshisekedi, le Chef de l’État s’est d’abord recueilli devant le mémorial érigé en hommage aux millions de Congolais tués au fil des conflits ayant ravagé particulièrement les provinces de l’Est du pays.
Dans son adresse, Félix Tshisekedi a inscrit cette journée dans une démarche de reconnaissance historique et de devoir de mémoire.
« Aujourd’hui, la République tout entière se tient debout, dans le silence, le recueillement et la dignité. Elle rend hommage aux millions de femmes, d’hommes et d’enfants victimes de guerre, des massacres, des déplacements forcés, des violences sexuelles et des autres atrocités qui ont endeuillé notre pays », a déclaré le Président de la République.
Une mémoire tournée vers la vérité
Le Chef de l’État a souligné que cette commémoration ne visait ni à raviver les blessures du passé ni à entretenir les divisions, mais à rétablir les faits et à préserver la mémoire des victimes.
« L’histoire de la RDC est celle d’un peuple éprouvé, mais jamais vaincu ; meurtri, mais toujours debout ; un peuple qui, au cœur des tragédies, n’a jamais renoncé à la paix, à la justice et à l’unité nationale. En cette journée commémorative du génocide, notre nation rassemble sa mémoire, sa douleur et son espérance. Elle ne le fait ni pour raviver les blessures, ni pour demeurer prisonnière du passé, encore moins pour se constituer un fonds de commerce, mais pour rétablir la vérité, rendre aux victimes la place qui leur revient dans notre histoire et préserver les générations futures du retour de l’innommable », a affirmé Félix Tshisekedi.
Selon lui, la mémoire nationale constitue un levier essentiel pour empêcher la répétition des atrocités et renforcer la cohésion nationale autour des valeurs de dignité humaine.
Trois engagements proposés aux Congolais
Le Président de la République a également invité les forces vives de la Nation à renouveler trois engagements fondamentaux à l’occasion de cette journée nationale.
« Je vous appelle en cette journée nationale de commémoration du Génocost à renouveler trois engagements. Premièrement, ne pas oublier : garder vivants les noms, les visages et les histoires de nos victimes, car un peuple qui les oublie perd une part de son histoire et de son âme. Deuxièmement, ne jamais laisser les atrocités se répéter : combattre sans relâche la haine, l’impunité, la prédation, la manipulation des identités et toutes les atteintes à la dignité humaine, car aucune paix durable ne peut être bâtie sur l’injustice et le déni. Troisièmement, enfin, commencer à guérir : guérir par la vérité, la justice, la réparation et la solidarité. Guérir par une réconciliation qui ne signifie ni l’oubli ni le renoncement à la justice, mais la volonté de reconstruire ensemble une nation plus fraternelle, plus juste et plus forte », a-t-il déclaré.
Ce message a constitué le fil conducteur de cette commémoration nationale placée cette année sous le thème : « Maintenant que tu sais, que fais-tu ? ».
Le Fonarev plaide pour la vérité et la justice
Prenant la parole au cours de la cérémonie, le directeur général du Fonds national de réparation des victimes (Fonarev), Patrick Fata, a insisté sur la nécessité de placer la mémoire collective au-dessus des clivages politiques et institutionnels.
« Le Congo se relèvera non pas par l’oubli, mais par la vérité ; non pas par la vengeance, mais par la justice ; non pas par le silence, mais par la mémoire. Notre combat n’est pas seulement celui de la mémoire ; il est celui de la dignité, de la vérité et de la justice », a-t-il déclaré.
Il a rappelé que les victimes appartiennent à toute la Nation.
« Les victimes sont celles de la nation congolaise, dans sa diversité politique et socioculturelle. Le Génocost n’appartient à aucune institution. Il appartient à toute la nation. Il est l’affaire de chaque Congolais », a ajouté Patrick Fata.
Évoquant les massacres ayant endeuillé plusieurs localités du pays, il a cité notamment Kasika, Makobola, Katogota, Kishishe, Kamituga, Beni et Mwenga.
« Le Génocost, ce sont des millions de vies interrompues. Ce sont Kasika, Makobola, Katogota, Kishishe, Kamituga, Beni, Mwenga et tant d’autres lieux devenus les cicatrices de notre histoire collective. Mais le génocide n’est malheureusement pas un souvenir. Il demeure une tragédie en cours », a-t-il affirmé, soulignant que des populations continuent encore aujourd’hui de vivre sous la menace des violences, des déplacements forcés et de l’insécurité.
Des survivants témoignent de l’horreur
Moment particulièrement émouvant de la cérémonie, plusieurs survivants des massacres ont livré leurs témoignages devant les autorités et les invités.
« J’ai été ramassé par un agent de la Croix-Rouge. C’est lui qui m’a aidé à devenir ce que je suis aujourd’hui. Aujourd’hui, je vis avec des cicatrices. Des fois, mes cicatrices parlent avant même ma voix. Elles expliquent tout ce que j’ai vécu à l’Est du pays », a raconté Jhon, survivant des violences.
Une autre victime, en larmes, a évoqué la perte de son époux lors de l’entrée des rebelles de l’AFC/M23.
« J’étais traumatisée au point de vouloir me suicider. J’ai perdu mon mari lors de l’entrée de l’AFC/M23, me laissant avec un bébé de six mois qui a aujourd’hui treize mois », a-t-elle témoigné, suscitant une vive émotion dans l’assistance.
La reconnaissance internationale au cœur du plaidoyer
Le coordonnateur de la Commission interinstitutionnelle d’aide aux victimes et d’appui aux réformes (Ciavar), François Kakese, a présenté les avancées réalisées dans le plaidoyer pour la reconnaissance internationale du Génocost.
« Cette année marque une étape importante pour la Ciavar : celle du passage de la mise en place des fondements à la consolidation de l’action. La mémoire s’est transformée en action ; le narratif national s’est enrichi d’un argumentaire partagé ; les réformes se sont approfondies ; les réparations sont entrées en phase de maturation opérationnelle ; et la voix des victimes a gagné en force dans les enceintes internationales », a-t-il déclaré.
Le ministre des Droits humains, Samuel Mbemba, a rappelé que cette journée devait conduire chaque Congolais à s’approprier le devoir de mémoire.
« Il faut préserver la mémoire et refuser l’oubli. Cette commémoration vise l’appropriation du génocide par l’ensemble de notre peuple pour l’impliquer pleinement dans la résilience qui empêche que ce fléau continue et se répète », a-t-il indiqué.
Au-delà de Kinshasa, les cérémonies de commémoration ont été organisées dans les vingt-six provinces de la République démocratique du Congo.
À Kenge, dans la province du Kwango, un culte œcuménique a été organisé sous l’autorité du gouverneur Willy Bitwisila. À Bunia, en Ituri, le coordonnateur provincial du Fonarev, Xavier Macky, a réaffirmé l’engagement du Fonds en faveur de la vérité, de la justice, de la réparation et de la paix, en présence du gouverneur militaire, le général-major Mulumba Kasongo Gaby.
À Matadi, le gouverneur du Kongo Central, Grâce Bilolo, a appelé les Congolais à promouvoir la justice, la paix et la réconciliation afin d’empêcher la répétition de telles tragédies. À Kisangani, les responsables des confessions religieuses, notamment de l’Église du Christ au Congo (ECC) et de la communauté musulmane, ont insisté sur le caractère sacré de la vie humaine et condamné toute forme de génocide.
Des cérémonies similaires ont également été organisées à Lubumbashi, Mbandaka, Tshikapa, Kananga, Isiro, Opala et dans plusieurs autres villes du pays, illustrant la volonté des autorités de faire du Génocost une mémoire nationale partagée.
La CNDH appelle à renforcer la lutte contre l’impunité
Dans son message publié à l’occasion de cette journée, la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) a exhorté les autorités nationales ainsi que les mécanismes régionaux et internationaux à poursuivre les efforts contre l’impunité.
« La CNDH encourage les autorités judiciaires nationales, les mécanismes régionaux africains ainsi que les juridictions internationales compétentes à poursuivre les efforts visant à lutter efficacement contre l’impunité », a indiqué l’institution dans un communiqué signé par son président, Paul Nsapu.
Instituée le 2 août de chaque année, la Journée nationale du Génocide des Congolais pour des gains économiques (Génocost) rend hommage aux millions de victimes des conflits armés et des violations graves des droits humains commis en République démocratique du Congo, principalement dans l’Est du pays depuis les années 1990. Cette démarche s’appuie notamment sur les conclusions du Rapport Mapping des Nations unies publié en 2010. Après les commémorations organisées à Kinshasa en 2023 et à Kisangani en 2024, le Président Félix Tshisekedi a lancé en mars 2025 une table ronde nationale consacrée à l’appropriation du Génocost afin de renforcer la reconnaissance historique des crimes, promouvoir la justice transitionnelle et accélérer les mécanismes de réparation. La création du Fonarev en 2022 et l’intégration du narratif du Génocost dans les programmes scolaires en 2026 s’inscrivent dans cette politique nationale de mémoire.
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