Le pape Léon XIV est attendu ce vendredi 25 septembre en France pour une visite de quatre jours qui le conduira à Paris, Lourdes et Metz. Dans la capitale française, son arrivée doit être suivie d’une rencontre avec le président Emmanuel Macron et les autorités françaises, avant plusieurs rendez-vous avec les jeunes, les responsables religieux et la société civile.
L’ampleur annoncée de la mobilisation contraste avec l’évolution religieuse de la France. Dans un pays profondément sécularisé, où la pratique catholique a fortement diminué, plusieurs centaines de milliers de personnes sont attendues au cours des différentes étapes de la visite. Le Stade de France doit notamment accueillir une grande veillée avec les jeunes.
Cette affluence rappelle un paradoxe français : le recul de la pratique religieuse ne signifie pas nécessairement la disparition du fait catholique. Le catholicisme demeure inscrit dans le patrimoine, l’histoire et une partie de l’identité culturelle du pays.
Une Église confrontée à une nouvelle société
La visite de Léon XIV intervient dans un contexte délicat pour l’Église française. Le pape est attendu sur plusieurs questions sensibles : la fin de vie, les violences sexuelles commises au sein de l’Église, les migrations, la paix et la place de la religion dans une société attachée au principe de laïcité.
Mais l’un des phénomènes les plus observés concerne la jeunesse. La progression des baptêmes d’adultes et la fréquentation de certains pèlerinages témoignent d’un regain d’intérêt pour la spiritualité chez une partie des jeunes Français.
Il ne s’agit pas nécessairement d’un retour au catholicisme pratiqué par les générations précédentes. Il peut aussi s’agir d’une recherche de sens, de communauté et de repères dans une société marquée par l’individualisme et l’incertitude.
À Lourdes, autre étape majeure du voyage, le pape doit également rencontrer des victimes de violences sexuelles. Ce rendez-vous rappellera que le renouveau recherché par l’Église passe aussi par une exigence de responsabilité et de crédibilité.
Une résonance particulière en République Démocratique du Congo
Cette situation française peut sembler éloignée de la réalité congolaise. Elle trouve pourtant un écho particulier en République Démocratique du Congo, où l’Église catholique occupe depuis longtemps une place importante dans la vie sociale et nationale.
La visite du pape François à Kinshasa, en février 2023, en avait donné une illustration spectaculaire. Des centaines de milliers de Congolais s’étaient rassemblés pour écouter le souverain pontife, qui avait notamment délivré des messages de paix, de réconciliation et de refus de la violence.
Mais l’influence de l’Église catholique en RDC ne se limite pas aux grands rassemblements religieux. Depuis plusieurs décennies, la Conférence épiscopale nationale du Congo, la CENCO, intervient dans les grandes périodes de la vie nationale, notamment à travers l’observation électorale, la médiation et le dialogue entre les acteurs politiques.
Cette implication a progressivement installé l’Église dans une position singulière : elle est à la fois une institution religieuse, un acteur social majeur et une voix distinguée dans les moments de crise politique et institutionnelle.
Deux réalités, une même interrogation
La France et la RDC connaissent donc des situations très différentes. En France, l’Église doit composer avec une société largement sécularisée et une pratique religieuse en recul. En RDC, elle bénéficie d’un ancrage populaire et institutionnel beaucoup plus important.
Mais les deux expériences renvoient à une même interrogation : comment une institution religieuse peut-elle conserver son influence et sa crédibilité dans une société qui change rapidement ?
Pour l’Église congolaise, la question est particulièrement importante. Son influence historique lui confère une responsabilité particulière dans les domaines de la paix, de la cohésion nationale, de l’éducation, de la justice sociale et de l’accompagnement de la jeunesse.
La visite de Léon XIV en France sera donc intéressante à observer depuis Kinshasa. Elle permettra de voir comment le nouveau pape entend dialoguer avec une société qui s’est éloignée de la pratique religieuse, tout en continuant à rechercher des réponses aux grandes questions humaines.
De Paris à Kinshasa, le défi des nouvelles générations
Au-delà des différences entre les deux pays, la jeunesse constitue peut-être le véritable point de convergence.
En France, une partie des jeunes redécouvre la spiritualité dans un environnement largement sécularisé. En RDC, où la foi chrétienne demeure fortement implantée, les jeunes attendent également des réponses aux défis très concrets de leur époque : emploi, éducation, pauvreté, insécurité, justice sociale et avenir professionnel.
Pour l’Église, en France comme en Afrique, le défi n’est donc plus seulement de transmettre un héritage. Il consiste à transformer cet héritage en une parole capable de rejoindre les préoccupations contemporaines.
Léon XIV n’est pas encore arrivé en France. Mais l’attente qui accompagne son voyage montre déjà qu’une institution religieuse peut continuer à mobiliser largement, y compris dans une société qui s’est profondément sécularisée.
De Paris à Kinshasa, la question demeure finalement la même : comment parler à une génération nouvelle sans perdre le sens d’une histoire ancienne ?
Bobo B. Kabungu

