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7 février, 2026 - 20:47:56
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Coltan du M23 en Europe : Global Witness met en cause Traxys et l’UE

Alors que l’Union européenne renforce ses partenariats pour sécuriser ses approvisionnements en matières premières stratégiques, un rapport de l’ONG Global Witness jette une lumière crue sur les zones d’ombre du commerce du coltan, minerai indispensable à l’industrie électronique. Selon cette enquête, la société luxembourgeoise Traxys aurait acheté, en 2024, plus de 280 tonnes de coltan introduites illégalement au Rwanda mais extraites dans l’est de la République démocratique du Congo, dans des zones sous contrôle de l’AFC/M23 supplétif du Rwanda. Ces achats, effectués par l’intermédiaire de la société rwandaise African Panther, alimenteraient indirectement le financement de cette rébellion, soutenue par Kigali et accusée de graves violations des droits humains. En toile de fond, c’est la responsabilité des multinationales et des institutions européennes qui se trouve posée.

Un rapport de l’organisation non gouvernementale Global Witness met en lumière les ramifications internationales du commerce illicite de coltan en provenance de l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Selon l’enquête publiée début avril, la société luxembourgeoise Traxys aurait acheté en 2024 quelque 280 tonnes de ce minerai stratégique, introduites illégalement au Rwanda depuis des zones sous contrôle du M23, accusé de crimes de guerre et actif dans le Nord-Kivu. Une chaîne d’approvisionnement opaque, qui questionne la responsabilité des entreprises européennes et de l’Union européenne elle-même.

Le cœur du scandale : Rubaya, bastion stratégique du coltan

La mine de Rubaya, située dans les hauts plateaux du Masisi, est l’un des gisements de coltan les plus importants au monde. Le tantale qu’on en extrait entre dans la fabrication de composants électroniques présents dans les téléphones, ordinateurs portables ou encore véhicules électriques. Selon les Nations unies, entre 15 % et 30 % de la production mondiale de coltan proviendrait de cette seule région, désormais en grande partie contrôlée par l’AFC/M23 et l’armée rwandaise. Depuis avril 2024, ces derniers imposent leur présence sur le site, taxant systématiquement creuseurs et négociants.

D’après le rapport de Global Witness, cette mainmise permettrait au M23 d’exporter jusqu’à 120 tonnes de coltan par mois vers le Rwanda, générant des revenus estimés à 800 000 dollars. Des fonds utilisés pour renforcer leurs capacités militaires, dans un conflit qui s’enlise depuis plus d’une décennie dans l’est congolais.

De Rubaya à l’Europe : une chaîne d’approvisionnement détournée

Le coltan issu de Rubaya emprunterait des circuits de contrebande bien rodés, avant d’atterrir dans les circuits de vente formels au Rwanda. C’est là qu’intervient African Panther, entreprise rwandaise identifiée par Global Witness comme intermédiaire clé dans cette filière. « African Panther achète du coltan à Rubaya, et revend ensuite presque exclusivement à Traxys », affirme Alex Kopp, chercheur pour l’ONG, dans une interview accordée à Deutsche Welle. Les douanes rwandaises ont effectivement enregistré des ventes vers Traxys totalisant 280 tonnes de coltan pour la seule année 2024.

Contactée, la société luxembourgeoise a nié tout lien avec des zones de conflit et affirmé respecter scrupuleusement les normes internationales sur la traçabilité des minerais. Mais pour les enquêteurs de Global Witness, ces dénégations ne suffisent pas : « Une partie de ce coltan provient bel et bien de mines occupées par le M23 », assure Alex Kopp.

Un partenariat UE-Rwanda sous le feu des critiques

L’affaire met également dans l’embarras les institutions européennes. En février 2024, Bruxelles et Kigali ont signé un partenariat stratégique sur les matières premières, visant notamment à sécuriser l’accès au tantale pour l’industrie technologique européenne. Une initiative présentée comme essentielle dans le cadre de la transition énergétique et numérique, mais qui, à la lumière des révélations de Global Witness, suscite de vives interrogations. « Ce n’est pas le moment de signer de tels accords avec le Rwanda », prévient Kopp. L’ONG estime que l’UE prend le risque d’intégrer des « minerais de conflits » dans ses chaînes d’approvisionnement, en violation des principes mêmes de la réglementation européenne en vigueur.

Adoptée en 2017 et entrée en application en 2021, cette législation impose aux importateurs de tantale, d’étain, de tungstène et d’or des obligations de diligence raisonnable visant à prévenir l’utilisation de minerais issus de zones de conflit. Mais dans les faits, selon Global Witness, la mise en œuvre reste insuffisante, et les failles juridiques nombreuses.

Vers une prise de conscience politique ?

La publication de ce rapport s’inscrit dans une longue série de dénonciations des liens entre entreprises multinationales et exploitation illégale de ressources en RDC. Par le passé, des noms comme Apple ou Samsung ont été épinglés pour leur manque de vigilance dans le sourcing de leurs composants.

Pour Global Witness, le cas Traxys illustre la persistance de pratiques opaques, et l’incapacité des mécanismes actuels à enrayer la commercialisation de minerais entachés de violence. L’ONG appelle à un durcissement des contrôles à l’entrée de l’UE et à une suspension du partenariat avec Kigali tant que des garanties concrètes ne seront pas obtenues. « Il est impératif que l’Union européenne applique plus rigoureusement sa propre réglementation », conclut Alex Kopp, qui annonce que son organisation engagera des démarches auprès des institutions bruxelloises dans les semaines à venir.

En attendant, dans les collines du Nord-Kivu, les populations civiles restent les premières victimes d’un commerce international qui, sous couvert d’innovation technologique, continue de financer les armes qui les menacent.

Infos27

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