Matata Ponyo ajoute un nouvel épisode à une longue série d’obstructions judiciaires dans le sulfureux dossier Bukanga-Lonzo. Sous couvert de défendre ses immunités parlementaires, le sénateur devenu député semble surtout orchestrer une stratégie de fuite en avant, multipliant recours dilatoires et manœuvres procédurales pour échapper à un procès, dont les enjeux dépassent largement sa seule personne. Car derrière cette posture se dessine le spectre d’un scandale d’État. Plus de 285 millions de dollars de fonds publics évaporés, un parc agro-industriel promis comme vitrine de la modernité congolaise transformé en désert d’herbes folles, et une opinion publique encore en attente de vérité sur ce projet pharaonique devenu symbole de gabegie. Le peuple congolais, lassé des impunités de caste, réclame des comptes. C’est donc la solidité de l’État de droit qui se joue ici, dans cette épreuve de force entre une justice qui tente de faire valoir son autorité et une élite politique qui n’hésite pas à instrumentaliser les institutions pour se soustraire à toute reddition de comptes. L’affaire Bukanga-Lonzo, projet mort-né nourri par les rêves de grandeur et les soupçons de prédation, demeure une plaie ouverte dans la mémoire collective congolaise. Et tant que ses auteurs présumés continueront à éluder la justice, c’est la promesse même d’une gouvernance éthique qui restera en suspens.
Alors que son procès pour détournement de fonds dans l’affaire Bukanga-Lonzo entre dans une phase décisive, le député national et ancien Premier ministre Augustin Matata Ponyo a annoncé, dans une correspondance adressée le 21 avril 2025 au président de la Cour constitutionnelle, qu’il ne comparaîtra plus devant cette juridiction. S’appuyant sur une prise de position, du reste controversée, du président de l’Assemblée nationale, il estime que les poursuites à son encontre violent ses immunités parlementaires.
Mais à y regarder de plus près, cette nouvelle manœuvre apparaît comme un énième subterfuge dans une procédure judiciaire qu’il n’a eu de cesse de perturber depuis son ouverture. En refusant de se présenter aux audiences, Matata Ponyo relance une polémique institutionnelle déjà nourrie par une interprétation discutable du droit parlementaire et constitutionnel.
Dans sa lettre, le président du parti Leadership et Gouvernance pour le Développement (LGD) rappelle que la plénière de l’Assemblée nationale du 17 avril 2025 a conclu à l’inconstitutionnalité des poursuites engagées à son encontre. « Ces poursuites sont exercées contre un député national que je suis, couvert par mes immunités parlementaires », écrit-il. Il en conclut que la Cour constitutionnelle doit suspendre la procédure et se conformer au règlement intérieur du Parlement.
Une ligne de défense fragilisée par le droit constitutionnel
Mais pour de nombreux juristes, cette posture est juridiquement infondée. Dans une tribune documentée, le chercheur en droit public Ruffin Kubangisa démonte un à un les arguments invoqués par Matata et les siens. Il rappelle d’abord que l’article 151 de la Constitution interdit au pouvoir législatif de s’immiscer dans une procédure judiciaire : « Le pouvoir législatif ne peut ni statuer sur des différends juridictionnels, ni modifier une décision de justice, ni s’opposer à son exécution. » Autrement dit, la prise de position du président de l’Assemblée nationale n’a aucune incidence légale sur une procédure déjà engagée devant une juridiction.
De plus, souligne-t-il, la requête du parquet général près la Cour constitutionnelle visant à engager les poursuites contre Matata a été introduite bien avant que celui-ci ne s

